Archives de Catégorie: … et la vie parce qu'elle est belle

Goodbye stranger

En juin, on a voyagé en train pendant un mois avec Clément, mon meilleur ami.

De Washington à Chigaco, puis Albuquerque, le grand canyon, Los Angeles, San Francisco, Portland, Seattle.

Rencontré des Amish, bu du vin en cachette, dormi sur le plancher d’un énorme squatt à Portland, pas lavés pendant 5 jours, des burritos, des hamburgers, une randonnée dans le Canyon, des écureuils, des gens tous plus fous les uns que les autres.

Ce pays est dingue.

C’était fou, c’était un peu trop, c’est allé trop vite.

L’année a galopé à toute vitesse, j’ai bien pleuré en quittant ma maison verte et les écureuils, à Carrboro ; et puis j’ai pris l’avion.

Je suis à Paris depuis un mois.

J’espère repartir, bientôt, partout, et puis écrire.
Un écureuil et des pancakes c’est fini.

Love

Chien blanc, The Graduate et les 30 degrés à l’ombre

Il s’est mis à faire très chaud, tout d’un coup. Les moustiques ressuscitent, les filles du campus ressortent leurs jambes musclées par des heures de tapis roulant, dehors la chaleur assomme et à l’intérieur des bâtiments on gèle – l’amour des américains pour la clim a tout de pathologique.

Il y avait examen d’histoire ce matin, et un paper à écrire, mais vraiment, j’ai beau essayer de me convaincre que si, je peux y arriver et le faire, que c’est pas la mer à boire, un petit paper de rien du tout, vraiment, je peux pas, c’est plus fort que moi ; ça me file des crises d’eczéma, des brûlures dans le dos, une envie irrépressible de foutre le camp et de me cacher dans les buissons, ou sur le toit, enfin quelque part où personne ne me demandera d’être intelligente, organisée et réfléchie.

Du coup en sortant pour oublier tout ça je me suis dépêchée de me mettre à faire ce que je préfère au monde (à égalité avec inventer des histoires et manger des meringues au chocolat et d’autres choses) – lire des romans. Mon amoureux se moque de moi, il me traite comme un animal exotique, le Cacoune, un mélange d’écureuil, de baby bush et de raton-laveur.

L’entretien du Cacoune, prétend-il, est assez simple du moment qu’on lui fournit un lit confortable et une douzaine de romans, des cigarettes, du chocolat et des câlins réguliers. Je grogne contre une telle objectisation mais ça me fait encore plus ressembler  à un animal domestique.

(ici, parenthèse explicative. Cacoune, comme le raconte la légende familiale, c’est le nom que je m’étais donné quand j’ai commencé à parler. Je faisais la sourde oreille à mon vrai prénom, Victoire. A la question « Comment tu t’appelles? », je répondais invariablement  » -CACOUNE! ». Apparemment ça m’est passée au moment d’entrer à l’école, mais le surnom est resté)

Donc juste après mon examen raté, je suis allée à la bibliothèque Davis et j’ai pillé le rayon littérature française. Allongée sur la pelouse du quad sous la bannière étoilée avec un grand café, un paquet de Camel, j’ai laissé l’après-midi passer en lisant Chien Blanc, de Romain Gary.

A chaque fois c’est pareil. Romain Gary me retourne. Chien Blanc, c’est l’histoire d’un chien arrivé par hasard chez Gary et sa femme, l’actrice Jean Seberg, à Los Angeles (oui, parce que Gary, en plus d’être pilote dans la Résistance, a aussi été réalisateur, écrivain, et consul de France aux Etats-Unis). Donc Chien Blanc est un adorable berger allemand, très gentil et très affectueux, sauf avec les Noirs, qu’il manque d’égorger à chaque fois qu’il en voit un. Romain Gary et Jean Seberg s’aperçoivent que Chien Blanc est en réalité un chien-policier dressé à attaquer et à tuer les Noirs (dans le Sud, certains chiens étaient apparemment utilisés pour la « chasse à l’esclave » dans les plantations, puis comme chiens de garde et d’attaque anti-Noirs après la guerre de Sécession)

Dans le roman il y a tout ça, le mouvement noir américain en 1968, l’assassinat de Martin Luther King, l’engagement de Jean Seberg, pourchassée par le FBI et accusée par les noirs comme les blancs d’être une « white bitch » et une « nigger lover ». Il y a Gary et son amour des chiens et des hommes, c’est pareil, sa rage et son amour, « l’amour des chiens et l’horreur de la chiennerie, » comme il écrit. Ca parle des Blancs, des Noirs, des hommes, des serpents python, de Gary et de sa manière d’être au-dessus de la politique, Gary avec ses tripes et son humour et son détachement et son indécrottable humanisme… bref c’est beau, et c’est souvent très drôle, ça m’a fait chialer, lisez-le.

Un peu plus tôt dans l’après-midi j’ai lu Du journalisme après Bourdieu, de Daniel Schneidermann. Dans un autre genre, c’était très bien aussi ; ça m’a remis un certain nombre d’idées en place. Schneidermann réplique au best-seller de Bourdieu, Sur la télévision. Salutaire pour moi, aspirante journaliste, qui ait la tête déjà courbée sous le poids de la culpabilité d’être une paresseuse du ciboulot à l’ignorance crasse, simplificatrice, future esclave de l’audimat, de la brièveté et du scoop – bref, un membre de la méprisable espèce des pisse-copies.

C’est fou comme ca arrive par grappes, les émerveillements; pendant des semaines, rien, calme plat. J’avais essayé pourtant; j’avais emprunté du Francois Begaudeau, du Faulkner, des films de Costa-Gavras, mais ça ne m’avait rien fait du tout. Je laissais tomber les grandes oeuvres de Faulkner pour lire Cosmo avec du café trop fort sur la terrasse en coupant les ongles de pied (glamour), entre deux épisodes de 24h chrono (si si, c’est bon pour mon anglais, je prétendais, dans une tentative maladroite de masquer ma procrastination pathologique)

La série émerveillements a commencé hier soir, au cinéma. J’ai été voir The Graduate.

Film fabuleux, avec une géniale bande originale de Simon and Garfunkel (c’est pour ce film qu’ils ont écrit « Mrs Robinson » ou « The Sound of Silence », entre autres). Californie, début des années 60 ; Dustin Hoffmann dans le rôle principal, un jeune fraîchement diplômé, plutôt franchement paumé et très puceau. Le film est tout plein de plans mi-poétiques, mi-cauchemardesques, comme quand sa famille lui hurle qu’ils sont tellement, tellement fiers de lui, qu’il a le vertige et qu’il se laisse tomber dans la piscine pour ne plus les entendre. Il se fait violer par la femme de l’associé de son père, tombe amoureux de la fille, grandit, se prend deux trois bonnes portes dans la gueule comme ça arrive dans la vie ; la fin je ne vous la raconte pas mais c’est vraiment chouette, une histoire de kidnapping de mariée et de bus municipal.

Quelle belle journée.

Demain (ou après-demain, je perds un peu beaucoup le rythme du billet quotidien depuis quelque temps, je suis désolée), je vous raconterai comment je me suis presque faite expulser du pays au mois de janvier.

love et moustiques (et fuck les 15 000 bombasses du campus)

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Mais quelle heure il est?

Hourrah!

Hier, j’ai appris que j’étais admise à l’école de journalisme de Sciences Po

-merci Inès- (qui m’a prévenue de la nouvelle sur Facebook)

Je suis contente et soulagée, et impatiente que septembre arrive.

