Archives de Catégorie: Is that America?

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L’autre jour, je suis tombée sur le bouquin de Jean Baudrillard, « L’Amérique ». Les photos sont chouettes et le texte renferme de vraies perles.

Rien de révolutionnaire dans ce texte sur cette étonnante culture américaine du sourire, mais j’aime beaucoup comment il la décrit :

« Le sourire que chacun t’adresse en passant; crispation sympathique des maxillaires sous l’effet de la chaleur humaine. C’est l’éternel sourire de la communication, celui par lequel l’enfant s’éveille à la présence des autres, ou par lequel il s’interroge désespéréément sur la présence des autres, l’équivalent du cri primal de l’homme seul au monde. Quoi qu’il en soit, on vous sourit ici, et ce n’est ni par courtoisie ni par séduction. Ce sourire ne signifie que la nécessité de sourire. C’est un peu comme celui du chat de Chester [NDLR: celui du chat dans Alice au Pays des Merveilles] : il flotte encore sur les visages après que tout affect a disparu.

Sourire à tout instant disponible, mais qui se garde bien d’exister et de se trahir. Il est sans arrière-pensée, mais il vous tient à distance. Il participe de la cryogénisation des affects, c’est d’ailleurs celui qu’affichera la mort dans son funeral home, ne perdant pas l’espoir de garder le contact, même dans l’autre monde.

Sourire immunitaire, sourire publicitaire : « Ce pays est bon, je suis bon, nous sommes les meilleurs. »

Sourire auto-prophétique, comme tous les signes publicitaires: souriez, on vous sourira. Souriez pour montrer votre transparence, votre candeur. Souriez si vous n’avez rien à dire, ne cachez surtout pas que vous n’avez rien à dire, ou que les autres vous sont indifférents. Laissez transparaître spontanément ce vide, cette indifférence, illuminez votre visage du degré zéro de la joie et du plaisir, souriez, souriez…

A défaut d’identité, les Américains ont une dentition merveilleuse. »

God bless

Je voulais parler des techniques de management de Walmart.

Mais tout à l’heure je suis tombée sur ça, et c’est quand même bien drôle.

Selon un sondage en ligne mené par la société Haris Interactive auprès de 2350 adultes américains:

32% des américains pensent qu’Obama est musulman

25% pensent qu’il n’est pas né sur le territoire américain et donc qu’il n’a pas le droit d’être président

23% pensent qu’Obama est raciste

23% pensent qu’il est anti-Américain

20% pensent qu’il a fait beaucoup de choses qu’Hitler avait faites

et 24% des électeurs républicains pensent qu’Obama pourrait bien être l’Antéchrist.

Certes, il faut être prudent, comme avec tous les sondages, et je n’arrive pas bien à comprendre la méthologie de celui-ci

(si un spécialiste des statistiques peut m’expliquer…?)

Bonne journée!

Pire que les dealers, les syndicalistes

Dans les grosses entreprises américaines — Walmart, Staples, Target, Food Lion, etc. — les employés fraîchement embauchés doivent souvent visionner des vidéos anti-syndicales lors de leur formation.

C’est Christian et son frère qui m’en ont parlé. Christian a travaillé chez Staples, son frère Matthew, chez Target (chaîne de supermarchés concurrente du géant Walmart).

Au début je ne les croyais pas, je pensais qu’ils me racontaient des bêtises, comme quand je leur avait dit que j’avais hâte de rentrer en France pour m’occuper de mes grenouilles domestiques (que j’élève dans une piscine en plastique et que je fais griller quand j’oublie d’acheter du poulet, sauf quand mon père décroche sa hache du mur pour aller chasser des sangliers, comme les Gaulois dans Age of Empire II)

En fait pas du tout.

Beaucoup de gens m’ont confirmé avoir visionné de telles vidéos juste après leur embauche.

J’étais déçue de ne pas trouver beaucoup de clips sur le net (apparemment certains auraient été supprimés suite à des menaces de poursuites judiciaires par les avocats des entreprises) mais j’en ai quand même trouvé un, utilisé par Walmart (le géant de la distribution):

Pendant la première minute, la manager explique que chez Walmart, les cadres ont à coeur d’être à l’écoute de leurs  « collaborateurs ».

Mais c’est la deuxième minute la plus drôle, tellement la ficelle est grosse.

Extrait.

Trois employés de Walmart et un manager discutent.

