Archives de Catégorie: Carrboro, N.C.

Qui a peur du grand méchant loup?

… Quand Sarah Frier, la chef de rubrique du Daily Tar Heel, m’avait demandé de trouver les endroits les plus sûrs où vivre hors du campus, j’ai refusé d’écrire l’article. Tout simplement parce que les statistiques sur lesquelles je devais me baser étaient trop imprécises: le classement n’aurait donc eu aucun sens.

Je les adore, mes petits camarades de UNC, mais leur côte parano me court un peu sur le haricot.

L’article a donc été remplacé par une colonne d’opinion (voir ci-dessus).

Remarquez le détail qui tue: l’alarmante carte google couverts de petits plots marquant les incidents répertoriés entre 2009 et 2010. L’image est publiée sans légende ni explication. Elle communique exactement le contraire de ce que j’essayais d’expliquer (en gros, qu’il n’y a pas de quoi s’inquiéter, UNC-Chapel Hill est extrêmement sûr.)

L’état d’urgence déclaré à Chapel Hill

« Le maire Kleinschmidt déclare l’état d’urgence à Chapel Hill alors que la ville se prépare à affronter de 7 à 15 cm de neige. »

Ouh la la la.

Commentaire d’un étudiant sous l’article : « 3 to 6 inches is an emergency IN BED »

(ouarf ouarf ouarf)

Apocalypse snow 2

Depuis hier, il neige sans faire de bruit. Le campus est en état de siège. Les bibliothèques sont fermées, les fêtes annulées, les bus ne circulent plus. Aucune voiture ne passe sur la route à côté de ma maison.

Hier il faisait doux, on ne portait même pas de manteaux.

J’écris toujours pour le Daily Tar Heel. J’admire les chefs de rubrique, qui trouvent toujours moyen de remplir le canard.

Ainsi, hier j’ai trouvé un mail de Tori dans ma boîte:

« Hiii giiirly!  ;) […] got a fun story for you this weekend […] we want to do a story about how ice cream places are affected by the cold weather. »

J’ai fait mes devoirs bien consciencieusement. J’ai maintenant 4 pages de citations. Patrons : « Oh yeah, c’est sûr on vend moins de glaces depuis qu’il fait froid. Mais les gens aiment toujours les glaces, alors on en vend quand même. », « On va sûrement fermer demain parce qu’il va neiger. »

Clients : « Ah oui mais non moi je mange toujours des glaces trois fois par semaine. » Client 2 : « Ca ne me dérange pas de manger des glaces en hiver si je les mange à l’intérieur, parce qu’il fait chaud. »

Photojournalisme – Projet de fin de semestre

……

Chapel Hill, N.C., October-December 2009

Jones Ferry Road

Au bout de la rue, tout à l’heure.

Tout va bien.

Les enthousiastes du houla-hoop

Les hoola-hoopers de Carrboro s’entraînent l’après-midi, juste derrière ma maison.

Ce n’est pas pour faire du fitness : c’est une activité à visée spirituelle.

Rien de telle qu’une petite heure de houla-hoop pour se connecter avec son moi profond, se concentrer et s’élever plus près du ciel, paraît-il.

J’aime cette ville

Saturday whirl

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Quatre jours de pluie en continu, aujourd’hui c’était fini.

Soleil dans les arbres rouges et verts et jaunes, course-poursuite des écureuils, bruit des feuilles mortes qui craquent sous les pieds.

Ca suffit pour être joyeux toute la journée.

Ce matin, j’avais rendez-vous au marché de Carrboro avec mon copain Mark – celui qui vit dans les bois avec Beans, son chien magique.

Mark m’a présentée à Wilma, qui un jour d’automne 1993 a décidé de démissionner du laboratoire nucléaire où elle travaillait pour démarrer une ferme de fromages de chèvre. Et faire pousser des cactus.

Wilma et Mark

Mark et Wilma samedi matin au Carrboro Farmers Market.

On a été petit-déjeuner à la station-service du coin – $2,99 (moins de deux euros)  les oeufs brouillés+café+ une galette de pommes de terre + un steak+ un brisket (sorte de petit pain gras et croustillant, typique du Sud des Etats-Unis)

Après, j’ai dû filer pour aller écrire l’article du Daily Tar Heel : ce week-end, les artistes de Carrboro ouvrent leurs studios au public.

Rencontré une restauratrice de livres anciens, Susan Soleil – des belles mains patientes, un grand sourire calme, et beaucoup d’énergie. 60 ans, apaisée. Elle m’a dit qu’elle regrettait de ne pas avoir de petits-enfants, c’est peut-être pour ça qu’elle m’a appelée « Sweetie » et « lovely doll » pendant tout l’entretien. Elle m’a fait des bisous et elle m’a offert une carte ancienne de Paris, et je vais retourner la voir bientôt. C’est le genre de personnes dont la présence physique calme.

Puis j’ai rencontré un sculpteur fabuleux, Mike Roig, et sa femme, Clay Carmicael, auteur pour enfants et illustratrice.

Leur jardin est rempli des sculptures mobiles de Mike.

Roig-West-Wind-Sentinel-med

En revenant, j’ai vu des gens assis en cercle dans l’herbe, à côté d’un bus géant, peint en vert. Ils viennent du Montana (= de l’autre bout du pays, au Nord-Ouest) et font partie de l’association pour la promotion de la Permaculture (???). Ils se baladent dans tout le pays avec leur bus, leurs plantes, leurs graines, et  leurs deux chiens.