Je vais faire un petit speech aussi stupide et désemparé que celui ma fête d’après-oral à Paris. Fête durant laquelle j’ai fait un peu honte à ma maman en bredouillant des remerciements bien niaiseux – je crois qu’elle aurait préféré que je fasse un triple salto arrière en récitant des alexandrins en grec ancien (j’t’aime, maman). J’espère être plus douée pour écrire des articles que pour faire des discours.

Alors merci à ma Maman, à ses ami-e-s (Hélène…), à mes grands-mères et à ma soeur et à mes frères, à mon parrain, merci à mes ami-e-s, à ma famille, à tous les gens qui m’ont donné de l’argent, des bisous, des mots et des encouragements pour que je revienne à Paris pour passer l’oral de l’école de journalisme. Et merci à tous ceux qui m’ont patiemment écoutée radoter sur le thème « pourquoi je ne serai jamais jamais de la vie admise » en deux parties deux sous-parties, et pourquoi je ferai mieux d’aller planter des carottes en Patagonie/des myrtilles dans l’Oregon/équivalent.

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Bon. Des nouvelles de la Caroline.

En plus des ratons-laveurs dans le grenier et des cafards dans les casseroles, nous avons maintenant des bébés écureuils qui se coinçent entre les murs du premier étage. Ils tombent dans le trou dans le toit. On les entend pousserdes petits cris pitoyables toute la nuit et le chasseur d’écureuil (Stan) vient régulièrement nous rendre visite avec ses gants en latex et sa cage en fer (miam)

Cette fin d’année a un début de goût de fin de fête.

La ville de Carrboro a arraché 8 (HUIT! HUIT!) arbres devant la maison pour faire un trottoir (très utile, dans une rue au traffic moyen de 20 piétons par jour). Mais du coup je fume des cigarettes avec les Mexicains qui nous réveillent tous les matins avec leurs tracteurs (qui font « BIIIIP, BIIIIIP » toutes les 4 secondes – c’est une mesure de sécurité obligatoire, paraît-il)

Mon amoureux à grandes lunettes vient d’apprendre les noms des animaux de la ferme en français (oui, parce qu’en janvier il a décidé d’apprendre le français).

Du coup, ce matin il m’a dit « viens ici, mon petit poulet » et « tu es jolie comme oune petite lapin » avec le plus effroyable accent américain que j’ai jamais entendu (entendre « vien ee-ci, ma peuti pouleey »). Le reste du temps, il me dit les histoires du Petit Nicolas, et je fais semblant de comprendre.

(-« Cooomm Agnan étay lay chouw-chouw dey la maytreysse, on-ne-pouveeey-paa-lui-donney-dey-cou-de-poing sur le neze

– Sur le « né ».

– You guys just love to add random letters for the hell of it, don’t you? »)

Samedi dernier il y a eu le banquet d’adieu du Daily Tar Heel. Comme les discours s’éternisaient et que tout le monde avait beaucoup trop bu, j’ai demandé à faire un discours aussi. On m’a laissé le micro.

Pendant trois minutes j’ai copieusement insulté tout le monde en français avec plein de gros mots années 50 ( J’ai dit « Foutre Dieu », « scrogneugneu »et « bande d’anchois à plumes », et j’ai ajouté avec un grand sourire qu’ils n’étaient qu’une « bande de snobs blancs insupportables et abrutis adorateurs de la Sainte Neutralité » (ou équivalent en plus pâteux, j’avais un peu bu aussi, hein)).

Croyez-le ou non, ils m’ont tous chaleureusement applaudie (« Victooooaaare!! »)

Mais en vrai, je les aime bien et c’était vraiment une expérience génial, d’écrire pour le Daily Tar Heel.

C’était juste pour voir si quelqu’un allait comprendre, je trouvais que c’était rigolo, comme blague.

Un peu comme mon copain Thomas L.G., par ailleurs très bien élevé et fort agréable, mais qui a pris la fâcheuse l’habitude de faire répéter à tous les étrangers qui veulent apprendre quelques mots de français : « J’aime… me… mettre… des brosses à dents… dans…le…cul. »

(en restant sérieux comme un pape, bien entendu. Très douteux mais j’en rigole encore.)

Plus que neuf jours.

L’écureuil mange de la baguette plutôt que des pancakes

… à Paris depuis hier.

Gavée de fromage puant, de baguette et de vin rouge.

J’ai des crampes aux joues tellement je souris.

A la semaine prochaine!

Mangez un gris, sauvez un rouge

Une guerre fait rage en Europe.

Les écureuils gris d’Amérique exterminent les écureuils roux d’Europe.

Ils les chassent de leur habitat, dévorent leurs réserves de nourriture, et leur transmettent des maladies.

Faites un geste pour nos forêts.

Le prochain écureuil gris que vous voyez, courrez chercher votre carabine, et tirez-lui dessus.

Après, c’est facile: il se dépiaute comme un lapin ( ouvrez le ventre avec un couteau aïguisé, sortez les entrailles, et retournez la peau comme un gant). Ca a à peu près le même goût et ça vous changera du poulet.

Pour le cuisiner, je vous conseiller le gâteau d’écureuils.

Coupez les deux écureuils que vous avez chassés en petits morceaux. Trempez les dans de l’eau salée, ou de l’eau avec du vinaigre, en changeant l’eau plusieurs fois (3 ou 4). Egouttez, séchez les morceaux de viande, et roulez-les dans de la farine. Faites-les revenir à la poêle dans de la graisse de porc (ou du beurre) jusqu’à ce qu’ils soient légèrement dorés. Ensuite, placez les dans un moule à gâteau préalablement beurré, ajoutez 1L de sauce (vinaigre+eau), salez, poivrez. Ajoutez un oignon émincé et les herbes de votre choix.

Couvrez et faites cuire au four à chaleur maximum (thermostat 7 ou 8) pendant 1h et demi.

Une fois cuit, rajoutez un peu de farine pour épaissir la sauce et couvez le tout avec de la pâte à gâteau.

Remettez au four pendant 20 min.

Tasty?

d’autres recettes pour cuisiner l’écureuil sont disponibles ici : http://www.bowhunting.net/susieq/squirrel.html

Des nouvelles des ratons-laveurs et des cafards

Je suis vraiment, vraiment contente de revenir à Paris la semaine prochaine.
Pas pour trop longtemps, hein, quelques jours, c’est parfait.
Juste le temps de savourer un verre de vin rouge en terrasse sans qu’on me demande ma carte d’identité, avec une cigarette sans qu’on me fasse la morale pendant trois heures, après un bon film plein de dialogues interminables et de plans fixes comme Hollywood en a horreur. Le tout assorti de deux ou trois tartines de fromage qui PUE. Du crottin de chavignol bien fait, par exemple, sur une baguette avec de la vraie levure vivante, à déguster avec famille et amis, avant qu’on s’engueule tous copieusement sur un quelconque sujet un peu polémique.

D’ailleurs, j’en profite pour dire, comme ça c’est plus officiel qu’un mail, c’est sur ce blog et tout: MERCI encore à vous tous qui avez cotisé à l’achat de mon billet d’avion, j’ai hâte de vous voir à la fête du 9 avril prochain.

Sans transition (oui, voir les Guignols en famille ça me manque, aussi)

Nous cohabitons en bonne harmonie avec les ratons-laveurs du grenier et les colonies de cafards de la cuisine. Heureusement, ils ne puent pas quand on les écrase.
Ils dévorent actuellement les fondations de la maison, mais je pense être partie avant qu’elle ne s’écroule.

Sans transition encore, j’ai enfin terminé une nouvelle pour mon cours de Fiction Writing, c’est encore plein de trucs pas très propres, comme des cendriers sales et des mélanges liquides en pleine grève des éboueurs, juste pour le petit plaisir de provoquer (c’est puéril, je sais).

