Archives de Catégorie: Is that America?

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L’autre jour, je suis tombée sur le bouquin de Jean Baudrillard, « L’Amérique ». Les photos sont chouettes et le texte renferme de vraies perles.

Rien de révolutionnaire dans ce texte sur cette étonnante culture américaine du sourire, mais j’aime beaucoup comment il la décrit :

« Le sourire que chacun t’adresse en passant; crispation sympathique des maxillaires sous l’effet de la chaleur humaine. C’est l’éternel sourire de la communication, celui par lequel l’enfant s’éveille à la présence des autres, ou par lequel il s’interroge désespéréément sur la présence des autres, l’équivalent du cri primal de l’homme seul au monde. Quoi qu’il en soit, on vous sourit ici, et ce n’est ni par courtoisie ni par séduction. Ce sourire ne signifie que la nécessité de sourire. C’est un peu comme celui du chat de Chester [NDLR: celui du chat dans Alice au Pays des Merveilles] : il flotte encore sur les visages après que tout affect a disparu.

Sourire à tout instant disponible, mais qui se garde bien d’exister et de se trahir. Il est sans arrière-pensée, mais il vous tient à distance. Il participe de la cryogénisation des affects, c’est d’ailleurs celui qu’affichera la mort dans son funeral home, ne perdant pas l’espoir de garder le contact, même dans l’autre monde.

Sourire immunitaire, sourire publicitaire : « Ce pays est bon, je suis bon, nous sommes les meilleurs. »

Sourire auto-prophétique, comme tous les signes publicitaires: souriez, on vous sourira. Souriez pour montrer votre transparence, votre candeur. Souriez si vous n’avez rien à dire, ne cachez surtout pas que vous n’avez rien à dire, ou que les autres vous sont indifférents. Laissez transparaître spontanément ce vide, cette indifférence, illuminez votre visage du degré zéro de la joie et du plaisir, souriez, souriez…

A défaut d’identité, les Américains ont une dentition merveilleuse. »

God bless

Je voulais parler des techniques de management de Walmart.

Mais tout à l’heure je suis tombée sur ça, et c’est quand même bien drôle.

Selon un sondage en ligne mené par la société Haris Interactive auprès de 2350 adultes américains:

32% des américains pensent qu’Obama est musulman

25% pensent qu’il n’est pas né sur le territoire américain et donc qu’il n’a pas le droit d’être président

23% pensent qu’Obama est raciste

23% pensent qu’il est anti-Américain

20% pensent qu’il a fait beaucoup de choses qu’Hitler avait faites

et 24% des électeurs républicains pensent qu’Obama pourrait bien être l’Antéchrist.

Certes, il faut être prudent, comme avec tous les sondages, et je n’arrive pas bien à comprendre la méthologie de celui-ci

(si un spécialiste des statistiques peut m’expliquer…?)

Bonne journée!

Pire que les dealers, les syndicalistes

Dans les grosses entreprises américaines — Walmart, Staples, Target, Food Lion, etc. — les employés fraîchement embauchés doivent souvent visionner des vidéos anti-syndicales lors de leur formation.

C’est Christian et son frère qui m’en ont parlé. Christian a travaillé chez Staples, son frère Matthew, chez Target (chaîne de supermarchés concurrente du géant Walmart).

Au début je ne les croyais pas, je pensais qu’ils me racontaient des bêtises, comme quand je leur avait dit que j’avais hâte de rentrer en France pour m’occuper de mes grenouilles domestiques (que j’élève dans une piscine en plastique et que je fais griller quand j’oublie d’acheter du poulet, sauf quand mon père décroche sa hache du mur pour aller chasser des sangliers, comme les Gaulois dans Age of Empire II)

En fait pas du tout.

Beaucoup de gens m’ont confirmé avoir visionné de telles vidéos juste après leur embauche.

J’étais déçue de ne pas trouver beaucoup de clips sur le net (apparemment certains auraient été supprimés suite à des menaces de poursuites judiciaires par les avocats des entreprises) mais j’en ai quand même trouvé un, utilisé par Walmart (le géant de la distribution):

Pendant la première minute, la manager explique que chez Walmart, les cadres ont à coeur d’être à l’écoute de leurs  « collaborateurs ».

Mais c’est la deuxième minute la plus drôle, tellement la ficelle est grosse.

Extrait.

Trois employés de Walmart et un manager discutent.

