Archives de Catégorie: Gringos vs froggies

De l’avenir du grand reportage et des organisations caritatives

Trêve de pâtisseries et de ratons-laveurs.

Ca fait quelques jours que ça ne veut pas sortir de ma tête, ce que j’ai vu et entendu ce soir-là. Je tente de mettre le doigt sur ce qui m’a mis tellement en colère.

C’était avant-hier, à l’école de journalisme de UNC :  rencontre avec Brian Storm, directeur de la société de production MediaStorm, spécialisée dans le journalisme multimédia et les documentaires.

Dans un secteur médiatique en crise, MediaStorm s’en sort très, très bien. « On gagne des tonnes d’argent, » a répété Brian Storm. MediaStorm est présent sur tous les réseaux sociaux et sur toutes les plate-formes médiatiques – journaux, sites internet, I-phone, iTunes, télévision numérique, DVDs, édition.

J’aimerais vraiment bien que vous regardiez cette vidéo — pas besoin de la regarder en entier, cinq minutes suffisent pour comprendre :

http://www.mediastorm.org/0024.htm

Il s’agit d’un reportage sur les enfants nés de viols commis lors de la guerre au Rwanda, en 1991, sur leurs mères, et sur leurs relations.

Avant-hier, les élèves et les professeurs de l’école de journalisme de UNC ont écouté Brian Storm avec une extrême attention. Le silence dans la salle était quasi-religieux.

Pour eux, pour mes profs, vous avez devant vos yeux « l’avenir du journalisme ».

Je voudrais vraiment avoir votre avis :

Qu’en pensez-vous? D’un point de vue journalistique, moral, esthétique?

Est ce que cela vous donne envie de donner de l’argent? Est-ce que vous auriez envie de voir plus de reportages comme celui-ci à la télévision?

(Pendant ce temps là, je prépare mes arguments. Ca me prend plus de temps de prévu, parce que plus j’écris, plus ça s’embrouille.)

Parano à Candy-Land 2 : La carte des délinquants sexuels

Frank Thomas vit à quelques rues de chez moi. Il a une cicatrice sur la joue droite. Il est blanc. Il mesure 1m86 et pèse 82 kilos.

En 1973, il a été condamné à 29 ans de prison pour viol.*

Je ne l’ai jamais rencontré Frank Thomas. Ni lui, ni aucun des 17 délinquants sexuels qui habitent près de chez moi, d’ailleurs.

Il m’a suffit qu’une simple visite sur le site internet du registre régional des délinquants sexuels pour obtenir toutes ces informations.

A partir de n’importe quelle adresse, on peut obtenir une carte localisant le domicile des délinquants sexuels du voisinage.

Chaque point sur la carte relie à un profil détaillé des anciens délinquants sexuels avec photographie, âge, taille, poids, race, pointure, cicatrices, tatouages, crime, date du crime, adresses depuis la mise en liberté…

Il existe aussi un registre national des délinquants sexuels.

Ces fichiers existent depuis 1996.

Choquant? Terrifiant? Violation des libertés? Je suis bien d’accord.

Mes amis américains, eux, n’y voient aucun problème. Ils m’ont dit que cela les rassurait.

Je ne comprends pas bien l’utilité d’un tel fichier, encore moins celui de la carte: entraîner les enfants à reconnaître les anciens délinquants sexuels du voisinage?

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* j’ai changé les noms et les informations

Pouet-pouet camembert

Ce fabuleux site est destiné à apprendre aux étrangers à bien communiquer non-verbalement en France.

Par exemple : « s’en jeter un derrière la cravate »

ou encore :

Learn about French gestures – Shut your mouth!

When you want to say « shut it » or « shut your mouth, » the ferme-la (aka clapet or le camembert) gesture will get the point across.

Hold your hand out in the shape of a C and then squeeze the fingers and thumb together.

Register – familiar

I wanna buy you flowers…

Quand j’ai fait remarqué à mes copains qu’on pouvait pas trouver de fleuristes dans ce pays, ils ont dit : un fleuriste, mais pour quoi faire?