C’est dans « Ecriture pour rire », en haut de la page, et ça s’appelle « Plastic bags ».

love, love

Hippy Funky Rice

Youpi! Ce matin, mon article a fait la une du Daily Tar Heel. J’étais drôlement contente.

L’article traite d’un nouveau mouvement de fermiers bio, les « cropmobbers » (de l’anglais « crop »: récolte, moisson et « mob »: mobilisation), qui se répand dans le reste du pays.

Ces fermiers atypiques, pour la plupart jeunes et très diplômés, fuient la vie de bureau et leurs carrières toutes tracées pour venir s’installer à la campagne. Quand un fermier a besoin d’aide pour la moisson ou d’autres travaux, il lance un appel sur internet: tout le monde peut venir donner un coup de main mais personne n’est payé.

Et ça marche: hier, à Moncure, quatre-vingts personne sont venus aider les fermiers de Edible Earthscapes à creuser des rizières. Pour les participants, qui n’avaient dans leur majorité aucune expérience, c’est l’occasion d’apprendre, de passer la journée dehors, de rencontrer de nouvelles personnes et de se sentir plus proches de la nature.

Je me suis éclatée à écrire ça hier: j’ai rencontré de sacrées personnalités, des gens courageux, intelligents, décidés.

Décidément ce pays est plein de paradoxes. Les valeurs des cropmobbers (solidarité, apprentissage mutuel) détonnent au royaume du capitalisme, de l’individualisme et du profit personnel.

http://www.dailytarheel.com/content/‘crop-mob’-takes-over-triangle

Où on fait des photos

… aucun rapport avec les Etats-Unis, ni avec le campus, ni avec le journal. C’est juste qu’hier j’ai pris des photos genre studio de mon copain Denver pour le devoir à rendre en cours de photo-journalisme. C’était marrant, j’avais monté les lumières et tout le bazar dans le salon, il a fait son crâneur en écoutant du David Bowie, on a bu de la bière et je lui ai fait des bisous au rouge à lèvres sur les joues (pour qu’il crâne encore plus, mais finalement j’ai tout mis en noir et blanc parce qu’on aurait dit qu’il avait été battu par des groupies en furie)

Sinon envoyez moi d’urgence des carottes et des poireaux, des pommes ou n’importe quoi qui ne contienne ni sucre, ni graisse, ni beurre de cacahuète, ça fait trois semaines que j’en ai pas mangé et que je me nourris alternativement de pizza hawaïenne, de burrito ou de BigMac.

Je m’intègre, quoi.

c’était monnombril.com, une information supportée par WordPress

Write or die! Happy Mondaze

Poum poum poum. Une nouvelle semaine qui commence.
On n’a toujours pas réussi à attraper les ratons-laveurs qui crapahutent dans le grenier.
Ce qui devait être le week-end le plus productif de l’année a finalement disparu dans une nuit de 18h, la constitution de listes de choses « à faire » qui traînent depuis des mois, des petits dessins dans la marge et une partie de beer pong… Et une reconstitution historique de la guerre Révolutionnaire à Hillsborough pour le Daily Tar Heel, l’article est publié demain avec une photo.
Nous sommes le dimanche 21 février, ça fait six mois d’Amérique, déjà. Ca passe beaucoup trop vite. Le compte à rebours commence, plus que 2 mois ici, il y a tant de choses que j’aurais voulu faire — monter à cheval dans les montagnes, apprendre à tirer au pistolet, écrire plus d’articles, perdre complètement mon accent, devenir une folle de fitness, aller dans l’Ouest… Est-ce que je peux appuyer sur « reset » et recommencer mon année? Je veux pas revenir.
Sans transition. J’ai découvert LA solution ultime pour les procrastinateurs chroniques : un outil Internet qui vous force à écrire un nombre de mots en temps limité. Si vous restez plus de 5 secondes sans taper un mot, l’écran devient rouge et vous entendez une musique insupportable qui vous donne immédiatement envie de retourner tripoter votre clavier. Ca s’appelle « Write or die » (Ecris ou Meurs!), c’est ici. En fait il  faudrait l’améliorer en proposant un service de blocage des comptes gmail/facebook/vdm/flickr pendant toute la durée d’écriture, voire, dans les cas les plus extrêmes, une équipe de choc qui viendrait vous attacher à votre chaise et vous enfermer dans une salle tout seul jusqu’à ce que vous ayez terminé vos devoirs.
Sur ces bribes décousues, je vous souhaite un joyeux lundi matin quand même, ou plutôt un joyeux Mondaze —  mélange entre « Monday » (lundi) et « daze » (hébétement, ahurissement).

Bières, hidjab et épées

Salut. Il est 02h14 du matin.

J’ai passé la soirée à regarder Thomas Le Guillou disputer ses matchs d’escrime contre les Dookies (les étudiants de Duke University, nos ennemis jurés.)

J’ai pas tout compris, ce qui ne m’a pas empêchée de crier avec enthousiasme des phrases stupides du genre « Barbapapa! » et « Vas-y Thomas défonce-les!!! ». Thomas est super fort, il a été champion d’escrime de France l’année dernière et du coup tout le monde l’adore ici. Et je dois avouer que malgré leurs casques et leurs chaussettes ridicules et leurs prises électriques qui sortent de leur t-shirt, c’était quand même bien drôle de le voir jouer.

Parce qu’en plus il a gagné (il est vraiment super fort, je vous dis). Du coup, pour fêter ça dignement, on est allés faire la fête chez ses copains d’escrime. Et on a joué au Beer Pong.

Joie, ivresse et accomplissement ce soir: j’ai ENFIN appris à jouer au Beer Pong, qui, comme son nom l’indique, se joue avec de la bière et des balles de ping-pong.

En gros ça ressemble à ça :

Il faut lancer sa balle dans les gobelets de ses adversaires pour que ceux-ci puissent boire.

Mis à part le fait que la bière était franchement ignoble, on a bien rigolé, avec Thomas (on faisait des bruits de grenouille et on chantait Edith Piaf et « On est les champions » pour distraire l’équipe adverse, et on a gagné (c’est à dire qu’on a beaucoup bu).)

Entre le match d’escrime et celui de Beer Pong (qui a rendu le retour à la maison en vélo dans la nuit assez périlleux), j’ai passé deux heures au milieu du Congrès de l’Association des Etudiants Musulmans des Etats-Unis, et c’était plutôt drôle.

Je devrais aller me coucher, parce que demain, le photographe du Daily Tar Heel et moi nous nous rendons à Hillsborough pour assister à une reconstitution historique de la guerre d’Indépendance Américaine (avec fusils et chapeaux à plumes). J’ai hâte.

Have a nice day!

Une araignée dans le plafond?

Non, une famille de raton-laveurs qui vivent dans le grenier. On les entend tôt le matin qui grignotent la charpente.

Quand les filles m’ont dit ça, j’ai fait ‘oh, c’est trop mignon, des ratons-laveurs! (comme la peluche de mon frère quand il était petit) On pourrait leur donner à manger, et leur apprendre à faire du hoola-hoop’

Elles ne trouvent pas ça mignon du tout. D’abord ici ça s’appelle un « racoon » : c’est dégueulasse, ça transmet la rage, ça bouffe la charpente et ça creuse des trous dans les murs.

Ce matin une équipe de chasseurs ad hoc a débarqué avec des filets, des pièges et du poison. Ils sont dans le grenier.

Kiss kiss coeur coeur

En anglais, le film de Disney « La belle et le clochard » s’appelle « The Lady and the Tramp« 
Ce qui nous donne donc l’expression américaine: « to lady and the tramp it » (partager un morceau de nourriture avec quelqu’un d’autre, et, par extension, s’embrasser)
Donc, en ces jours de guimauve rose bonbon saint-valentin gros ballons coeurs coeur coeur gnagnagna, je vous dis : « Come on, just Lady and the Tramp it! » (c’est plus classe que « Roulez-vous des pelles à vous en décrocher la langue », non?)