Employé n°1 : « – Quoi? Tu étais dans un syndicat?! »

Employé n°2 : « – Hé oui. Mais crois-moi, je ne m’y laisserai plus jamais attraper! J’ai rendu ma carte. »

Employé n°3 : « – Moi aussi j’étais dans un syndicat. Mais à cause du syndicat, l’entreprise a perdu beaucoup d’argent. On a perdu tous nos clients et résultat, l’entreprise a fermé, et on s’est tous retrouvés au chômage. »

(le manager approuve)

Je viens à l’instant de demander à Christian de me re-raconter la vidéo qu’il avait vue pendant sa formation de vendeur chez Staples (magasins de fournitures bureautiques, 70 000 salariés, 27 millions de dollars de chiffre d’affaires en 2009):

« Des employés de Staples se garent sur le parking du magasin pour aller travailler. Des types avec des vilaines gueules, à l’air retors (« devious« ) s’approchent des employés.

Ce sont les responsables des syndicats.

Ils proposent aux employé de Staples de rejoindre le syndicat :

– Prenez votre carte, les gars!

Et les employés lèvent la main en signe de refus et répondent fermement:

– Non! nous on n’en veut pas, de votre syndicat. Tout va bien chez Staples, ici nous sommes écoutés et Staples nous traite très bien! »

(fin de la scène et début d’un petit documentaire  General Motors, ruiné par les syndicats de l’automobile tous liés à la mafia)

Demain, je vous raconterai comment Walmart a éradiqué toute velléité syndicale et comment ils ont inventé la politique manageuriale dite « de la porte ouverte ».

Grinding party

Au pays de Dieu, ils dansent, aussi.

Vous voyez le film Dirty Dancing? Rappelez vous le moment où Baby, l’innocente héroïne, entre dans les quartiers des employés du camp de vacances, avec une pastèque dans les bras, et observe mi-fascinée, mi-choquée, la piste de danse, avec tous ces couples en sueur qui se frottent les uns contre les autres. C’était considéré comme à la limite du décent dans les années 80.

Maintenant vous imaginez la même chose, aujourd’hui, dans toutes les soirées de toutes les universités américaines, mais en dix fois plus suggestif.

Cette manière de danser m’a encore frappée la dernière fois que je suis allée à Players, la boîte de nuit de Chapel Hill qui vend de la bière pas chère.

Les filles tournent le dos aux garçons, leurs fesses plaquées tout contre l’entrejambe de ces derniers, les deux ne remuant que les hanches. Souvent elles se penchent à 90°, donc il n’y a plus que leurs fesses en contact, dans une danse sans équivoque.
Il est complètement admis de danser comme ça ici, avec n’importe qui, surtout des gens que vous ne connaissez pas.

Ca s’appelle du grinding : to grind se traduit par « moudre » (ce qui vous donne une idée du mouvement)

On peut aussi pratiquer le grinding entre filles (pas entre garçons), et même en groupes de trois (deux filles et un garçon ou trois filles).

Le plus étonnant, c’est le paradoxe avec les normes en vigueur hors de la boîte de nuit. Ici, surtout dans le Sud, on se tient beaucoup plus loin de son interlocuteur qu’en Europe, sous peine d’être considéré comme franchement mal élevé. On ne fait pas la bise, et si on fait des hugs (des « embrassades »), on les fait du bout des doigts, sans que les épaules ou la poitrine ne se touchent.

J’ai cherché en vain une bonne vidéo sur le net pour illustrer le grinding, voilà ce que j’ai trouvé de mieux :

Promis la prochaine fois que je retourne à Players je ramène des vidéos!

Have a nice day

Jésus revient

D’un coup, tout m’irrite.

Après quelques mois d’enthousiasme immodéré, je traverse une période de rejet total du pays.
Les fast-food, les légumes hors de prix, les grandes routes, les villes sans âmes, les centres commerciaux climatisés et oooh greaaat, awesome !, la télé, j’en peux plus.
Mais le pire, je crois, c’est d’entendre parler de Dieu tous les jours, tout le temps.

Par exemple, il y a plein de parents qui n’envoient pas leurs enfants à l’école parce qu’ils veulent leur donner une éducation religieuse. Je connais personnellement l’une de ces familles.

