Archives mensuelles : avril 2010

Mais quelle heure il est?

Hourrah!

Hier, j’ai appris que j’étais admise à l’école de journalisme de Sciences Po

-merci Inès- (qui m’a prévenue de la nouvelle sur Facebook)

Je suis contente et soulagée, et impatiente que septembre arrive.

Je vais faire un petit speech aussi stupide et désemparé que celui ma fête d’après-oral à Paris. Fête durant laquelle j’ai fait un peu honte à ma maman en bredouillant des remerciements bien niaiseux – je crois qu’elle aurait préféré que je fasse un triple salto arrière en récitant des alexandrins en grec ancien (j’t’aime, maman). J’espère être plus douée pour écrire des articles que pour faire des discours.

Alors merci à ma Maman, à ses ami-e-s (Hélène…), à mes grands-mères et à ma soeur et à mes frères, à mon parrain, merci à mes ami-e-s, à ma famille, à tous les gens qui m’ont donné de l’argent, des bisous, des mots et des encouragements pour que je revienne à Paris pour passer l’oral de l’école de journalisme. Et merci à tous ceux qui m’ont patiemment écoutée radoter sur le thème « pourquoi je ne serai jamais jamais de la vie admise » en deux parties deux sous-parties, et pourquoi je ferai mieux d’aller planter des carottes en Patagonie/des myrtilles dans l’Oregon/équivalent.

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Bon. Des nouvelles de la Caroline.

En plus des ratons-laveurs dans le grenier et des cafards dans les casseroles, nous avons maintenant des bébés écureuils qui se coinçent entre les murs du premier étage. Ils tombent dans le trou dans le toit. On les entend pousserdes petits cris pitoyables toute la nuit et le chasseur d’écureuil (Stan) vient régulièrement nous rendre visite avec ses gants en latex et sa cage en fer (miam)

Cette fin d’année a un début de goût de fin de fête.

La ville de Carrboro a arraché 8 (HUIT! HUIT!) arbres devant la maison pour faire un trottoir (très utile, dans une rue au traffic moyen de 20 piétons par jour). Mais du coup je fume des cigarettes avec les Mexicains qui nous réveillent tous les matins avec leurs tracteurs (qui font « BIIIIP, BIIIIIP » toutes les 4 secondes – c’est une mesure de sécurité obligatoire, paraît-il)

Mon amoureux à grandes lunettes vient d’apprendre les noms des animaux de la ferme en français (oui, parce qu’en janvier il a décidé d’apprendre le français).

Du coup, ce matin il m’a dit « viens ici, mon petit poulet » et « tu es jolie comme oune petite lapin » avec le plus effroyable accent américain que j’ai jamais entendu (entendre « vien ee-ci, ma peuti pouleey »). Le reste du temps, il me dit les histoires du Petit Nicolas, et je fais semblant de comprendre.

(-« Cooomm Agnan étay lay chouw-chouw dey la maytreysse, on-ne-pouveeey-paa-lui-donney-dey-cou-de-poing sur le neze

– Sur le « né ».

– You guys just love to add random letters for the hell of it, don’t you? »)

Samedi dernier il y a eu le banquet d’adieu du Daily Tar Heel. Comme les discours s’éternisaient et que tout le monde avait beaucoup trop bu, j’ai demandé à faire un discours aussi. On m’a laissé le micro.

Pendant trois minutes j’ai copieusement insulté tout le monde en français avec plein de gros mots années 50 ( J’ai dit « Foutre Dieu », « scrogneugneu »et « bande d’anchois à plumes », et j’ai ajouté avec un grand sourire qu’ils n’étaient qu’une « bande de snobs blancs insupportables et abrutis adorateurs de la Sainte Neutralité » (ou équivalent en plus pâteux, j’avais un peu bu aussi, hein)).

Croyez-le ou non, ils m’ont tous chaleureusement applaudie (« Victooooaaare!! »)

Mais en vrai, je les aime bien et c’était vraiment une expérience génial, d’écrire pour le Daily Tar Heel.

C’était juste pour voir si quelqu’un allait comprendre, je trouvais que c’était rigolo, comme blague.

Un peu comme mon copain Thomas L.G., par ailleurs très bien élevé et fort agréable, mais qui a pris la fâcheuse l’habitude de faire répéter à tous les étrangers qui veulent apprendre quelques mots de français : « J’aime… me… mettre… des brosses à dents… dans…le…cul. »

(en restant sérieux comme un pape, bien entendu. Très douteux mais j’en rigole encore.)

Plus que neuf jours.

L’écureuil mange de la baguette plutôt que des pancakes

… à Paris depuis hier.

Gavée de fromage puant, de baguette et de vin rouge.

J’ai des crampes aux joues tellement je souris.

A la semaine prochaine!

L’Amérique de Jean Baudrillard, 2

Au moins ça me donne une bonne raison pour détester les tapis roulants à la gym.

« On arrête un cheval emballé, on n’arrête pas un jogger qui jogge.