Apocalypse snow 2

Depuis hier, il neige sans faire de bruit. Le campus est en état de siège. Les bibliothèques sont fermées, les fêtes annulées, les bus ne circulent plus. Aucune voiture ne passe sur la route à côté de ma maison.

Hier il faisait doux, on ne portait même pas de manteaux.

J’écris toujours pour le Daily Tar Heel. J’admire les chefs de rubrique, qui trouvent toujours moyen de remplir le canard.

Ainsi, hier j’ai trouvé un mail de Tori dans ma boîte:

« Hiii giiirly!  ;) […] got a fun story for you this weekend […] we want to do a story about how ice cream places are affected by the cold weather. »

J’ai fait mes devoirs bien consciencieusement. J’ai maintenant 4 pages de citations. Patrons : « Oh yeah, c’est sûr on vend moins de glaces depuis qu’il fait froid. Mais les gens aiment toujours les glaces, alors on en vend quand même. », « On va sûrement fermer demain parce qu’il va neiger. »

Clients : « Ah oui mais non moi je mange toujours des glaces trois fois par semaine. » Client 2 : « Ca ne me dérange pas de manger des glaces en hiver si je les mange à l’intérieur, parce qu’il fait chaud. »

Choc photographique

Tout à l’heure, en travaillant pour mon cours de photojournalisme, je suis tombée sur ça:

N’est-ce pas GENIAL? de la photographie politique

Les photographies sont extraites d’un travail d’Olivier Culmann: « Une vie de poulet ».

Une vie de poulet. Des vrais poulets et des soldats. Même destin.

Ca m’a retourné. Tout ce qu’il a fait est génial, mais celui-là…

Je me permets de reproduire son texte, ici:

« C’est une ligne droite dont ils ne peuvent dévier. Poulets et appelés la suivent inexorablement. L’écho était si troublant entre ces deux reportages, réalisés à deux ans d’intervalle, qu’il fallait les rapprocher. L’un, sur l’industrie du poulet, réalisé en 1998, répondait à l’autre, sur les derniers appelés du contingent, en 1996, quelques mois avant la fin du service militaire obligatoire. Le dialogue entre ces deux séries d’images n’était pas programmé. L’envie constante de m’approcher au plus près de mondes qui, a priori, m’ennuient et me fascinent, m’effraient et me révoltent, m’avait pourtant attiré vers ces deux univers, conditionnés à l’extrême.

Accrochés par les pattes, saignés, plumés à une vitesse vertigineuse, les volatiles destinés à finir sous cellophane dans un rayon frais de supermarché sont une image troublante de l’accélération folle, écervelée, de notre monde consommable et consumériste. Les immuables étapes de la vie d’appelé, l’invariable rituel de leur quotidien sous les ordres ressemblent étrangement à ce non choix du volatile, à cette annulation du libre-arbitre qui préside au destin d’un poulet industriel et à l’expérience de soldat.

À la caserne et sur la chaîne, le processus de conditionnement confine à l’absurde, jusqu’à faire sourire devant le dérisoire spectacle de ces vies de poulets. »

Tout est dit.

Son travail est là : http://www.tendancefloue.net/ouverture_fr.html

(cliquez sur photographe–>Olivier Culmann–> Une vie de poulet)

Et on peut trouver son livre  ici

… il a aussi fait des travaux fabuleux sur la télévision, les Etats-Unis, les villes disparues… on peut les voir sur tendance floue.net

Et demain y’a école…

Demain c’est la rentrée.

Mon professeur d’espagnol répond au doux nom de Iluminada — c’est pour ça que j’ai choisi son cours d’ailleurs.

Puis j’ai deux heures de Creative Writing, j’ai hâte de voir à quoi ça ressemble. J’ai bataillé pour pouvoir être inscrite dans le cours. C’est une spécificité américaine: l’idée que l’écriture ne dépend pas uniquement du talent et de la volonté d’un écrivain, mais aussi d’une technique qui peut se transmettre et s’apprendre.

Le professeur est Laurence Naumoff, un écrivain de Caroline du Nord.

Je redescends doucement de New York, c’est fou et excitant et j’irai vivre là un jour.

Tout à l’heure j’étais quand même bien contente de retrouver les routes désertes de la Caroline, ses sapins géants et son air humide, la maison verte, mes colocs.

Le frigo est plein, les bonnes résolutions sur le papier, sac à dos prêt.

A l’école-euuh, à l’école…

Ho-ho-ho-ha-ha-ha — Le Yoga du rire

J’en ai encore mal aux côtes.

Hier soir Clément, Christian et moi sommes allés à une session gratuite de « Laughter Yoga », ou yoga du rire.

Pas qu’on s’emmerde, mais on s’est dit que ça avait l’air drôle – et pour cause.

Pendant une demie-heure, avec un groupe d’une vingtaine de participants, nous avons ri, à nous en exploser la mâchoire.

Dans le lot: une octogénaire lilliputienne bien sympa, un lycéen aux yeux exorbités, un couple cool, quelques dames sans âge, une grosse tatouée, des étudiants, un grand moustachu et l’inerrable gourou du rire Vishwa Prashkar.

C’est lui, là. Il a l’air sympa, hein?

Bon,  au début, on a un peu flippé… What the fuck we’re doing here again?

Mais ça c’est vite détendu, grâce à des exercices ridicules mais efficaces du genre : « Riez comme des chèvres » ou « imitez le rire du lion ».

Tous les participants commencent par se saluer les uns les autres en tapant dans leurs mains et en disant « ho-ho-ho-ha-ha-ha ».

(d’ailleurs, rien que d’y repenser, j’ai mal aux abdos…)

Et puis l’absurdité de la situation faisait que nous n’avions pas besoin de beaucoup nous forcer.

Les plus enthousiastes affirment que le yoga du rire soulage toutes sortes de douleurs, brûle des calories (400 par heure), soigne l’asthme et renforce les protections immunitaires.

Je ne sais pas trop quel crédit leur accorder.

Tout ce que je sais c’est que c’était EXCELLENT, on en est ressorti au moins aussi calmes et heureux qu’après une heure de jogging (ou un orgasme géant).

Ah oui, l’autre truc cool c’est que c’est pas une secte, en tout cas ça ne m’a pas paru religioso-spiritualo vaseux.

Plus d’info ici, et le club du rire à Paris est

Love love love

Le poisson bleu du coloc de Clément est toujours dans son bocal.

Huit personnes dans l’appartement, festin de bagels au cream cheese et de café ce matin.

L’air est frais et sans nuages. 20 ans, en vacances, des rêves plein les mains, en pleine santé.

Bonne année!

Current condition in New York, NY : 17°

On voulait se promener dans Greenwich village mais en fait non.

Dehors il fait -9°, je suis au lit avec Angela Davis — son autobiographie et des gavottes aux chocolat (merci Maman).

Miss you

Aujourd’hui, Rachel et moi sommes restées enfermées dans la SIPA (l’école de relations internationales de Columbia), complètement déserte en ce dimanche post-Noël ensoleillé.

C’était volontaire, hein.