Je leur ai expliqué qu’en France il était assez courant d’offrir des fleurs ou d’en recevoir pour les fêtes, anniversaires, ou juste comme ça, pour faire plaisir.

Ils ont explosé de rire en disant que c’était « tellement français ».

Il est paraît-il ici du plus ridicule et ringard (« cheesy ») d’offrir des fleurs à son copain/copine.

Thanks for the Indian Massacre

Thanksgiving raconté aux enfants, ça ressemble à ça:

Les Pèlerins de Plymouth, deux ans après leur arrivée en Amérique, sont à moitié morts de faim. Mais à force d’efforts, de persévérance et d’abnégation, ils réussissent finalement à faire pousser quelque chose sur leur nouvelle Terre Promise. La moisson est tellement bonne qu’ils invitent leurs voisins – quatre-vingts onze Indiens de la tribu des Wampanoag – à un grand festin. Ils remercient le Seigneur, se gavent de courgettes, de citrouille et de gâteau au maïs, prient, dansent et font la paix tous ensemble.

Aujourd’hui, Thanksgiving aux Etats-Unis, c’est d’abord un jour férié, un dîner de famille, et veille de la plus absurde orgie consumériste (Black Friday).

Thanksgiving Day peut se traduire par le Jour de la Gratitude, alors les enfants sont invités à faire des dessins de remerciement, pendant que les adultes achètent des « Thanks Cards » à envoyer à leur patron/grand-mère/amant.

Depuis 1947, le Président des Etats-Unis gracie une dinde, aussi – mais ça c’est pour le pancake de demain.

Bon, et maintenant la même histoire maintenant, en version gore.

Hiver 1609. « Les Pèlerins vivaient dans des trous creusés dans le sol. Leur faim était telle qu’ils en étaient réduits à manger de la chair d’homme et des excréments. Un Indien fut déterré trois jours après sa mort et entièrement dévoré. […] L’un des pèlerins tua sa femme pendant qu’elle dormait, la coupa en morceaux et la mangea toute entière, en laissant la tête. » (traduit des Journals of the House of Burgesses of Virginia, document de 1619 chroniquant les 12 premières années d’existence de Jamestown, ok c’est pas Plymouth mais ils devaient mourir de faim tout pareil)

Effectivement les Plymouthiens vivent plus ou moins en bonne entente avec leurs voisins les Wampanoag pendant une petite soixantaine d’années. Mais de plus en plus de pèlerins arrivent, et volent peu à peu la terre des Indiens.

En 1675, c’est la guerre, la « King Philip’s War ».

1 an, e 600 morts côté colons et 3000 côté Indiens. Villages d’Indiens massacrés, tribus entières décimées, récoltes brûlées. Les rescapés fuirent vers le nord et vers l’ouest, laissant la terre libre pour les colons.

(sources : The Britannica Encyclopedia + Howard Zinn – A People History of the United States)

Quarante-cinq millions de dindes tuées cette semaine

… dont deux finissent d’être broyées dans les 22 estomacs des personnes présentes au dîner tout à l’heure.

Je devais normalement passer les vacances de Thanksgiving chez Corban, mais ça a vite tourné au cauchemar — détails à venir.

J’ai donc appelé mon copain Christian pour qu’il vienne me sauver. Sa Ford festiva toute pourrie a soudainement pris des allures de vaisseau spatial, bravant vaillamment les lourdes grilles en fer forgé de la propriété des Davis.

Du coup, à la place, j’ai fêté mon premier Thanksgiving dans la famille de Christian- huits frères et soeurs, parents, grands-parents, oncles, tantes, rejetons divers, neveux nièces bébés et inconnus de passage, 22 personnes en tout.

Il est 2h30 du matin, je peux pas dormir tellement j’ai mangé. Gavage en continu de 16h de l’après-midi à 22h tout à l’heure, comme Noël en France, sauf que, ne l’oublions pas, everything is bigger in America, alors on mange plus et plus longtemps.

