Archives mensuelles : janvier 2010

Expérience culturelle 67 – Des crevettes au beurre

Soirée hier à la maison.

copain 1 : « Yeah, I like the chick, but she’s kinda butterface… »

moi : – …?

copain 2 : – Ha ha ha. A BUTTER-FACE. A BUT-HER-FACE. Everything looks good but her face.

moi : – ha ha ha

(traduction : but her face = sauf sa tête)

moi : – En français on dit que c’est une crevette. Parce que tout est bon, sauf la tête.

(laughters)

L’état d’urgence déclaré à Chapel Hill

« Le maire Kleinschmidt déclare l’état d’urgence à Chapel Hill alors que la ville se prépare à affronter de 7 à 15 cm de neige. »

Ouh la la la.

Commentaire d’un étudiant sous l’article : « 3 to 6 inches is an emergency IN BED »

(ouarf ouarf ouarf)

Apocalypse snow 2

Depuis hier, il neige sans faire de bruit. Le campus est en état de siège. Les bibliothèques sont fermées, les fêtes annulées, les bus ne circulent plus. Aucune voiture ne passe sur la route à côté de ma maison.

Hier il faisait doux, on ne portait même pas de manteaux.

J’écris toujours pour le Daily Tar Heel. J’admire les chefs de rubrique, qui trouvent toujours moyen de remplir le canard.

Ainsi, hier j’ai trouvé un mail de Tori dans ma boîte:

« Hiii giiirly!  ;) […] got a fun story for you this weekend […] we want to do a story about how ice cream places are affected by the cold weather. »

J’ai fait mes devoirs bien consciencieusement. J’ai maintenant 4 pages de citations. Patrons : « Oh yeah, c’est sûr on vend moins de glaces depuis qu’il fait froid. Mais les gens aiment toujours les glaces, alors on en vend quand même. », « On va sûrement fermer demain parce qu’il va neiger. »

Clients : « Ah oui mais non moi je mange toujours des glaces trois fois par semaine. » Client 2 : « Ca ne me dérange pas de manger des glaces en hiver si je les mange à l’intérieur, parce qu’il fait chaud. »

Comme j’ai rien à dire, je me tais.

The United States of America ™

La décision a beaucoup choqué ici.

Jeudi, la Cour Suprême des Etats-Unis a cassé les limites imposées aux entreprises privées en matière de financement électoral.

Celles-ci peuvent désormais financer directement les campagnes de communication des candidats, sans aucune limite dans les sommes qu’elles y consacreront.

Même Obama désapprouve l’arrêt des juges.

Il a qualifié leur décision de « grande victoire pour l’industrie pétrolière, pour Wall Street, les compagnies privées d’assurance maladie et tous les puissants groupes d’intérêts qui s’organisent tous les jours à Washington pour noyer les voix du peuple américain. »

Qu’est-ce qui est passé par la tête des juges? Ils sont gâteux? Vendus au grand capital? Non, ils sont sûrement plus soucieux de théorie juridique abstraite que de politique, même si ça n’excuse rien.

Les juges se sont attachés à l’interprétation du premier amendement de la Constitution (liberté d’expression), plutôt qu’aux conséquences pratiques de leur décision sur la démocratie américaine.

Cinq des neufs juges sont favorables à la décision.

Ils ont considéré que les entreprises devraient aussi être protégés par le 1er amendement.

« Les candidats devraient se mettre porter des combinaisons avec les logos de leurs sponsors imprimés dessus, comme celles des champions automobiles!. Comme ça on pourrait voter pour le candidat sponsorisé par notre entreprise préférée!, » a ironisé un lecteur du New York Times.

J’ai pas l’impression qu’on en ait beaucoup parlé en France, si?

Je n’ai pu trouver qu’un article d’Eric Chalmet dans la Tribune et une dépêche AFP publiée dans le Figaro. Rien dans le Monde…

Parano à Candy-Land 2 : La carte des délinquants sexuels

Frank Thomas vit à quelques rues de chez moi. Il a une cicatrice sur la joue droite. Il est blanc. Il mesure 1m86 et pèse 82 kilos.