Employé n°1 : « – Quoi? Tu étais dans un syndicat?! »

Employé n°2 : « – Hé oui. Mais crois-moi, je ne m’y laisserai plus jamais attraper! J’ai rendu ma carte. »

Employé n°3 : « – Moi aussi j’étais dans un syndicat. Mais à cause du syndicat, l’entreprise a perdu beaucoup d’argent. On a perdu tous nos clients et résultat, l’entreprise a fermé, et on s’est tous retrouvés au chômage. »

(le manager approuve)

Je viens à l’instant de demander à Christian de me re-raconter la vidéo qu’il avait vue pendant sa formation de vendeur chez Staples (magasins de fournitures bureautiques, 70 000 salariés, 27 millions de dollars de chiffre d’affaires en 2009):

« Des employés de Staples se garent sur le parking du magasin pour aller travailler. Des types avec des vilaines gueules, à l’air retors (« devious« ) s’approchent des employés.

Ce sont les responsables des syndicats.

Ils proposent aux employé de Staples de rejoindre le syndicat :

– Prenez votre carte, les gars!

Et les employés lèvent la main en signe de refus et répondent fermement:

– Non! nous on n’en veut pas, de votre syndicat. Tout va bien chez Staples, ici nous sommes écoutés et Staples nous traite très bien! »

(fin de la scène et début d’un petit documentaire  General Motors, ruiné par les syndicats de l’automobile tous liés à la mafia)

Demain, je vous raconterai comment Walmart a éradiqué toute velléité syndicale et comment ils ont inventé la politique manageuriale dite « de la porte ouverte ».

Grinding party

Au pays de Dieu, ils dansent, aussi.

Vous voyez le film Dirty Dancing? Rappelez vous le moment où Baby, l’innocente héroïne, entre dans les quartiers des employés du camp de vacances, avec une pastèque dans les bras, et observe mi-fascinée, mi-choquée, la piste de danse, avec tous ces couples en sueur qui se frottent les uns contre les autres. C’était considéré comme à la limite du décent dans les années 80.

Maintenant vous imaginez la même chose, aujourd’hui, dans toutes les soirées de toutes les universités américaines, mais en dix fois plus suggestif.

Cette manière de danser m’a encore frappée la dernière fois que je suis allée à Players, la boîte de nuit de Chapel Hill qui vend de la bière pas chère.

Les filles tournent le dos aux garçons, leurs fesses plaquées tout contre l’entrejambe de ces derniers, les deux ne remuant que les hanches. Souvent elles se penchent à 90°, donc il n’y a plus que leurs fesses en contact, dans une danse sans équivoque.
Il est complètement admis de danser comme ça ici, avec n’importe qui, surtout des gens que vous ne connaissez pas.

Ca s’appelle du grinding : to grind se traduit par « moudre » (ce qui vous donne une idée du mouvement)

On peut aussi pratiquer le grinding entre filles (pas entre garçons), et même en groupes de trois (deux filles et un garçon ou trois filles).

Le plus étonnant, c’est le paradoxe avec les normes en vigueur hors de la boîte de nuit. Ici, surtout dans le Sud, on se tient beaucoup plus loin de son interlocuteur qu’en Europe, sous peine d’être considéré comme franchement mal élevé. On ne fait pas la bise, et si on fait des hugs (des « embrassades »), on les fait du bout des doigts, sans que les épaules ou la poitrine ne se touchent.

J’ai cherché en vain une bonne vidéo sur le net pour illustrer le grinding, voilà ce que j’ai trouvé de mieux :

Promis la prochaine fois que je retourne à Players je ramène des vidéos!

Have a nice day

Jésus revient

D’un coup, tout m’irrite.

Après quelques mois d’enthousiasme immodéré, je traverse une période de rejet total du pays.
Les fast-food, les légumes hors de prix, les grandes routes, les villes sans âmes, les centres commerciaux climatisés et oooh greaaat, awesome !, la télé, j’en peux plus.
Mais le pire, je crois, c’est d’entendre parler de Dieu tous les jours, tout le temps.

Par exemple, il y a plein de parents qui n’envoient pas leurs enfants à l’école parce qu’ils veulent leur donner une éducation religieuse. Je connais personnellement l’une de ces familles.