Rachel a ainsi pu disserter sur la démocratie à Athènes au 5ème siècle pendant que j’essayais de remplir mon dossier pour l’admission à l’école de journalisme : « Racontez une expérience extra-universitaire que vous vivez actuellement », « Quelles qualités pensez-vous avoir pour devenir un bon journaliste? », sans compter le terrifiant « Parlez-nous de vous. » et le ridicule « Racontez-nous, le plus concrètement possible, l’évènement déclencheur de votre vocation journalistique »

Dix cigarettes et trois heures plus tard, mon disque dur est défragmenté et j’ai presque répondu à tous mes mails et actualisé ma liste de livres à lire (167 tirets). Ce putain de dossier m’emmerde profondément et en fait, je me demande si je devrais pas plutôt ouvrir une maison d’édition de nouvelles érotiques women-friendly, entre un élevage de moutons en Argentine et une fabrique des cerf-volants (pour ne pas perdre de vue le bleu)

On a visité LE magasin de surf de Williamsburg, peint de toutes les couleurs, perdu au milieu des usines désaffectées. Et puis écouté de la musique bizarre – deux mecs qui faisaient mumuse avec des samples sur leur mac après un autre qui jouait de l’orgue — dans un bar (Zébulon, btw: NO ID REQUIRED)

love et joyeux noël

New York City day 1

– splotch

Evite les flaques de neige fondue qui se déguisent en goudron

La grande bibliothèque municipale

Un chocolat chaud au marshmallow

Le soleil sur l’or du Bryant Park Hotel

Le plafond turquoise de la gare centrale

Des montagnes de framboise et de morceaux d’ananas

Sapin de Noël du Rockfeller center

18 miles de livres à la librairie Strand, Broadway and 12th Street

Ravis.

(Un poireau se dit a leek)

Un pancake carbonisé

Salut! Pas de pancake matinal aujourd’hui, problème de connection, complications technologiques.

Je suis arrivée hier soir à New York, en pleine tempête de neige. Trente centimètres étaient tombés ce matin.

Photo: Damon Winter pour le New York Times

Heureusement, grâce à mes nouveaux poils synthétiques, je n’ai pas froid. (Adrian, ma coloc, m’a prêté une veste en fourrure noire)

Retour à Candyland

Ce matin c’était verglas, honte et frustration – j’arriverais jamais à rien, je suis trop paresseuse et de toute façon à quoi ça sert, est-ce que je peux aller passer ma vie dans un lit avec des romans, un chat et des gâteaux aux chocolat ?

Et boum, d’un coup, les nuages ont explosé les uns après les autres.

A midi j’avais enfin fini mon paper de littérature qui traînait depuis des semaines.

A une heure j’ai reçu ma note finale en espagnol et en newswriting (B, ce qui est loin de la catastrophe annoncée).

Mais le plus fou, l’incroyable, c’était la fin d’après-midi: Chad Stevens, le prof de photo, a dit que mon photoreportage de fin de semestre était bon et visuellement intéressant Chad Stevens, le photofreak, l’homme qui m’a fait pleurer au début de l’année parce que je savais pas utiliser un mac, celui qui comprend pas que tu ne passes pas ta vie, tes journées et tes nuits à prendre, regarder ou éditer des photos, celui qui te parle plus quand t’arrives plus de 5 min en retard. Sweeeet

Magie magie, j’ai survécu à ce premier semestre de cours, même que ça me donne faim pour le deuxième. Et en plus, il fait beau.

Love

La crise des vampires en Louisiane

Opossums écrasés sur le bord de la route, Ku Klux Klan, exorcismes, gospels, clubs de strip-tease glauques, marécages, maisons coloniales, moiteur, émeutes raciales, baptême évangéliste.

Le générique de la série True Blood condense les clichés du Sud des Etats-Unis en 1minute30:

Ouais, ok, tout ce sang sent un peu le lait caillé, puisque la série True Blood est sortie l’année dernière, n’empêche qu’elle est drôlement addictive, et toutes ces histoires de vampires et de marécages me donnent envie d’un roadtrip en Louisiane. Merci Clément de m’avoir rendu accro.

A propos de vampires, cet extrait de Concordance des Temps, l’émission de Jean-Noël Jeanneney sur France Culture* me gratte la cervelle depuis quelques semaines :

« Claude Lecouteux: Chaque film de vampire reflète peu ou prou les grandes tendances de son époque, que ce soit au niveau mental, religieux ou économique. Quand vous avez des périodes de crise, vous avez des vampires. C’est une sorte d’exutoire […]

Jean-Noël Jeanneney : Oui, bien sûr, le Nosferatu de Murnau (1922) c’est au moment de la première dépression allemande, au moment où l’Europe sort d’une terrible épidémie de grippe espagnole. Après la crise de 1929, on trouve le Dracula de Braunig, puis ensuite on trouve des personnages qui représentent la peur de l’immigrant, c’est clair chez Dreyer, juste avant la montée d’Hitler, etc etc

CM : L’intérêt du vampire notamment au cinéma voire dans la littérature c’est qu’on peut projeter sur lui tous les fantasmes possibles. […] Le vampire c’est le banquier. Puisqu’on est en pleine crise, on peut le dire, le banquier est un suceur de sang.

JNJ : Tout à fait.* Marx notamment emploie l’expression de « suceurs de sang » pour parler des capitalistes. Si vous considérez notre présent immédiat, vous diriez que le vampire sert comme métaphore de telle ou telle oppression que nous imposent les banquiers?»

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Slush

SLUSH – ça veut dire neige fondue, et c’est aussi le bruit que fait une tête qui retombe sur un oreiller.

J’ai comme envie d’hiberner.

Aucun rapport avec la 80’s Dance Party à laquelle je me suis rendue hier soir, qui était très chouette.

Des filles et les garçons multicolores, en robe à paillettes et épaulettes, leggins léopard, baskets montantes et jeans moule-bite. Ca sautait frénétiquement sur « Boys Don’t Cry » des Cure et d’autres joyeusetés synthétisés en buvant du Coca.

Les moins de 21 ans sont tamponnés en rouge vif sur les deux mains, comme ça le barman sait qu’il peut pas nous servir d’alcool.

Au bout d’une heure j’avais ma dose des « autres gens ». Les soirées c’est beaucoup moins marrant sans mes copains Christian et Dylan. Donc je me suis sauvée de Bisounours Land pour aller les rejoindre, et on a comaté jusqu’à deux heures du matin sur le canapé défoncé en alternant entre programmes débiles à la télé et vidéos youtube.

A la télé en Amérique, on peut voir des spots de pub pour des godemichés, des combats de catch mexicains, le clip de Party in the USA (ENCORE!), des matchs de baskets et des pornos norvégiens non sous-titrés. Expérience culturelle, je vous dis.

A part ça, il est six heures du soir, CERTES je suis toujours en pyjama, OUI les exams c’est la semaine prochaine, MAIS je vais bien, la preuve, ma chambre est rangée ET j’ai fait la vaisselle.

Ami-e-s procrastinateurs, si vous me lisez : YOU’RE NOT ALONE

A propos de procrastination*, merci Rachel de m’avoir envoyé cette fabuleuse vidéo:

Shake it up, SHAKE IT UP !

carolina fitness

Alleluia, je suis retournée à la gym tout à l’heure – Gutts, Butts & Thighs (Cuisses-Abdos-Fessiers)

Premier étage du Student Recreation Center, cinq heures du soir.

Quarante filles de toutes les couleurs, plus ou moins bombesques, en short.

Odeur de chien mouillé, parapluies éparpillés – trois jours qu’il pleut.

Musique : The Destiny’s Child – Single Ladies. Volume sonore : 100 décibels.

Apparaît Monica, la Fitness Instructor, en débardeur rose fluo :

« – HIIIIII everyone ! I am SO excited! This work-out is gonna be A BLAST ! COME ON, girls ! LET’S GO ! Shake-that-BUTT! »

[musique : «poum-poum-poum, oh oh oh, oh oh oh, oh oh oh, poum-poum-poum »]

Fitness Instructor : «We’re all girls, we’re all have, hem… chest parts ! Shake them, shake it up, SHAKE IT UP! »

Toutes les filles à quatre pattes lèvent la cuisse droite en rythme.