En 1973, il a été condamné à 29 ans de prison pour viol.*

Je ne l’ai jamais rencontré Frank Thomas. Ni lui, ni aucun des 17 délinquants sexuels qui habitent près de chez moi, d’ailleurs.

Il m’a suffit qu’une simple visite sur le site internet du registre régional des délinquants sexuels pour obtenir toutes ces informations.

A partir de n’importe quelle adresse, on peut obtenir une carte localisant le domicile des délinquants sexuels du voisinage.

Chaque point sur la carte relie à un profil détaillé des anciens délinquants sexuels avec photographie, âge, taille, poids, race, pointure, cicatrices, tatouages, crime, date du crime, adresses depuis la mise en liberté…

Il existe aussi un registre national des délinquants sexuels.

Ces fichiers existent depuis 1996.

Choquant? Terrifiant? Violation des libertés? Je suis bien d’accord.

Mes amis américains, eux, n’y voient aucun problème. Ils m’ont dit que cela les rassurait.

Je ne comprends pas bien l’utilité d’un tel fichier, encore moins celui de la carte: entraîner les enfants à reconnaître les anciens délinquants sexuels du voisinage?

__

* j’ai changé les noms et les informations

Qu’est-ce que je vais pondre?

J’ai trouvé un nouveau mot génial : to broode –> brooding –> broody

Je boude pas, je broode.

To broode veut à la fois dire :

1. couver un oeuf

et

2. broyer du noir, ruminer.

crak.

Choc photographique

Tout à l’heure, en travaillant pour mon cours de photojournalisme, je suis tombée sur ça:

N’est-ce pas GENIAL? de la photographie politique

Les photographies sont extraites d’un travail d’Olivier Culmann: « Une vie de poulet ».

Une vie de poulet. Des vrais poulets et des soldats. Même destin.

Ca m’a retourné. Tout ce qu’il a fait est génial, mais celui-là…

Je me permets de reproduire son texte, ici:

« C’est une ligne droite dont ils ne peuvent dévier. Poulets et appelés la suivent inexorablement. L’écho était si troublant entre ces deux reportages, réalisés à deux ans d’intervalle, qu’il fallait les rapprocher. L’un, sur l’industrie du poulet, réalisé en 1998, répondait à l’autre, sur les derniers appelés du contingent, en 1996, quelques mois avant la fin du service militaire obligatoire. Le dialogue entre ces deux séries d’images n’était pas programmé. L’envie constante de m’approcher au plus près de mondes qui, a priori, m’ennuient et me fascinent, m’effraient et me révoltent, m’avait pourtant attiré vers ces deux univers, conditionnés à l’extrême.

Accrochés par les pattes, saignés, plumés à une vitesse vertigineuse, les volatiles destinés à finir sous cellophane dans un rayon frais de supermarché sont une image troublante de l’accélération folle, écervelée, de notre monde consommable et consumériste. Les immuables étapes de la vie d’appelé, l’invariable rituel de leur quotidien sous les ordres ressemblent étrangement à ce non choix du volatile, à cette annulation du libre-arbitre qui préside au destin d’un poulet industriel et à l’expérience de soldat.

À la caserne et sur la chaîne, le processus de conditionnement confine à l’absurde, jusqu’à faire sourire devant le dérisoire spectacle de ces vies de poulets. »

Tout est dit.

Son travail est là : http://www.tendancefloue.net/ouverture_fr.html

(cliquez sur photographe–>Olivier Culmann–> Une vie de poulet)

Et on peut trouver son livre  ici

… il a aussi fait des travaux fabuleux sur la télévision, les Etats-Unis, les villes disparues… on peut les voir sur tendance floue.net

Parano à Candy-Land

UNC vient d’annoncer la mise en place d’un nouveau dispositif de sécurité.

Au début ça m’a fait rire: quand même, ces américains, ils sont pas croyables, avec leur fantasme du risque zéro.

Et puis ça m’a mise en colère.

UNC-Chapel Hill est l’une des meilleures universités du monde. Dans quelques années, ses étudiants vont être au pouvoir du pays  le plus puissant de la planète.

Et ils sont là, à flipper comme des malades de se faire attaquer ou agresser par les quelques malheureux clodos qui habitent ici.

