Archives mensuelles : août 2009

« Expérience culturelle »

= excuse pratique pour faire ce qu’il me plaît, surtout si c’est interdit.

Je suis étrangère, ça veut dire : avoir le droit d’être légèrement inconvenante et bizarre, mais par magie ça devient super cool.

Vous pouvez donc fumer comme une cheminée et ce n’est pas dégueulasse mais exotique. Sortir sans maquillage et ce n’est pas un manque de considération c’est naturel ; avoir un petit ventre confortable et vous êtes quand même mince, c’est juste que les français font pas de sport.

Dire des horreurs sur la politique étrangère américaine ; se moquer, critiquer, s’étonner, oublier les noms des gens, arriver en retard, et c’est charmant.

Suzanne, qui a déménagé à New York peu après mon arrivée, en avait fait un gimmick : « Oh, but that’s because you’re French! »

Louder Harder Bigger

Sourire à s’en péter la mâchoire, se forcer à parler plus fort, à être plus enthousiaste à propos de tout, tout le temps.

 

This house is AMAZING, and OH MY GOOD you look SO GOOD in that dress and these people are AWESOME, and this campus is GIGANTIC, the whole thing is GREAT and I LOVE IT.

Super Target

Aujourd’hui, les filles m’ont emmenée à Super Target.

 

Le Super Target est un hyper-hyper-hyper-marché.

Un hangar et des kilomètres de rayonnages, à perte de vue, une accumulation de marchandises inconcevable. Tout ce dont vous pourriez avoir besoin un jour est quelque part dans ce Target, même le plus absurde, comme cette fabuleuse lunette de toilettes qui fait de la lumière et chante joyeux anniversaire quand vous vous asseyez dessus.

 

C’est juste trop.

 

Combien de temps ça mettrait de traverser à la nage le lac de yaourts que l’on pourrait faire en renversant tous les pots de yaourts exposés dans les rayons? Combien de fois on pourrait envelopper la tour Eiffel avec tous les t-shirts stockés dans ce seul magasin ? Bleurk.

 

J’ai quand même nourri mon caddie oversized de choses parfaitement inutiles mais qui m’ont remplie de contentement pour les trois prochains jours – des feutres multicolores, une guirlande lumineuse, des stickers roses, deux bougies géantes, et des bonbons d’Halloween.

Space Lego

Avoir de la place… de l’espace… tout le temps. Ne plus jamais faire la queue. Ne plus toucher personne, sauf intentionnellement – pas de métro, pas de rues bondées, pas de rues du tout en fait.

A Washington, le meilleur ami de « Tonton » Yebbie, Frédéric, celui qui joue de l’harmonica, avait dit : « En France les gens n’ont pas de place. Ils vivent les uns sur les autres. Ils doivent se battre à coups d’ego pour exister. Ici il n’y en a pas besoin, on a de l’espace… » Peut-être que c’est vrai.

Au pays de Candy où tout le monde est gentil

Notre maison verte ressemble au paradis.

Sugar Candy

Ici: minute d’auto-contentement. De Paris, en trois jours j’ai trouvé une chambre à louer pour deux fois moins cher dans la ville voisine, Carrboro. Une grande maison en bois, turquoise. Sept chambres, six filles, deux étages, deux salons, deux cuisine, trois salles de bain, et une grande terrasse.

Tous les étudiants internationaux ont eu cinq jours pour décider si ils voulaient vivre sur le campus, dans des immeubles à 4000 dollars le semestre pour une chambre à partager, ou s’ils préféraient se débrouiller tout seul et trouver de quoi se loger hors du campus. Après huit ans d’internat j’avais aucune envie d’y aller. Et puis ces chambres sont assez chères.

Et surtout : y’a pas de cuisine = manger tous les jours à la cantine, bleurk.

Mon pote Clément, qui est en échange à New York, a fait pareil.

DONC : vous qui partez à l’étranger, il y a sûrement mieux et moins cher ailleurs que sur les campus.

Barbapapa powaa

J’adoooore mes colocs. Elles sont toutes américaines.

colocs

Il y a Corban, 22 ans, qui vient de passer 6 mois à Bologne, long cheveux blonds, sourire à dévorer la terre entière, qui étudie la littérature comparée américaine/italienne. Elle rit tout le temps.

Il y a Adrian, 30 ans, qui fait du design et m’a donné plein de fringues, un vélo, une lampe et plein de trucs trop bien.