Sauce aux airelles, purée de pommes de terre, marrons et raisincs secs, patates douces, sans oublier les deux dindes et les multiples gâteaux et tourtes et tartes à la citrouille, à la pomme, aux noix de pécan, au miel, à tout ce qui est gras et sucré et bon, le tout arrosé d’une triple couche de crème Chantilly. Et des chocolats au cas où vous auriez encore un petit creux. Et trois grosses douzaines de bouteilles de vin/whisky/bière pour faire passer le tout.

Avant de manger tout ça, la famille de Christian a dit les grâces. Bon, après tout pourquoi pas. Tout le monde en cercle s’est tenu les mains (oui oui, y compris moi et mon irrepressible envie d’exploser de rire/de me barrer en courant) et fermé les yeux pendant que l’oncle remerciait Dieu pour Ses Bienfaits divers et variés (l’amour, les cuisiniers, la vie, les gens, et les dindes, donc.)

A propos de grâces et de dinde, la dernière campagne de la PETA (association de protection des animaux) a été interdite de télévision – sans blague.

‘Grace’: PETA’s Thanksgiving ad

Introduction à la civilisation française – Les élevages de grenouilles

(tout à l’heure, pause clope sous le drapeau américain)

Victory, il n’y a rien qui te manque, de France?

moi : – ben… (regard gêné)… mes grenouilles.

WHAT? Is that true? Vous mangez vraiment des grenouilles?

– Evidemment! Vous pensiez que c’était une légende, ou quoi? Vous savez, les clichés sont souvent vrais : le camembert, les bérets, les t-shirts rayés et les cigarettes, la Tour Eiffel, this is for real. Elever des grenouilles, c’est quelque chose de très populaire, dans mon pays.

[regards perplexes voire dubitatifs –  « She’s kidding/This is an hoax » (canular)]

– Vous ne me croyez pas? La viande est extrêmement chère en France, à cause des syndicats agricoles qui maintiennent les revenus des paysans à des niveaux ahurissants. Il reste beaucoup de communistes, dans mon pays.

– C’est vrai, votre économie est très contrôlée par l’Etat…

– Exactement. Par exemple, imaginez vous qu’à Paris, un hamburger coûte le quadruple de son prix américain, sans même prendre en compte le taux de change. C’est à cause du bifteck. La viande de boeuf y est très chère, à peu près comme le caviar, ici.

– Wouah.

– Tenez, un autre exemple : en France, MacDonald, c’est quasiment un restaurant haut-de-gamme. Je suis de la classe moyenne, et avec ma famille, nous y allons une fois par an, à Noël. Et si j’ai de la chance, pour mon anniversaire. Pour les grandes occasions, nous achetons parfois un peu de blanc de poulet. Alors vous imaginez comme je suis heureuse de vivre ici!

Le reste du temps, nous mangeons les grenouilles que nous élevons.

– Ok… c’est marrant qu’on en ait jamais entendu parler. Mais tu ne vivais pas en appartement, à Paris?

– Si, mais justement, c’est ça qui est génial, avec les grenouilles. On peut les élever partout. Elles sont très résistantes, ne tombent jamais malade, ont besoin de très peu pour vivre. Et puis c’est tellement bon!

( répriment leurs expressions dégoûtées)

– Dans n’importe quel supermarché français, on trouve des kits d’élevage de grenouilles. Pour environ 5 dollars, vous pouvez avoir une sorte de mini-piscine réfrigérée avec des plantes et des nénuphars nains, et un petit sac de tétards vivants.

Really?

– C’est une tradition qui remonte à la première guerre mondiale. Les gens mouraient de faim, particulièrement dans les villes. Ils ont fouillé les égoûts, mangé les rats, les chiens, les chats, les pigeons ; puis quelques uns ont eu l’idée d’essayer les grenouilles. Pour s’épargner de longs et coûteux trajets à la campagne, certains ont commencé à les élever dans les cours des immeubles, ou dans leurs cuisines. La famille de mes grands-parents le faisait depuis longtemps déjà, à la campagne.

– …

– Franchement, vous devriez essayer. Les grenouilles sont une source de protéines abondante, économique et très peu calorique. C’est pour ça que les françaises sont si minces.

Vous avez quand même entendu parler des escargots ? Mais ça, c’est plus dans le sud de la France…

[to be continued]

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