Ils ont des caméras de surveillance partout sur le campus. Une police spéciale qui patrouille jour et nuit.

Sans oublier ces fabuleux poteaux d’appels d’urgence plantés le long des chemins : en cas de problème ou d’accident, il suffit de courir jusqu’au poteau le plus proche et d’appuyer sur le bouton pour que des secours soient envoyés immédiatement.

Le système « RaveGuardian » permet à la police de suivre l’itinéraire des étudiants qui le demandent grâce à leur téléphone portable, pour rappliquer en cas d’anomalie.

Mais ça ne leur suffit pas: les étudiants de UNC ne se sentent pas en sécurité.

C’est pourquoi UNC vient de créer SafeWalk : a partir d’aujourd’hui, tout étudiant peut demander à être raccompagné le soir jusqu’à sa résidence par deux « SafeWalkers », spécialement entraînés par la police et payés par l’université.

C’est vraiment jeter de l’argent par les fenêtres, et une nouvelle preuve de la déconnection totale des étudiants avec le monde extérieur.

UNC et Chapel Hill sont bien plus sûrs que n’importe quelle ville moyenne aux Etats-Unis.

Les statistiques le prouvent : en trois ans, zéro meurtre et zéro viol. Seulement huit vols et 25 « sexual offenses » (on ne sait pas bien ce que ça veut dire d’ailleurs: injures? propositions sexuelles?), dont 16 à l’intérieur des résidences même, pour une population de 30 000 étudiants. Soit un risque de 0, 02% de subir une « sexual offense » sur le campus.

Bien sûr, peu de gens ont osé critiquer le programme. La sécurité, c’est sacré.

J’avais déjà vu le paradoxe dans la banlieue de ma colocataire Corban. Sa famille vivait dans l’un des quartiers les plus sûrs de Charlotte. Ils étaient obsédés par leurs alarmes, leurs grilles et leurs portes blindées verrouillées à double tour.

Un autre symptôme de la paranoïa ambiante: pendant les élections municipales, l’un des candidats proposait très sérieusement d’interdire la mendicité à Chapel Hill et de déplacer le refuge pour sans-abri hors de la ville, afin d’améliorer les conditions de sécurité.

Le meilleur des mondes en noir et blanc

Hier, c’était le MLK Day — l’anniversaire de Martin Luther King Jr, férié aux Etats-Unis.

J’ai donc assisté pour le Daily Tar Heel aux célébrations organisées à Chapel Hill par le NAACP (National Association for the Advancement of Colored People).

Le plus intéressant, après le petit meeting propret et la marche de circonstance, c’était la cérémonie, qui s’est déroulée à l’église.

Curieux mélange politique+religion, d’un point de vue européen. En même temps, ce n’est pas franchement nouveau: MLK était pasteur, et de toute façon il n’existe pas d’autre endroit dans une ville typique américaine pour faire un meeting que dans une église.

Pas de place de la mairie, pas d’avenues à bloquer, pas d’espace public à proprement parler.

Bon, heureusement, c’était bien moins chiant qu’une messe catholique. D’abord, les gens rient beaucoup. Ils applaudissent, se lèvent spontanément, agitent les bras, disent « Yes sir », « oooh well », « amen » pendant les discours. Il y a de la musique et des vidéos et des blagues.

Du coup les deux heures et demi sont passées assez vite.

Les « Amen » alternent avec les « Fire it up! Ready to Go! », les sermons des révérends avec les interventions politiques.

Je n’ai pas regretté d’avoir enduré trois heures de discours assez convenus, type MLK était un grand homme, tous ensemble, noirs blancs et jaunes, aimons-nous les uns les autres, paix justice et égalité. Le plus intéressant est venu à la fin, lorsque deux activistes du NAACP ont commencé à parler de comment le pays était en voie de re-segregation.

Ainsi, les quartiers noirs traditionnels de Chapel Hill disparaissent peu à peu sous la pression immobilières des riches blancs qui viennent s’installer ici. Cela joue sur la composition des écoles publiques, qui mélangent de moins en moins les noirs et les blancs.

Le mécanisme est simple: il joue sur la classe sociale, mais revient de fait à une reségrégation raciale (puisque la majorité de la population pauvre ici est noire).