L’autre jour, intriguée par les couvertures, j’ai feuilleté les bouquins qu’ils donnent à étudier à leurs enfants, qui ne vont pas l’école: « History of the World in a Christian Perspective », « God’s gift of Language », « Observing God’s World »…

Voilà ce qu’on peut lire dans leur livre de sciences naturelles, intitulé « Observing God’s World » (« observer le monde de Dieu »)

« Chapitre 5 : L’origine de l’Univers

« Science cannot tell us about the beginning of the world and the beginning of life […] We can know about God’s creation of the universe because He has told us about it in His Word. No other person was there in the beginning; the Bible contains God’s true and reliable written record of what happened at Creation, and we accept this record by faith. »

Les deux pages suivantes sont consacrées à la Genèse, censée expliquer la création de l’univers.

et voici le dernier paragraphe, qui clôt le chapitre :

« Throughout history there have been people, even scientists who have though up their own stories of how things came to be. Many myths, hypothesies, and theories of creation have been developed and discraded, but no one but the Designer and Creator of the universe is qualified to tell us how our magnificient universe really came into existence. From the time of Adam to the age of the astronauts, people who have earnestly wanted to know how our great universe came to be have looked to the Creator for the answer. And those who have searched for Him sincerely have found Him. Jesus said : « Blessed are the pure in heart: for they shall see God » (Matthew 5:8). Have you seen Him as you have sought to understand more about God’s great universe? »

Mais mon livre scolaire préféré, c’est l’histoire.

Sur la Guerre de Sécession :

« […] But by this thime, the South depended on its slaves; even though fewer than fiver percent of the White Southerners owned slaves; and half of these had no more than five slaves each. If the Southerners freed their slaves; how could they make a living? And how would the freed slaves earn a living? There were no easy solutions to the problem of slavery. »

(« Si les Sudistes libéraient leurs esclaves, comment pouvaient-ils gagner leur vie? Et comment les esclaves libérés pouvaient-ils gagner la leur? Il n’y avait pas de solution facile au problème de l’esclavage »)

« Chapitre 11 – 1920 : Le temps des infidèles

Americans were still so firmly grounded in the Bible and its teachings that people who wanted to follow a worldly lifestyle often left the US to live in Paris or London. This was true especially of authors who had bitter feelings against the US and Christinaity. At least 85 American authors lived in Europe at this itme, and many of these attacked the Bible in their writings. Some writers in our country and abroad taught the ideads of socailism and Communism, and some of their ideas spread to the teacher’s colleges. Fortunately, the majority of the American people listened to the positive Bible teachers and preachers rather than to the negative writers.  »

Un peu plus loin, le chapitre sur la Grande Dépression, où l’on apprend que :

« President Franklin D. Roosevelt thought of a way to create jhobs through projects such as building highways, dams, and bridges. The men who worked on these projects were paid by the government. But the government was just as poor as everyone else. Where did the money come from to pay these men? In a risky move, the government began to spend more money than it had. Though the government may have helped people temporarily during the Depression, some of the policies set up then have caused serious problems that still plague us today. »

(conclusion : le gouvernement aurait dû laisser mourir les millions de chômeurs de la Grande Dépression au lieu de leur donner du travail, ok?)

Le chapitre sur les Civil Rights movements (dans les années 60) est ridiculement court, Martin Luther King Jr est un gentil et d’ailleurs « beaucoup d’Américains étaient d’accord avec lui », jusqu’à ce que de méchants « activistes avides de pouvoir » viennent « pervertir le mouvement », provoquant « des émeutes qui ont terrorisé les quartiers noirs »..

Il n’est bien sûr nulle part fait mention des lynchages de noirs, ni du Ku Klux Klan, pourtant bien Chrétiens.

Ensuite on y lit que l’avortement, légalisé par la Cour Suprême après le cas Roe vs Wade, est « l’assassinat des bébés à naître » (« the killing of unborn babies »)

Enfin, le livre d’histoire se clôt par cet éloquent paragraphe, sur l’élection de George W. Bush :

« In his first official act as President, George W. Bush declared January 21, 2001, a national day of prayer and thanksgiving. As Christians, we should take the opportuity daily to pray for our national leaders taht we « may lead a quiet and peaceable life in all godliness and honesty » (1 Tim. 2:20) Althought there can never be true world peace until Jesus returns, we should be thankful to live in a country where we still have such great freedoms, and we should do all we can to keep those freedoms from passing away. »

(« Même si le monde ne peut véritablement être en paix jusqu’à ce que Jésus Christ revienne, nous devrions tous être reconnaissants de vivre dans un pays où nous avons d’aussi grandes libertés, et nous devons tout faire pour que ces libertés ne meurent jamais »)

God bless America!

Bons baisers de Savannah

Pour les vacances de printemps, Christian et moi avons mis cap sur le Sud, direction la Caroline du Sud et la Georgie.

(Ici, parenthèse : Christian, c’est mon-amoureux-américain. Il est tout blond, avec des yeux bleus derrière ses grandes lunettes clownesques; il est beau et drôle et intelligent et incroyablement courageux ; il a une histoire dingue ; et je l’aime. Voilà qui est écrit.)