L’écume aux lèvres, fixé sur son compte à rebours intérieur, sur l’instant où il passe à l’état second, ne l’arrêtez surtout pas pour lui demander l’heure, il vous boufferait.

Il n’a pas de mors aux dents, mais il tient éventuellement des haltères dans les mains, ou même des poids à la ceinture […]

Ce que le stylite du IIIe siècle cherchait dans le dénuement et dans l’immobilité orgueuilleuse, lui le cherche dans l’exténuation musculaire du corps. Il est le frère en mortification de ceux qui se fatiguent conscieusemeent dans les salles de remusculation, sur des mécaniques compliquées avec des poulies chromées et des prothèses médicales terrifiantes. Il y a une ligne directe qui mène des instruments de torture du Moyen Âge aux gestes industriels du travail à la chaîne, puis aux techniques de reculturation du corps par des prothèses mécaniques.

[…]

courir obstinément par une sorte de flagellation lymphatique, jusqu’à l’épuisement sacrificiel, c’est un signe d’outre-tombe. Comme l’obèse qui ne s’arrête pas de grossir, comme le disque qui tourne indéfiniment sur le même sillon, comme les cellules d’une tumeur qui prolifèrent, comme tout ce qui a perdu sa formule pour s’arrêter.

Toute cette société ici, y compris sa part active et productive, tout le monde court devant soi parce qu’on a perdu la formule pour s’arrêter. »

Mangez un gris, sauvez un rouge

Une guerre fait rage en Europe.

Les écureuils gris d’Amérique exterminent les écureuils roux d’Europe.

Ils les chassent de leur habitat, dévorent leurs réserves de nourriture, et leur transmettent des maladies.

Faites un geste pour nos forêts.

Le prochain écureuil gris que vous voyez, courrez chercher votre carabine, et tirez-lui dessus.

Après, c’est facile: il se dépiaute comme un lapin ( ouvrez le ventre avec un couteau aïguisé, sortez les entrailles, et retournez la peau comme un gant). Ca a à peu près le même goût et ça vous changera du poulet.

Pour le cuisiner, je vous conseiller le gâteau d’écureuils.

Coupez les deux écureuils que vous avez chassés en petits morceaux. Trempez les dans de l’eau salée, ou de l’eau avec du vinaigre, en changeant l’eau plusieurs fois (3 ou 4). Egouttez, séchez les morceaux de viande, et roulez-les dans de la farine. Faites-les revenir à la poêle dans de la graisse de porc (ou du beurre) jusqu’à ce qu’ils soient légèrement dorés. Ensuite, placez les dans un moule à gâteau préalablement beurré, ajoutez 1L de sauce (vinaigre+eau), salez, poivrez. Ajoutez un oignon émincé et les herbes de votre choix.

Couvrez et faites cuire au four à chaleur maximum (thermostat 7 ou 8) pendant 1h et demi.

Une fois cuit, rajoutez un peu de farine pour épaissir la sauce et couvez le tout avec de la pâte à gâteau.

Remettez au four pendant 20 min.

Tasty?

d’autres recettes pour cuisiner l’écureuil sont disponibles ici : http://www.bowhunting.net/susieq/squirrel.html

A la bibliothèque

L’autre jour, je suis tombée sur le bouquin de Jean Baudrillard, « L’Amérique ». Les photos sont chouettes et le texte renferme de vraies perles.

Rien de révolutionnaire dans ce texte sur cette étonnante culture américaine du sourire, mais j’aime beaucoup comment il la décrit :

« Le sourire que chacun t’adresse en passant; crispation sympathique des maxillaires sous l’effet de la chaleur humaine. C’est l’éternel sourire de la communication, celui par lequel l’enfant s’éveille à la présence des autres, ou par lequel il s’interroge désespéréément sur la présence des autres, l’équivalent du cri primal de l’homme seul au monde. Quoi qu’il en soit, on vous sourit ici, et ce n’est ni par courtoisie ni par séduction. Ce sourire ne signifie que la nécessité de sourire. C’est un peu comme celui du chat de Chester [NDLR: celui du chat dans Alice au Pays des Merveilles] : il flotte encore sur les visages après que tout affect a disparu.

Sourire à tout instant disponible, mais qui se garde bien d’exister et de se trahir. Il est sans arrière-pensée, mais il vous tient à distance. Il participe de la cryogénisation des affects, c’est d’ailleurs celui qu’affichera la mort dans son funeral home, ne perdant pas l’espoir de garder le contact, même dans l’autre monde.

Sourire immunitaire, sourire publicitaire : « Ce pays est bon, je suis bon, nous sommes les meilleurs. »

Sourire auto-prophétique, comme tous les signes publicitaires: souriez, on vous sourira. Souriez pour montrer votre transparence, votre candeur. Souriez si vous n’avez rien à dire, ne cachez surtout pas que vous n’avez rien à dire, ou que les autres vous sont indifférents. Laissez transparaître spontanément ce vide, cette indifférence, illuminez votre visage du degré zéro de la joie et du plaisir, souriez, souriez…

A défaut d’identité, les Américains ont une dentition merveilleuse. »