Ils étaient pas très contents, au Daily Tar Heel, quand je leur ai apporté mon article, qui traite essentiellement de cette resegregation. Ils ont trouvé que c’était trop « biaised » (partisan). Ce qui me met toujours en colère… Comme si la rédaction du DTH n’était pas complètement biaisée, de nature. Il n’y a qu’à voir la salle de rédaction, en grande majorité des enfants des classes moyennes et supérieures blanches. Ca ne les empêche pas de croire qu’ils savent ce qui est objectif et ce qui ne l’est pas, ce qui est digne d’être rapporté et ce qui doit être passé sous silence. L’objectivité est souvent un prétexte bien pratique pour taire ce qui dérange.

Mais bref, l’article est là, et il était en première page du DTH ce matin, yeah! :

http://www.dailytarheel.com/content/mlk-rally-discusses-racial-equality-goals

Paperasserie et tramités

Parlez-moi encore de visa et je vais vomir.

Je hais les frontières, les décrets et les administrations de tous les pays et leurs réglementations à la con.

Je veux dire : je les haïssais déjà avant, par principe. Mais là je commence à comprendre physiquement le temps qu’on gaspille dans une vie à obtenir des papiers,  à essayer de faire venir légalement son amoureux/se étranger dans son pays, à chercher des moyens de travailler, des stratagèmes pour rester plus longtemps dans le pays que l’on aime, tout ça parce que l’on est né ailleurs.

Pas que je pleure sur mon sort, hein — elle n’a rien de comparable aux milliers de personnes menacées d’expulsion ou de mort dans leur pays d’origine que la France renvoie à coups de charters ou tous ces couples mariés condamnés à vivre à des milliers de kilomètres l’un de l’autre à cause de réglements absurdes.

La mauvaise nouvelle, c’est qu’au terme de trois mois d’efforts pour comprendre les lois américaines de l’immigration, de multiples visites au bureau des étrangers de UNC, JE NE PEUX PAS FAIRE DE STAGE AUX ETATS-UNIS.

Enfin, techniquement, c’est possible. A condition de payer une association un petit millier de dollars pour qu’ils sponsorisent ma demande de visa de stagiaire.

Et puis j’ai aussi appris que c’était mort pour avoir une bourse de l’association Zellidja — il faut passer un oral en France mi-mars.

Mon plan qui était, idéalement : terminer mon année à UNC en mai — faire deux mois de stage dans un journal américain — partir un mois au Chili/en Argentine avec une bourse de l’association Zellidja — rentrer à Paris en septembre — tombe donc à l’eau.

Je cherche des plans B. Toujours cette histoire de carottes en Patagonie.

Pour les étudiants aux Etats-Unis avec un visa F-1 qui souhaitaient faire un stage, les explications détaillées sont là :

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Pouet-pouet camembert

Ce fabuleux site est destiné à apprendre aux étrangers à bien communiquer non-verbalement en France.

Par exemple : « s’en jeter un derrière la cravate »

ou encore :

Learn about French gestures – Shut your mouth!

When you want to say « shut it » or « shut your mouth, » the ferme-la (aka clapet or le camembert) gesture will get the point across.

Hold your hand out in the shape of a C and then squeeze the fingers and thumb together.

Register – familiar

Sors-moi ta sève qu’on voit ce que tu as dans le ventre

Hier, j’ai écrit mon premier texte  pour le cours de Creative Writing.

L’exercice : un texte de 500 mots maximum, utilisant une métaphore filée : “si je suis ceci, alors tu es cela”

Ecrire de la fiction en anglais est une expérience étrange.

C’est comme si je faisais de la calligraphie les yeux bandés, comme si je jouais du piano avec des boules quiès. Mes sens sont brouillés, je trace mes phrases en aveugle.

Dans ma langue, je commence à entendre ce qui sonne juste, je sens comment les mots peuvent s’acoquiner, se mélanger, se désaccorder.

Ce sont mes crayons de couleur, usés et mâchonnés. Ils ont une profondeur et une histoire. Ils traînent des souvenirs personnels, des images et des voix familières… Ce sont les mots de ma sœur, de mon père, de ma mère, ceux des chansons, de  l’école et des journaux.

