Bons baisers de Savannah

Pour les vacances de printemps, Christian et moi avons mis cap sur le Sud, direction la Caroline du Sud et la Georgie.

(Ici, parenthèse : Christian, c’est mon-amoureux-américain. Il est tout blond, avec des yeux bleus derrière ses grandes lunettes clownesques; il est beau et drôle et intelligent et incroyablement courageux ; il a une histoire dingue ; et je l’aime. Voilà qui est écrit.)

Je ne sais pas trop ce que je retiendrais de Charleston et de Savannah, les deux villes que nous avons visitées. Pas grand chose je crois. Des hordes de touristes retraités qui se promènent dans des calèches pour un tour de ville « authentique ».

Christian était émerveillé du fait qu’on puisse y marcher – fait rare dans le Sud. Moi, je sais pas… j’ai dû mal à m’extasier devant les églises en bois des années 60 et les rues pavées, mais je suis une insupportable Européenne snob gavée d’églises romanes et de villes millénaires.

Par contre j’ai adoré la route ; je n’étais jamais restée aussi longtemps dans une voiture. Et puis c’était un petit bout de mon rêve américain, aussi, nourri de Jack Kerouac et de Las Vegas Parano, ce long ronronnement du moteur sur des routes monotones.

Se lover dans le siège de la Buick que j’ai pris pour un vaisseau spatial, les yeux grands ouverts et la cigarette au bec, branchée sur les radios religieuses locales. Rouler au milieu de la nuit, voir défiler les panneaux verts avec des noms de villes inconnus et leur distance en miles, alternance monotone de parkings Walmart, de concessions automobiles, les fast-food drive-thru ouverts 24h sur 24h: Bojangles, KFC, Burger King, Waffle House.

Voir des panneaux géants plantés au bord de la route, avec un foetus géant dessiné et la phrase : « au bout de 18 jours mon coeur bat déjà! »

Les lumières violentes et la sirène d’une voiture de police.

Dormir quelques heures sur un parking avant d’être réveillés par les phares d’un gros camion citerne, vers les quatre heures du matin.

Puer l’essence, le vieux hamburger et le tabac froid.

….

Et puis d’autres cartes postales…

Perdus dans une rue de Savannah à la recherche de sandwich mexicains, la serrurerie Bradley, on « où aiguise tout sauf votre intelligence, on répare tout sauf les coeurs brisés».

A Savannah, dans une épicerie ouverte 24h sur 24h, j’ai payé 1 dollar 50 pour un Crime Blotter (« Le Registre du Crime »), journal agrafé où sont imprimés, sur neuf pages, les photographies de tous les habitants arrêtés de la semaine. Je l’ai acheté, pour voir. Toutes ces données sont disponibles gratuitement sur Internet et il est parfaitement légal de les imprimer.

Sous chaque portrait, assorti du nom complet du suspect, est inscrit le délit : conduite sans permis, ivresse publique, « open container » (c’est à dire avoir une bouteille d’alcool ouverte dans tout espace public), trouble à l’ordre public, vol à main armée, non-paiement de pension alimentaire. En page 8 et 9 s’étalent les photos, noms et adresses des délinquants sexuels de la région de Savannah.

Dans le même magasin, à côté du comptoir, sont présentés des films pornographiques enveloppés dans du papier orange ou bleu, selon la couleur des acteurs, noirs ou blancs… Adult Movie, Black or White.

Vous choisissez la couleur. Je me demande si ce classement n’est pas plus choquant que voir des paires de fesses en couverture.

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Une réponse à “Bons baisers de Savannah

  1. Hélène Honnorat

    Pas de films « dominos » avec papier orange ET bleu ?? Un produit à lancer !

    J’adore ta photo de la boutique « répare tout »…

    Bises, HH

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