Jen, 23 ans, qui vient de terminer ses études en art dramatique. Elle travaille dans un restaurant, pour économiser avant de déménager à New York où elle veut être actrice.

Rachel, toute secrète et silencieuse, vient des montagnes de la Caroline du Nord et connaît plein de choses sur des sujets inattendus. Elle file de la laine dans sa chambre, qu’elle vend sur internet, tout en étudiant les mathématiques. Et elle aime bien faire des gâteaux.

Alex a passé 4 ans au Mount Holyoke (un liberal arts college pour les filles) et étudie pour être archiviste. Elle m’a fait découvrir ce magazine féministe génial, Bitch. Tous les matins elle me réveille et on se prend un café.

Bientôt hier encore

Sugarland

Trois jours après mon arrivée, j’ai eu 20 ans. Les filles m’ont fait un gâteau. Thomas Tristan et Blandine, les trois autres étudiants de Sciences Po en échange ici, m’ont apporté le plus énorme gâteau que j’ai jamais vu, de la meilleure pâtisserie de Chapel Hill, pur beurre pur sucre, à se rouler par terre.

Notez le « N » sur le « C » de « Victoire » = logo de l’université. Trop bien.

Le lévrier

J’ai pris un bus Greyhound pour aller de Washington à Raleigh, North Carolina, parce que c’était moins cher que l’avion.

« Tonton » Yebbie, comme apparemment beaucoup d’Américains-qui-ne-sont-pas-pauvres, n’avait jamais pris le Greyhound. Il y a l’Amérique qui vole et l’Amérique qui roule, il paraît.

Comme il avait vraiment peur pour moi, à 6h du matin il m’a emmenée à la station de bus pour « voir le genre des gens» et m’a donné un billet de 10 dollars « parce qu’on ne sait jamais ». Thanks Tonton Yebbie.

Ca va, c’était marrant ce Greyhound. Donc non, les gens n’avaient pas l’air très riches dans ce bus, et oui ils étaient presque tous noirs et non j’arrivais pas à comprendre leur accent. Et oui les stations de bus étaient glauques et au milieu de nulle part.

Mais j’aime bien attendre, et passer des heures dans un bus, ça m’a fait vraiment réaliser que je partais. Huit heures plus tard, arrivée à Durham, North Carolina. Emma, ma « mentor », une étudiante en deuxième année, est venue me chercher et m’a déposée à Carrboro, chez moi.

Two days in D.C., merci Tonton Yebbie

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Washington DC Dulles International Airport, un taxi, la clim, les écureuils gris dans les rues, la chaleur moite, et ces rues immenses. Welcome to America.

Starbucks coffee, les distributeurs de journaux,la Maison blanche et le Pentagone qu’on a vus un millier de fois à la télévision, les grosses voitures.

On m’avait dit « tu vas voir tu vas te croire dans un film, tout le temps ». C’est vrai.

Et aussi « tu vas voir, tout est plus grand ». C’est vrai.

Les gens parlent en anglais dans la rue et ce n’est pas un film, la clim, j’ai froid, vraiment tout est oversized, il fait froid ici, sorry what did you just said ?

Mais éteignez cette clim’, on se les gèle dans ce votre pays, même quand il fait 30 degrés dehors.

Est-ce que c’est pour que les gens achètent plus de pulls ou juste parce que vous aimez trouer la couche d’ozone?

Je dors chez Yelberton, qui m’a promenée toute la soirée de bars en concerts en me secouant quand je m’endormais à cause du décalage horaire, et m’a présentée partout comme sa « nièce française » (ce qui faisait rigoler tout le monde. – il est noir, je suis blanche) Deux jours à Washington – visite du Congrès + deux musées + tentative de capture d’écureuil + mon premier breakfast américain. C’est fou.

Squirrel

Ruby Tuesday

L’aéroport Roissy Charles de Gaulle à l’aube.

Une dernière cigarette entre copines.

Des adieux qui bizarrement ne furent pas déchirants.

Le ventre plein des bons fromages, du vin rouge et du pain mangés à la bye-bye cheese party de la veille — merci Maman, merci Rachel, Alizée, Antonin, Clélia, Lilas, Alex, Sam, Zoé, merci les amiEs…

Une dizaine d’heures d’avion, quatre absurdes contrôles de douanes et trois aéroports, détestables parce qu’ils se ressemblent tous, mêmes magasins, mêmes lumières glacées, mêmes musiques cliniques, mêmes odeurs nauséeuses.

Bye-bye cheese party

même pas peurphoto : Lilas Duvernois