Je ne sais pas trop ce que je retiendrais de Charleston et de Savannah, les deux villes que nous avons visitées. Pas grand chose je crois. Des hordes de touristes retraités qui se promènent dans des calèches pour un tour de ville « authentique ».

Christian était émerveillé du fait qu’on puisse y marcher – fait rare dans le Sud. Moi, je sais pas… j’ai dû mal à m’extasier devant les églises en bois des années 60 et les rues pavées, mais je suis une insupportable Européenne snob gavée d’églises romanes et de villes millénaires.

Par contre j’ai adoré la route ; je n’étais jamais restée aussi longtemps dans une voiture. Et puis c’était un petit bout de mon rêve américain, aussi, nourri de Jack Kerouac et de Las Vegas Parano, ce long ronronnement du moteur sur des routes monotones.

Se lover dans le siège de la Buick que j’ai pris pour un vaisseau spatial, les yeux grands ouverts et la cigarette au bec, branchée sur les radios religieuses locales. Rouler au milieu de la nuit, voir défiler les panneaux verts avec des noms de villes inconnus et leur distance en miles, alternance monotone de parkings Walmart, de concessions automobiles, les fast-food drive-thru ouverts 24h sur 24h: Bojangles, KFC, Burger King, Waffle House.

Voir des panneaux géants plantés au bord de la route, avec un foetus géant dessiné et la phrase : « au bout de 18 jours mon coeur bat déjà! »

Les lumières violentes et la sirène d’une voiture de police.

Dormir quelques heures sur un parking avant d’être réveillés par les phares d’un gros camion citerne, vers les quatre heures du matin.

Puer l’essence, le vieux hamburger et le tabac froid.

….

Et puis d’autres cartes postales…

Perdus dans une rue de Savannah à la recherche de sandwich mexicains, la serrurerie Bradley, on « où aiguise tout sauf votre intelligence, on répare tout sauf les coeurs brisés».

A Savannah, dans une épicerie ouverte 24h sur 24h, j’ai payé 1 dollar 50 pour un Crime Blotter (« Le Registre du Crime »), journal agrafé où sont imprimés, sur neuf pages, les photographies de tous les habitants arrêtés de la semaine. Je l’ai acheté, pour voir. Toutes ces données sont disponibles gratuitement sur Internet et il est parfaitement légal de les imprimer.

Sous chaque portrait, assorti du nom complet du suspect, est inscrit le délit : conduite sans permis, ivresse publique, « open container » (c’est à dire avoir une bouteille d’alcool ouverte dans tout espace public), trouble à l’ordre public, vol à main armée, non-paiement de pension alimentaire. En page 8 et 9 s’étalent les photos, noms et adresses des délinquants sexuels de la région de Savannah.

Dans le même magasin, à côté du comptoir, sont présentés des films pornographiques enveloppés dans du papier orange ou bleu, selon la couleur des acteurs, noirs ou blancs… Adult Movie, Black or White.

Vous choisissez la couleur. Je me demande si ce classement n’est pas plus choquant que voir des paires de fesses en couverture.

Aveda drama

Hier j’étais chez Aveda, l’école de esthetology and cosmetology de Chapel Hill — l’endroit où tout le campus se fait arracher les poils, pour être directe.

Tout était parfaitement normal en ce vendredi après-midi, la salle résonnait des cris de douleurs des clientes en voie de dépoilisation quand tout à coup: scandale.

On entend une dame, apparemment très mécontente, exiger qu’on appelle le directeur de l’école, hurler que l’école est dirigée par une bande d’incompétents, que sa vie est ruinée, qu’elle va devoir rester cloîtrée chez elle pendant des mois, etc, etc…

Il est apparu que la personne censée lui épiler les sourcils venait de lui arracher la moitié du sourcil droit.

Et là, ça devient marrant, un de ces moments où je me dis « youpi, je vis une expérience typiiiique »:

Le responsable arrive, et lui demande immédiatement de « baisser le ton de sa voix »

(note culturelle: on ne s’énerve jamais, c’est vraiment mal élevé et les américains ont horreur de ça ( self-control: celui qui ne sait pas maîtriser ses émotions négatives est un loser))

– et surtout : la dame menace de leur faire un procès.

Silence horrifié du responsable. Pour cause: avec un bon avocat, ce genre de procès peut effectivement aboutir et coûter au condamné des millions de dollars de dommages et intérêts.

Finalement, la dame a baissé le ton de sa voix et le responsable a proposé de « trouver une solution et un accord sur les dédommagements ». Je n’ai pas pu rester assez longtemps pour savoir ce qu’elle comptait finalement faire, mais je demanderai la prochaine fois.

Bon dimanche!