Au contraire, l’anglais m’est encore insondable. J’y flotte.  Je ne sens pas comment les mots sonnent ensemble. Mes mots anglais n’ont pas de résonance ou de profondeur  – pas encore, je sais, c’est normal, après tout cela ne fait que cinq mois que je suis ici.

Bref, j’étais passablement mal à l’aise quand j’ai donné mon texte à lire à toute la classe — exactement comment si je devais chanter les oreilles bouchées les yeux fermés pour un public qui lui ne les a pas (les oreilles bouchées).

Nous sommes tous en cercle et nous écoutons le professeur Naumoff lire nos textes. Tout le monde meurt de trouille, les gens font semblant de regarder par la fenêtre ou d’examiner leurs ongles quand c’est à leur tour d’être lus. Il y en a eu de très drôles, des élaborés, des un peu attendus (genre, « mon grand-père est un chêne  immense qui ne tombera jamais, il abrite le petit saule que je suis »), des auxquels je n’ai rien compris (le coup des références télévisuelles des années 90, encore…)

Après chaque lecture, tout le monde doit critiquer. Du mien, les autres ont dit que c’était « nicely written » , une fille a dit qu’elle aimait bien l’image des racines qui dansent dans la terre, et Naumoff a dit “I love it. » — mais je le soupçonne de francophilie excessive – vous auriez vu sa tête et ses yeux brillants quand il a vu mon nom sur la liste le premier jour : “You’re French? I love French people!”

Voilà,ce sera probablement le cours le plus difficile et laborieux de toute ma vie, mais je suis très heureuse d’y être. J’ai hâte d’apprendre, hâte que mes oreilles s’ouvrent à cette langue étrange, et très faim d’écrire.

Le texte d’hier est là :

I am the young apple tree among the other trees, and you – a careless gardener.

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New York encore — après c’est promis je regarde droit devant

Harlem Carnaval — New York

Le 6 janvier, faute de galette des rois, nous sommes allés au carnaval de Harlem.

Ce vieux tout fou dansait au milieu des enfants et des marchands de barbapapa, dans le soleil du matin. Il tenait un chien dans ses bras, peint de toutes les couleurs.

Les rois mages en carton défilaient avec les enfants et les jongleurs.

Sur le côté, entre la police et les chars, un improbable bonhomme sur son vélo diffusait des comptines portoricaines.

I wanna buy you flowers…

Quand j’ai fait remarqué à mes copains qu’on pouvait pas trouver de fleuristes dans ce pays, ils ont dit : un fleuriste, mais pour quoi faire?

Je leur ai expliqué qu’en France il était assez courant d’offrir des fleurs ou d’en recevoir pour les fêtes, anniversaires, ou juste comme ça, pour faire plaisir.

Ils ont explosé de rire en disant que c’était « tellement français ».

Il est paraît-il ici du plus ridicule et ringard (« cheesy ») d’offrir des fleurs à son copain/copine.

Et demain y’a école…

Demain c’est la rentrée.

Mon professeur d’espagnol répond au doux nom de Iluminada — c’est pour ça que j’ai choisi son cours d’ailleurs.

Puis j’ai deux heures de Creative Writing, j’ai hâte de voir à quoi ça ressemble. J’ai bataillé pour pouvoir être inscrite dans le cours. C’est une spécificité américaine: l’idée que l’écriture ne dépend pas uniquement du talent et de la volonté d’un écrivain, mais aussi d’une technique qui peut se transmettre et s’apprendre.

Le professeur est Laurence Naumoff, un écrivain de Caroline du Nord.

Je redescends doucement de New York, c’est fou et excitant et j’irai vivre là un jour.

Tout à l’heure j’étais quand même bien contente de retrouver les routes désertes de la Caroline, ses sapins géants et son air humide, la maison verte, mes colocs.

Le frigo est plein, les bonnes résolutions sur le papier, sac à dos prêt.