Fitness Instructor : « This is YOUR work-out, GIRLS, you wanna look GOOD on Saturday night! Challenge yourselves ! »

[…]

Fitness Instructor : «Yeaaaah, that’s good ! HOW ARE THESE BUTTS FEELING ? »

(Odeur : sueur. Musique : toujours Beyoncé)

Fitness Instructor : «And-four-three-two-and-one ! That-is-AWESOME ! How are you doin’, GIRLS

Fitness Instructor : « COME ON GIRLS, I can’t hear you : HOW ARE YOU DOING TODAY? »

Toutes les filles : «GREAAAAAT ! WOOO-HOOO !»

Fitness Instructor : « You are AMAZIIIIIING, girls ! »

Les filles : «YEAAAAAAAAH !»

Ah bah ça m’avait manqué, tu vois.

Lundi sous la pluie, part 2 – Ecouter Edith Piaf en jouant au flipper

the cave… après m’avoir emmenée à la distribution de trop bonne bouffe gratuite, Mark a voulu aller boire une bière.

« Comment? Tu ne connais pas THE CAVE, le meilleur et le plus vieux bar de Chapel Hill? »

Ben non. Mais ça y est, I’m in love with it.

– Déjà, The Cave a une adresse improbable : 452 ½ W Franklin St, Chapel Hill, NC

– C’est un bar secret, comme dans Harry Potter. Il faut descendre un minuscule escalier, pousser la lourde porte en bois, et avoir une carte de membre (ou être invité)

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The dog that finds money – une pizza à la framboise

Lundi après-midi, j’étais encore à la bourre pour mon devoir de photojournalisme.  Sujet de la semaine: feature. Je rentrais la boule au ventre à la maison, en espérant qu’une idée de photo tombe du ciel.

Sur le chemin, à vélo, sur Franklin Street, un type me sourit, la barbe crade. Comme il avait l’air d’avoir envie de discuter, je m’arrête pour partager une cigarette.

Mike a un accent britannique et des bons yeux. Je le prends en photo.

Il travaille de temps en temps comme mécanicien pour Gumby’s pizza. Cinquante ans, deux enfants, pas de taf, pas d’assurance santé, pas de maison, pas de fric.

Pendant que Mike réparait deux trois trucs sur mon vélo, Mark, un copain à lui, passe par là.

La barbe de Mark est encore plus longue, il a le visage creusé et des trous dans les mains. Il a un labrador jaune, qui s’appelle Beans, et un gros sac à dos kaki.

Beans est un chien étonnant.

Il peut sentir l’odeur des billets de banque, les trouver et les rapporter à son maître.

Je vous jure, je l’ai vu faire!

Malheureusement pour son propriétaire, Beans préfère l’odeur des billets de 1 dollar à ceux de 100.

Mark, soixante-dix ans, vit dans une cabane dans les bois de Carrboro – l’hiver, il déménage au centre d’hébergement pour SDF de Chapel Hill.

« Hey gal’! You wanna get free food? » dit Mark – (hé, tu veux de la nourriture gratos?)

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You should be biking, yeah

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Halloween

Hier soir, c’était Halloween. Je croyais que j’allais faire comme on nous l’apprend dans les manuels d’anglais au lycée : me promener en sorcière avec un panier de maison en maison en demandant des bonbons – « Trick or treeeeeeeeeat ! » Encore une preuve qu’à l’école on nous raconte vraiment n’importe quoi.

En vrai, hier, c’était juste une orgie géante.

A 22h, sur Franklin Street, la Princesse Peach ivre morte tombe dans les bras de Yoshi, qui court après Peter Pan. Elle pleure parce qu’elle a perdu ses ballons. Pendant ce temps là, quatre zombies, un acteur porno 70’s (avec vraie moustache), deux citrouilles, un M&M’s bleu exécutent sans un faux pas la chorégraphie de Thriller de Michael Jackson.

Ca sent la citrouille explosée et la bière, et un peu la pisse, aussi.

50 000 personnes déguisées sur Franklin Street, plus ou moins alcolisées, plus ou moins à poil. Fort heureusement, comme l’a dit ironiquement ma coloc Alex: « THANK GOD, it’s warm tonight so the sluts won’t be cold! » (y’a un gros mot dedans je traduis pas)

Oui, parce que beaucoup de filles se déguisent en bunny girl Playboy ou équivalent, minijupes/cuissardes/dentelle/oreilles de lapin. Elles sont très appétissantes jusqu’à 22h environ, c’est à dire jusqu’au moment où elles commençent à vomir partout et à se rouler par terre.

Quand à moi, j’avais juste envie d’être peinte en verte. C’était ignoble, la peinture s’effaçait, j’avais une robe et des chaussures vertes – je ressemblais à un monstre des marais. Je prétendais que j’étais déguisée en « French Frog » ou en « Color Green », mais on m’a demandé si j’étais Shrek ou le Géant Vert ou Hulk ou Gollum. Bref, je ressemblais à rien mais on a bien rigolé avec Christian et Dylan, de soirée en soirée, beaucoup trop bu.

Et j’ai quand même mangé plein de bonbons.

Back to school

Rentrée à Chapel Hill ce matin.

Oui, c’était fabuleux, New York. Euh… Ok, à part essayer des robes à 1300 dollars juste pour rire, chanter L’Homme à la moto à Williamsburg avec Clément, acheter trois tonnes de fringues fabuleuses et rigoler avec mon pote, non je n’ai été dans AUCUN musée et OUI on a été à Times Square comme des gros touristes. Désolée. M’engueulez pas, Sam s’en est chargé.

Je me rattraperai la prochaine fois, quand Timothée et Rachel viendront passer une semaine à New York pour Noël – looking forward, lovelies.

Voilà c’qu’il y a d’meilleur au monde

Retrouver Clément… Tellement bon et simple de le voir. Comme si on avait pris un café la veille.

On s’est goinfrés comme des gorets dans un très bon resto cubain avant de filer à la fac parce qu’il avait du taf – Clément a toujours du travail à faire, ou plutôt, lui ne fait pas semblant d’oublier qu’il a du travail à faire, c’est pour ça qu’il est bon.

Le campus de sa fac, Columbia, est fabuleux.

Grand parc, très urbain, cool et vénérable. Des bibliothèques gigantesques, des arches en fer forgé posées au milieu de nulle part, une drôle d’église, sous laquelle sont donnés des concerts gratuits tous les vendredis et les samedis, avec bière pas chère et bons groupes.

J’ai convaincu Clément de ne rester que jusqu’à 1h30 du matin à la bibliothèque.

Entre temps, festin de cupcakes géants ensevelis sous le butter frosting – glaçage pur beurre pur sucre décoré de copeaux multicolores, qui fondent sur la langue en grosses bouchées moelleuses… Clément est obsédé par les cupcakes. Workaholic et cupcakolic.

Oreo Cupcake

« Les cloques de peinture sur les murs ont parfois la couleur des sons que tu bois… » — Téléphone, New York avec toi

Je suis arrivée hier soir à New York.

Qu’est ce que je peux dire qui ne soit pas bêtement cliché? Je reste sans mots.

C’est magique, magique, magique…

Dans l’avion, juste avant d’atterrir, j’ai vu les gratte-ciels de Manhattan se faire dorer dans la lumière du crépuscule, la ville entière plonger dans les eaux oranges de l’Hudson river. Putain, qu’est ce que c’était beau. Je suis folle amoureuse.

Un jour, c’est promis, je vais habiter ici, au milieu du bruit, des gens pressés et des escaliers en fer qui dégringolent le long des façades en brique.