Ha, et quatre poules en enclos.

Ils donnent des cours sur les plantes médicinales.

Un peu plus loin, une demi-douzaine de membres des Happy Hoopers (amateurs de houla-hoop) s’entraînaient en écoutant Shakira.

Ce soir, je fais la fête avec les gens de ma rubrique du Daily Tar Heel, et après c’est « Ugly Sweater Dance Party » chez Dylan (= venir avec le pull tricoté le plus immonde possible)

Happy? Yeah !

The dog that finds money – une pizza à la framboise

Lundi après-midi, j’étais encore à la bourre pour mon devoir de photojournalisme.  Sujet de la semaine: feature. Je rentrais la boule au ventre à la maison, en espérant qu’une idée de photo tombe du ciel.

Sur le chemin, à vélo, sur Franklin Street, un type me sourit, la barbe crade. Comme il avait l’air d’avoir envie de discuter, je m’arrête pour partager une cigarette.

Mike a un accent britannique et des bons yeux. Je le prends en photo.

Il travaille de temps en temps comme mécanicien pour Gumby’s pizza. Cinquante ans, deux enfants, pas de taf, pas d’assurance santé, pas de maison, pas de fric.

Pendant que Mike réparait deux trois trucs sur mon vélo, Mark, un copain à lui, passe par là.

La barbe de Mark est encore plus longue, il a le visage creusé et des trous dans les mains. Il a un labrador jaune, qui s’appelle Beans, et un gros sac à dos kaki.

Beans est un chien étonnant.

Il peut sentir l’odeur des billets de banque, les trouver et les rapporter à son maître.

Je vous jure, je l’ai vu faire!

Malheureusement pour son propriétaire, Beans préfère l’odeur des billets de 1 dollar à ceux de 100.

Mark, soixante-dix ans, vit dans une cabane dans les bois de Carrboro – l’hiver, il déménage au centre d’hébergement pour SDF de Chapel Hill.

« Hey gal’! You wanna get free food? » dit Mark – (hé, tu veux de la nourriture gratos?)

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Au pays de Candy où tout le monde est gentil

Notre maison verte ressemble au paradis.

Sugar Candy

Ici: minute d’auto-contentement. De Paris, en trois jours j’ai trouvé une chambre à louer pour deux fois moins cher dans la ville voisine, Carrboro. Une grande maison en bois, turquoise. Sept chambres, six filles, deux étages, deux salons, deux cuisine, trois salles de bain, et une grande terrasse.

Tous les étudiants internationaux ont eu cinq jours pour décider si ils voulaient vivre sur le campus, dans des immeubles à 4000 dollars le semestre pour une chambre à partager, ou s’ils préféraient se débrouiller tout seul et trouver de quoi se loger hors du campus. Après huit ans d’internat j’avais aucune envie d’y aller. Et puis ces chambres sont assez chères.

Et surtout : y’a pas de cuisine = manger tous les jours à la cantine, bleurk.

Mon pote Clément, qui est en échange à New York, a fait pareil.

DONC : vous qui partez à l’étranger, il y a sûrement mieux et moins cher ailleurs que sur les campus.

Barbapapa powaa

J’adoooore mes colocs. Elles sont toutes américaines.

colocs

Il y a Corban, 22 ans, qui vient de passer 6 mois à Bologne, long cheveux blonds, sourire à dévorer la terre entière, qui étudie la littérature comparée américaine/italienne. Elle rit tout le temps.

Il y a Adrian, 30 ans, qui fait du design et m’a donné plein de fringues, un vélo, une lampe et plein de trucs trop bien.

Jen, 23 ans, qui vient de terminer ses études en art dramatique. Elle travaille dans un restaurant, pour économiser avant de déménager à New York où elle veut être actrice.

Rachel, toute secrète et silencieuse, vient des montagnes de la Caroline du Nord et connaît plein de choses sur des sujets inattendus. Elle file de la laine dans sa chambre, qu’elle vend sur internet, tout en étudiant les mathématiques. Et elle aime bien faire des gâteaux.

Alex a passé 4 ans au Mount Holyoke (un liberal arts college pour les filles) et étudie pour être archiviste. Elle m’a fait découvrir ce magazine féministe génial, Bitch. Tous les matins elle me réveille et on se prend un café.

Le lévrier

J’ai pris un bus Greyhound pour aller de Washington à Raleigh, North Carolina, parce que c’était moins cher que l’avion.

« Tonton » Yebbie, comme apparemment beaucoup d’Américains-qui-ne-sont-pas-pauvres, n’avait jamais pris le Greyhound. Il y a l’Amérique qui vole et l’Amérique qui roule, il paraît.

Comme il avait vraiment peur pour moi, à 6h du matin il m’a emmenée à la station de bus pour « voir le genre des gens» et m’a donné un billet de 10 dollars « parce qu’on ne sait jamais ». Thanks Tonton Yebbie.

Ca va, c’était marrant ce Greyhound. Donc non, les gens n’avaient pas l’air très riches dans ce bus, et oui ils étaient presque tous noirs et non j’arrivais pas à comprendre leur accent. Et oui les stations de bus étaient glauques et au milieu de nulle part.

Mais j’aime bien attendre, et passer des heures dans un bus, ça m’a fait vraiment réaliser que je partais. Huit heures plus tard, arrivée à Durham, North Carolina. Emma, ma « mentor », une étudiante en deuxième année, est venue me chercher et m’a déposée à Carrboro, chez moi.