A l’école-euuh, à l’école…

Des mots rigolos

Glanés dans East of Eden de Steinbeck, mes nouveaux mots préférés :

to malinger : faire le malade

quixotic : chimérique — je soupçonne que ça vienne de « Don Quichotte »

mirth : hilarité

et aussi, je soupoudre toutes mes réponses de phrases ridicules des années 80, genre « Cool Beeeaaans » (équivalent de « c’est cool Raoul ») et « Alright-y » sans oublier d’appeler tout le monde « honey » et « sweetie ».

CrackFrenchie

Alright.

Ca suffit maintenant.

(dit-elle en mordant dans un double-stuffed-chocolate-oreo, la main sur le verre de lait.)

Il est vital, pour mon nouveau jean slim et ma santé mentale, QUE LES OREOS DISPARAISSENT DE LA SURFACE DE LA PLANETE!

Méfiez-vous, ils ont l’air tous petits petits et innocents, posés comme ça sur le coin de la table…

Ils sont partout, dans tous les magasins, dans les petits étalages du métro, à la bibliothèque.

Et d’un coup, sans trop savoir comment, BAM! Vous êtes cuits.

Ho-ho-ho-ha-ha-ha — Le Yoga du rire

J’en ai encore mal aux côtes.

Hier soir Clément, Christian et moi sommes allés à une session gratuite de « Laughter Yoga », ou yoga du rire.

Pas qu’on s’emmerde, mais on s’est dit que ça avait l’air drôle – et pour cause.

Pendant une demie-heure, avec un groupe d’une vingtaine de participants, nous avons ri, à nous en exploser la mâchoire.

Dans le lot: une octogénaire lilliputienne bien sympa, un lycéen aux yeux exorbités, un couple cool, quelques dames sans âge, une grosse tatouée, des étudiants, un grand moustachu et l’inerrable gourou du rire Vishwa Prashkar.

C’est lui, là. Il a l’air sympa, hein?

Bon,  au début, on a un peu flippé… What the fuck we’re doing here again?

Mais ça c’est vite détendu, grâce à des exercices ridicules mais efficaces du genre : « Riez comme des chèvres » ou « imitez le rire du lion ».

Tous les participants commencent par se saluer les uns les autres en tapant dans leurs mains et en disant « ho-ho-ho-ha-ha-ha ».

(d’ailleurs, rien que d’y repenser, j’ai mal aux abdos…)

Et puis l’absurdité de la situation faisait que nous n’avions pas besoin de beaucoup nous forcer.

Les plus enthousiastes affirment que le yoga du rire soulage toutes sortes de douleurs, brûle des calories (400 par heure), soigne l’asthme et renforce les protections immunitaires.

Je ne sais pas trop quel crédit leur accorder.

Tout ce que je sais c’est que c’était EXCELLENT, on en est ressorti au moins aussi calmes et heureux qu’après une heure de jogging (ou un orgasme géant).

Ah oui, l’autre truc cool c’est que c’est pas une secte, en tout cas ça ne m’a pas paru religioso-spiritualo vaseux.

Plus d’info ici, et le club du rire à Paris est

Toi aussi tu peux être un soldat!

Tout à l’heure au cinéma on s’est pris ça dans la face :

Ca vaut le coup d’être vu, juste pour dire encore « Ah ben ils sont quand même pas possible ces ‘Ricains! »

Il s’agit d’un clip de recrutement pour la Garde National Américaine.

Du sang, des larmes, de l’action, des flingues et des héros, le tout sur une symphonie grandiloquente. On dirait une bande-annonce pour un blockbuster hollywoodien.

PS : On a été voir Sherlock Holmes, à cause de Guy Ritchie, parce qu’on avait adoré Arnaques, Crime et Botaniques. N’y allez pas, c’est MAUVAIS MAUVAIS MAUVAIS, bouh bouh, shame on you Guy Ritchie.

C’est pour ça que t’es grosse

Yummy !

« This why you’re fat » est un blog qui répertorie les nourritures américaines les ignobles. Elles impliquent généralement du bacon, de la farine, du ketchup, du beurre de cacahuètes, des sirops de maïs ultra-sucrés, du beurre, de l’huile, ou tout ça à la fois.

C’est là :

http://thisiswhyyourefat.com/

Enjoy, guys :)

Doggy style

Au fast-food new yorkais Shake Shack, un double cheeseburger, c’est 6 dollars 75.
Vous pouvez aussi acheter une gâterie pour votre chien : crème anglaise, beurre de cacahuète et biscuit.