North Carolina State Fair

Fried Dough

J’étais toujours complètement en train de planer sous codéine quand Christian et Kevin m’ont proposé de m’emmener to the Fair, j’ai pas dit non.

La Foire de l’Etat.

En fait ça diffère pas trop des fêtes foraines françaises, à part que, naturellement, tout est plus grand et plus gros, les bonbons, les manèges et les cuisses de dinde.

Ces cuisses de dinde. Monstrueuses.

Pas trop de souvenirs, du crachin glacé, il y avait tous ces gens qui mangeaient des barbapapas plus grosses qu’eux, des gamins les yeux écarquillés, du bruit. On m’a donné un lapin en peluche, parce que j’avais l’air perdue.

Bam bam

« Les enfants gagnent à tous les coups ». Yeah.

Vu ce que me fait leur sirop contre la toux, j’ai même pas envie de tester leur herbe

Cette nuit des ratons-laveurs en tutu dansaient sur mon bureau.

Ca fait deux jours que je suis malade, fièvre courbatures sale toux.

Les filles m’ont rapporté des médicaments. C’est violent.

Apparemment il y a de la codéine dans leurs médicaments contre le rhume. Cool.

Pick me up! Pick me up!

Aujourd’hui, j’ai trouvé un job. Une des profs de français de la fac m’a mise en contact avec un couple qui veut une baby-sitter française. J’ai donc passé la matinée à m’occuper de Walt, 3 ans, qui adore que je le porte, que je le lance au plafond et que je lui fasse faire l’avion. C’est parfait, ça me muscle les bras, mais je suis sensée lui apprendre le français. Comment on apprend le français à un petit garçon de 3 ans? Je ne sais pas, je cherche encore.

En tout cas c’est bien pratique d’avoir ce travail, les parents sont gentils, ils viennent me chercher et me ramènent à la maison en voiture, et en plus je suis bien payée.

« The sky was made for us tonight… » – Iggy Pop

Une nuit magique, sur la banquette arrière d’une mustang 1967 rouge.

Vous savez, une de celles qui font un bruit de dragon quand elles accélèrent.

J’en ai rien à faire des voitures d’habitude, mais là… Rouler très vite dans la nuit sur des routes désertes en hurlant « I am a passenger, and I ride and I ride… and you know it looks so good tonight… » dans une belle voiture rouge, c’était mon American Dream à moi.

Avant ça, l’après-midi on a tous été dans la seule poissonnerie de Carrboro, une cabane au milieu d’un parking, parce qu’on voulait acheter du thon cru pour faire des sushis. Ca sentait le poisson, fort. Normal, vous me direz. Sauf que même Christian, Kevin et Dylan, qui passent ici pour trois bobo-européen-roots, étaient dégoûtés par l’odeur. C’est vrai que ça ne sent jamais rien d’habitude ici. Dans les supermarchés, même les légumes sont enveloppés dans du plastique, et je n’ai jamais vu un tel choix de déodorants.


Lovefool

Ayé, mangé mon premier hamburger américain = énorme, gras, moelleux, avec plein de frites.

Ben c’était vachement bon.

Rêves d’embouteillages

C’est vraiment chouette, la Caroline du Nord.

J’aime bien la forêt, le silence et les écureuils.

Le soir je peux regarder les étoiles, j’ai de la place et  tous les jours je vois de vrais arbres qui ne sont même pas en cage.

J’avoue, je me suis vite habituée au confort de l’Amérique – ses canapés ultra-moelleux, ses fontaines à eaux, ses toilettes propres et de ses salles de gym climatisées suréquipées. Ca m’endort et ça me calme ; ça m’anesthésie à feu doux.

Ca aurait pu continuer comme ça jusqu’à la fin des temps, si ce matin je ne m’étais pas réveillée avec une furieuse envie de voyage, de pots d’échappement, de bruit, de métro, d’odeurs de pisse, de hasards urbains et de hot-dogs nocturnes.

J’ai envie de ville, et Clément, mon meilleur ami, qui est en échange avec la Columbia University à New York, me manque.

(Ville+Clément+Fall Break+des sous ; processing information)

Voilà, c’est fait, je viens d’acheter un aller-retour pour New York City. 5 jours en octobre. Yeah !

Au paradis des hamsters extatiques

Je vais courir tous les jours sur les tapis roulants à la gym, comme un hamster en cage, en regardant CNN, une bouteille d’eau vitaminée rose fluo à portée de main, le casque de mon i-pod vissé sur la tête. Et j’aime.

Je vais faire mes courses à 3h du matin, puisqu’ils ont remplacé les vendeurs par des machines. Leurs supermarchés sont des paradis sucrés, ouverts jour et nuit, toute l’année, air climatisé, musique douceâtre, lumières tamisées, kilomètres de barres chocolatées.

Je souris à longueur de journée, à m’en décrocher la mâchoire. Parfois j’ai des courbatures dans les joues. Et comme tout le monde, je dis : « oh my god, that was sooo much fun ».

Je suis vaguement l’actualité française grâce aux chroniques de Didier Porte sur France Inter.

Je rigole, jaune.

Hortefeux, le fils Sarko, Besson, le casting de l’usine, les discours du nain.

C’est l’horreur. Je comprends pourquoi les potes que j’attrape sur les chats gmail/Facebook sont complètement déprimés.

Bon courage, les amis…

 

Photojournalism class craquage

Non je suis pas débile, c’est juste la première fois que j’utilise un mac et je comprends pas quand vous me parlez, alors si vous vous énervez en anglais à toute vitesse parce que j’utilise pas correctement cet ordinateur…

Voilà ça y est je chiale en plein cours de photo, et personne ne comprend ce qu’il se passe, et tout le monde a l’air tellement gêné pour moi, et merde j’en ai marre, là, tout d’un coup, de rien comprendre. J’ai l’impression d’avoir 3 ans, qu’on m’a abandonnée au parc et qu’on m’a volé mon doudou.

C’est frustrant, de pas comprendre et de ne pas être compris.

Avant de déménager ici, je n’avais jamais autant ressenti le fait que notre personnalité, l’image que les autres ont de nous, ou celle que l’on a de soi, est intimement liée aux mots que l’on emploie, à notre habilité à jouer avec eux, aux inflexions qu’on peut leur donner, à nos tics de langages, et que quand on ne maîtrise plus tout cela, on se sent dépossédé d’une partie de soi.

Je me sens devenir quelqu’un d’autre.

« Oh my god this is so cool »

– I’m sorry, what’s your name again?

– My name is Victoire.

– Victouaaar’?

– Yes. Victoire. Victoire. V-I-C-T-O-I-R-E

– Victouaaaaaar’? I am not sure I am gonna pronounce it right.

– It’s fine. Just pick up a name you’d like to call me, like, Jane, or whatever

Parce qu’il faut aller à l’école

La rentrée c’était il y a une semaine.

Donc, pour ce semestre, j’ai : « Photojournalisme débutant », « La Californie et le changement social dans la littérature américaine du 20e siècle », « Newswriting », et j’ai commencé l’espagnol – cours accéléré.

Pour vous dire la vérité, j’ai quelques moments de désespoir en cours de Newswriting.

Hier, on devait prendre des notes sur ce que le prof disait, et rédiger un article synthétisant son discours.  Il vient des montagnes du Sud de la Caroline du Nord = accent incroyable, et il a 72 ans = comme tous les vieux du monde entier, il peine à articuler.

Bref, je cale que dalle à ce qu’il raconte. Pour ne rien arranger, il persiste à croire que je suis allemande et passe régulièrement pour me raconter des blagues en allemand – avec l’accent d’un vieillard américain des montagnes.

