The dog that finds money – une pizza à la framboise

Lundi après-midi, j’étais encore à la bourre pour mon devoir de photojournalisme.  Sujet de la semaine: feature. Je rentrais la boule au ventre à la maison, en espérant qu’une idée de photo tombe du ciel.

Sur le chemin, à vélo, sur Franklin Street, un type me sourit, la barbe crade. Comme il avait l’air d’avoir envie de discuter, je m’arrête pour partager une cigarette.

Mike a un accent britannique et des bons yeux. Je le prends en photo.

Il travaille de temps en temps comme mécanicien pour Gumby’s pizza. Cinquante ans, deux enfants, pas de taf, pas d’assurance santé, pas de maison, pas de fric.

Pendant que Mike réparait deux trois trucs sur mon vélo, Mark, un copain à lui, passe par là.

La barbe de Mark est encore plus longue, il a le visage creusé et des trous dans les mains. Il a un labrador jaune, qui s’appelle Beans, et un gros sac à dos kaki.

Beans est un chien étonnant.

Il peut sentir l’odeur des billets de banque, les trouver et les rapporter à son maître.

Je vous jure, je l’ai vu faire!

Malheureusement pour son propriétaire, Beans préfère l’odeur des billets de 1 dollar à ceux de 100.

Mark, soixante-dix ans, vit dans une cabane dans les bois de Carrboro – l’hiver, il déménage au centre d’hébergement pour SDF de Chapel Hill.

« Hey gal’! You wanna get free food? » dit Mark – (hé, tu veux de la nourriture gratos?)

moi : « Sure! » (en me disant que ça pourrait être un bon sujet photo)

Quelques blocks plus loin, sur Rosemary Street, une cinquantaine de personnes attendaient la distribution de nourriture.

Beaucoup de vieux, de noirs, des mamans toutes seules avec des bébés, des mexicains.

Je ne l’ai pas senti, de prendre des photos. Je me sentais vraiment déplacée, avec ma minijupe et mon sac à main new-yorkais, mais Mike a dit que c’était complètement OK.

Il m’a mis deux sacs de pain dans les bras, et m’a donné un ticket pour la « loterie » – les tickets distribués sont tirés au sort pour déterminer l’ordre de passage, comme ça les gens n’ont pas à faire la queue, c’est mieux.

Tout le monde a été très gentil avec moi. Comme j’avais pas de sacs, les gens m’en ont donné, ils m’ont appelée « cookie », « honey » et «mi corazon », tapé un brin de causette, une clope. J’aime bien les gens que j’ai rencontré, ils ont des histoires à raconter, et des beaux visages, et les mains abîmées, ça me change de la population universellement jeune et mince du campus, trop lisse parfois.

Les produits distribués viennent des supermarchés bio voisins, qui ne peuvent plus les vendre parce que la date de péremption est le lendemain, ou parce que les boîtes sont un tout petit peu abîmées.

Je suis repartie avec trois sacs, il devait y en avoir pour 50 dollars, avec plein de trucs super bons que je m’achèterai pas d’habitude, genre un pot de chutney oignon-figues et un de pesto à la tomate, un énorme bouquet de tournesols, du poisson, un gâteau à la citrouille, de la pâte à pizza, des légumes et une boîte de framboises. Ah, et mon premier camembert américain (très bon avec le chutney à la figue).

Mais honnêtement, j’étais pas très à l’aise.

Vieux relent d’éducation catholique? Tu voles le pain de la bouche des pauvres, ma petite, tu me diras cent Ave Maria en te fouettant avec des branches de sapin.

Mais les gens avec qui j’attendais m’ont dit que fallait pas me gêner, qu’il y avait à manger pour tout le monde, et que tout ce qui n’était pas pris était jeté, alors…

En tout cas, ça a fait beaucoup rigoler mes copains sur le campus :

« What the fuck, since when do homeless people eat Trader Joe’s food?!! »

(« C’est quoi ce bordel, depuis quand les SDF mangent chez Trader Joe ? »)

(Trader Joe’s= Monoprix, une chaîne qui vend de la nourriture bio/étrangère/de marque assez chère)

Du coup, je me demandais : il me semble que c’est interdit, ce genre de distribution, en France, non? Je crois me souvenir d’histoires d’eau de javel répandue par les magasins sur les tonnes de bouffe qu’ils jettent tous les jours…

Quelqu’un pour m’éclairer sur le sujet…?

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2 réponses à “The dog that finds money – une pizza à la framboise

  1. « tu me diras cent Ave Maria en te fouettant avec des branches de sapin. »

    Tu rigoles ? Ce sera mille !

  2. Je préfère la générosité de Mike à la charité d’Andrew Carnegie…

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