A Central Park les chiens se promènent en doudoune colorée. Parfois l’humain au bout de la laisse a un manteau assorti.

Dans le métro new-yorkais habitent des femmes et des hommes abîmés. Ils demandent un dollar ou deux, traînent leurs pieds gonflés dans leurs chaussures trouées. Ils disent « God bless you and your family » et passent d’un wagon à l’autre répéter leur histoire. Nous faisons semblant de ne pas les voir.

God supermarket

Athées et agnostiques de tout poil, au pays où tout se mesure et tout se chiffre, il existe un outil pour que VOUS trouviez votre religion.

En 20 questions du site belief.net, l’ordinateur va vous dire quelle est la religion la plus proche de vos convictions :

blriblriililili

Hier, dans le bus pour Brooklyn, une grosse dame noire m’a demandé d’où venait mon manteau à poil longs. Du coup on a discuté un moment. Elle m’a dit qu’elle était pentecôtiste.

Dans la série folklore, les pentecôtistes « parlent en langue » (« speak in tongue ») : ça veut dire que le saint esprit parle à travers leur bouche quand ils entrent en transe. Ca ressemble à ça. Rigolo, hein?

Randommmm

– 15°C encore aujourd’hui. On s’est baladés avec Christian, Clément et ses copains américains dans Brooklyn.

Du coup, on a revu cet improbable magasin de surf. Île colorée perdue au milieu de grises usines désaffectées, the Mollusk Surf Shop est, selon son propriétaire, très populaire chez les japonais (?):

Eleanor Ridgby (All the lonely people)

Café clope  très tôt dans la rue, sous la neige qui tombe lentement, comme si le grand barbu effilochait des nuages du bout des doigts.

Il est huit heures du matin, Timothée et Rachel viennent de partir pour l’aéroport. Je voudrais écrire quelque part.

Dehors un homme me parle.

Il est huit heures du matin, l’homme vient juste de rentrer de la pharmacie où il travaille, un peu plus haut sur Broadway. Il est fatigué mais ne veut pas dormir. Il vient d’Afrique du Sud. Un grand sourire gentil, mais ses yeux ne se posent nulle part. Il envie de ne plus être tout seul.

Il fait froid, tu veux aller à Mac Do pour écrire?

D’accord. C’est pas de la drague, c’est pas lourd, une tranche de solitude soupoudrée de désespoir, un bout d’histoire à écouter, et puis j’ai le temps, alors…

Eric est tout seul, comme des millions de gens dans ces villes immenses. A New York comme à Paris, des millions de visages se frottent et se croisent, mais ne se touchent jamais vraiment.

Tracer sa route à coups de coude dans la foule le long des avenues, dans les couloirs du métro, tous ces humains autour de toi, sans que tu n’en connaisses aucun, sans personne à attendre.

Le soir ou le matin une fois fini leur travail, les gens rentrent tous seuls dans leurs appartements vides. Ils ont peut-être échangé quelques phrases pratiques en achetant leur café au Starbucks – un café sans caféine avec du sucre s’il-vous-plaît, il fait froid, bonne journée et merci, croisé le regard par hasard de milliers d’autres inconnus, tripoté leur téléphone portable sans avoir vraiment personne de l’autre côté. Tous seuls.

Eric vit depuis deux ans à New York. Il travaille. Soixante-dix heures par semaine. Quoi d’autre? Il rentre mort de fatigue chez lui, gagne de l’argent qu’il ne dépense pas et dont sa famille n’a pas besoin. Il regarde Ben et Jerry à la télé. Parfois il lit les petites annonces de CraigsList, mais n’écrit pas. Il aime bien les gens à son travail. Ce ne sont pas des amis.

Eric a dormi un petit moment sur la table du Mac Do, et puis il est rentré chez lui.

Love love love

Le poisson bleu du coloc de Clément est toujours dans son bocal.

Huit personnes dans l’appartement, festin de bagels au cream cheese et de café ce matin.

L’air est frais et sans nuages. 20 ans, en vacances, des rêves plein les mains, en pleine santé.

Bonne année!