Hier, j’en pouvais plus, j’avais mal au crâne, j’étais découragée et j’ai rendu un truc pourri. Personne ne voulait me donner ses notes pour que je puisse écrire l’article. Comme si la situation n’était pas déjà assez humiliante, le Professor Shawn a pensé que je ne savais pas prendre de notes, il m’a donc fait faire le tour de la classe pour que j’observe les autres, en m’expliquant des trucs genre « il faut que tu notes le plus important, tu vois là ils utilisent des abréviations, parce que comme ça tu prends moins de temps à écrire… ». Frustrant.

« Expérience culturelle »

= excuse pratique pour faire ce qu’il me plaît, surtout si c’est interdit.

Je suis étrangère, ça veut dire : avoir le droit d’être légèrement inconvenante et bizarre, mais par magie ça devient super cool.

Vous pouvez donc fumer comme une cheminée et ce n’est pas dégueulasse mais exotique. Sortir sans maquillage et ce n’est pas un manque de considération c’est naturel ; avoir un petit ventre confortable et vous êtes quand même mince, c’est juste que les français font pas de sport.

Dire des horreurs sur la politique étrangère américaine ; se moquer, critiquer, s’étonner, oublier les noms des gens, arriver en retard, et c’est charmant.

Suzanne, qui a déménagé à New York peu après mon arrivée, en avait fait un gimmick : « Oh, but that’s because you’re French! »

Louder Harder Bigger

Sourire à s’en péter la mâchoire, se forcer à parler plus fort, à être plus enthousiaste à propos de tout, tout le temps.

 

This house is AMAZING, and OH MY GOOD you look SO GOOD in that dress and these people are AWESOME, and this campus is GIGANTIC, the whole thing is GREAT and I LOVE IT.

Au pays de Candy où tout le monde est gentil

Notre maison verte ressemble au paradis.

Sugar Candy

Ici: minute d’auto-contentement. De Paris, en trois jours j’ai trouvé une chambre à louer pour deux fois moins cher dans la ville voisine, Carrboro. Une grande maison en bois, turquoise. Sept chambres, six filles, deux étages, deux salons, deux cuisine, trois salles de bain, et une grande terrasse.

Tous les étudiants internationaux ont eu cinq jours pour décider si ils voulaient vivre sur le campus, dans des immeubles à 4000 dollars le semestre pour une chambre à partager, ou s’ils préféraient se débrouiller tout seul et trouver de quoi se loger hors du campus. Après huit ans d’internat j’avais aucune envie d’y aller. Et puis ces chambres sont assez chères.

Et surtout : y’a pas de cuisine = manger tous les jours à la cantine, bleurk.

Mon pote Clément, qui est en échange à New York, a fait pareil.

DONC : vous qui partez à l’étranger, il y a sûrement mieux et moins cher ailleurs que sur les campus.

Barbapapa powaa

J’adoooore mes colocs. Elles sont toutes américaines.

colocs

Il y a Corban, 22 ans, qui vient de passer 6 mois à Bologne, long cheveux blonds, sourire à dévorer la terre entière, qui étudie la littérature comparée américaine/italienne. Elle rit tout le temps.

Il y a Adrian, 30 ans, qui fait du design et m’a donné plein de fringues, un vélo, une lampe et plein de trucs trop bien.

Jen, 23 ans, qui vient de terminer ses études en art dramatique. Elle travaille dans un restaurant, pour économiser avant de déménager à New York où elle veut être actrice.

Rachel, toute secrète et silencieuse, vient des montagnes de la Caroline du Nord et connaît plein de choses sur des sujets inattendus. Elle file de la laine dans sa chambre, qu’elle vend sur internet, tout en étudiant les mathématiques. Et elle aime bien faire des gâteaux.

Alex a passé 4 ans au Mount Holyoke (un liberal arts college pour les filles) et étudie pour être archiviste. Elle m’a fait découvrir ce magazine féministe génial, Bitch. Tous les matins elle me réveille et on se prend un café.

Bientôt hier encore

Sugarland

Trois jours après mon arrivée, j’ai eu 20 ans. Les filles m’ont fait un gâteau. Thomas Tristan et Blandine, les trois autres étudiants de Sciences Po en échange ici, m’ont apporté le plus énorme gâteau que j’ai jamais vu, de la meilleure pâtisserie de Chapel Hill, pur beurre pur sucre, à se rouler par terre.

Notez le « N » sur le « C » de « Victoire » = logo de l’université. Trop bien.

Le lévrier

J’ai pris un bus Greyhound pour aller de Washington à Raleigh, North Carolina, parce que c’était moins cher que l’avion.

« Tonton » Yebbie, comme apparemment beaucoup d’Américains-qui-ne-sont-pas-pauvres, n’avait jamais pris le Greyhound. Il y a l’Amérique qui vole et l’Amérique qui roule, il paraît.

Comme il avait vraiment peur pour moi, à 6h du matin il m’a emmenée à la station de bus pour « voir le genre des gens» et m’a donné un billet de 10 dollars « parce qu’on ne sait jamais ». Thanks Tonton Yebbie.

Ca va, c’était marrant ce Greyhound. Donc non, les gens n’avaient pas l’air très riches dans ce bus, et oui ils étaient presque tous noirs et non j’arrivais pas à comprendre leur accent. Et oui les stations de bus étaient glauques et au milieu de nulle part.

Mais j’aime bien attendre, et passer des heures dans un bus, ça m’a fait vraiment réaliser que je partais. Huit heures plus tard, arrivée à Durham, North Carolina. Emma, ma « mentor », une étudiante en deuxième année, est venue me chercher et m’a déposée à Carrboro, chez moi.

Two days in D.C., merci Tonton Yebbie

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Washington DC Dulles International Airport, un taxi, la clim, les écureuils gris dans les rues, la chaleur moite, et ces rues immenses. Welcome to America.

Starbucks coffee, les distributeurs de journaux,la Maison blanche et le Pentagone qu’on a vus un millier de fois à la télévision, les grosses voitures.

On m’avait dit « tu vas voir tu vas te croire dans un film, tout le temps ». C’est vrai.

Et aussi « tu vas voir, tout est plus grand ». C’est vrai.

Les gens parlent en anglais dans la rue et ce n’est pas un film, la clim, j’ai froid, vraiment tout est oversized, il fait froid ici, sorry what did you just said ?

Mais éteignez cette clim’, on se les gèle dans ce votre pays, même quand il fait 30 degrés dehors.

Est-ce que c’est pour que les gens achètent plus de pulls ou juste parce que vous aimez trouer la couche d’ozone?

Je dors chez Yelberton, qui m’a promenée toute la soirée de bars en concerts en me secouant quand je m’endormais à cause du décalage horaire, et m’a présentée partout comme sa « nièce française » (ce qui faisait rigoler tout le monde. – il est noir, je suis blanche) Deux jours à Washington – visite du Congrès + deux musées + tentative de capture d’écureuil + mon premier breakfast américain. C’est fou.

Squirrel

Ruby Tuesday

L’aéroport Roissy Charles de Gaulle à l’aube.

Une dernière cigarette entre copines.

Des adieux qui bizarrement ne furent pas déchirants.

Le ventre plein des bons fromages, du vin rouge et du pain mangés à la bye-bye cheese party de la veille — merci Maman, merci Rachel, Alizée, Antonin, Clélia, Lilas, Alex, Sam, Zoé, merci les amiEs…

Une dizaine d’heures d’avion, quatre absurdes contrôles de douanes et trois aéroports, détestables parce qu’ils se ressemblent tous, mêmes magasins, mêmes lumières glacées, mêmes musiques cliniques, mêmes odeurs nauséeuses.

Bye-bye cheese party

même pas peurphoto : Lilas Duvernois