L’autre jour, intriguée par les couvertures, j’ai feuilleté les bouquins qu’ils donnent à étudier à leurs enfants, qui ne vont pas l’école: « History of the World in a Christian Perspective », « God’s gift of Language », « Observing God’s World »…

Voilà ce qu’on peut lire dans leur livre de sciences naturelles, intitulé « Observing God’s World » (« observer le monde de Dieu »)

« Chapitre 5 : L’origine de l’Univers

« Science cannot tell us about the beginning of the world and the beginning of life […] We can know about God’s creation of the universe because He has told us about it in His Word. No other person was there in the beginning; the Bible contains God’s true and reliable written record of what happened at Creation, and we accept this record by faith. »

Les deux pages suivantes sont consacrées à la Genèse, censée expliquer la création de l’univers.

et voici le dernier paragraphe, qui clôt le chapitre :

« Throughout history there have been people, even scientists who have though up their own stories of how things came to be. Many myths, hypothesies, and theories of creation have been developed and discraded, but no one but the Designer and Creator of the universe is qualified to tell us how our magnificient universe really came into existence. From the time of Adam to the age of the astronauts, people who have earnestly wanted to know how our great universe came to be have looked to the Creator for the answer. And those who have searched for Him sincerely have found Him. Jesus said : « Blessed are the pure in heart: for they shall see God » (Matthew 5:8). Have you seen Him as you have sought to understand more about God’s great universe? »

Mais mon livre scolaire préféré, c’est l’histoire.

Sur la Guerre de Sécession :

« […] But by this thime, the South depended on its slaves; even though fewer than fiver percent of the White Southerners owned slaves; and half of these had no more than five slaves each. If the Southerners freed their slaves; how could they make a living? And how would the freed slaves earn a living? There were no easy solutions to the problem of slavery. »

(« Si les Sudistes libéraient leurs esclaves, comment pouvaient-ils gagner leur vie? Et comment les esclaves libérés pouvaient-ils gagner la leur? Il n’y avait pas de solution facile au problème de l’esclavage »)

« Chapitre 11 – 1920 : Le temps des infidèles

Americans were still so firmly grounded in the Bible and its teachings that people who wanted to follow a worldly lifestyle often left the US to live in Paris or London. This was true especially of authors who had bitter feelings against the US and Christinaity. At least 85 American authors lived in Europe at this itme, and many of these attacked the Bible in their writings. Some writers in our country and abroad taught the ideads of socailism and Communism, and some of their ideas spread to the teacher’s colleges. Fortunately, the majority of the American people listened to the positive Bible teachers and preachers rather than to the negative writers.  »

Un peu plus loin, le chapitre sur la Grande Dépression, où l’on apprend que :

« President Franklin D. Roosevelt thought of a way to create jhobs through projects such as building highways, dams, and bridges. The men who worked on these projects were paid by the government. But the government was just as poor as everyone else. Where did the money come from to pay these men? In a risky move, the government began to spend more money than it had. Though the government may have helped people temporarily during the Depression, some of the policies set up then have caused serious problems that still plague us today. »

(conclusion : le gouvernement aurait dû laisser mourir les millions de chômeurs de la Grande Dépression au lieu de leur donner du travail, ok?)

Le chapitre sur les Civil Rights movements (dans les années 60) est ridiculement court, Martin Luther King Jr est un gentil et d’ailleurs « beaucoup d’Américains étaient d’accord avec lui », jusqu’à ce que de méchants « activistes avides de pouvoir » viennent « pervertir le mouvement », provoquant « des émeutes qui ont terrorisé les quartiers noirs »..

Il n’est bien sûr nulle part fait mention des lynchages de noirs, ni du Ku Klux Klan, pourtant bien Chrétiens.

Ensuite on y lit que l’avortement, légalisé par la Cour Suprême après le cas Roe vs Wade, est « l’assassinat des bébés à naître » (« the killing of unborn babies »)

Enfin, le livre d’histoire se clôt par cet éloquent paragraphe, sur l’élection de George W. Bush :

« In his first official act as President, George W. Bush declared January 21, 2001, a national day of prayer and thanksgiving. As Christians, we should take the opportuity daily to pray for our national leaders taht we « may lead a quiet and peaceable life in all godliness and honesty » (1 Tim. 2:20) Althought there can never be true world peace until Jesus returns, we should be thankful to live in a country where we still have such great freedoms, and we should do all we can to keep those freedoms from passing away. »

(« Même si le monde ne peut véritablement être en paix jusqu’à ce que Jésus Christ revienne, nous devrions tous être reconnaissants de vivre dans un pays où nous avons d’aussi grandes libertés, et nous devons tout faire pour que ces libertés ne meurent jamais »)

God bless America!

Bons baisers de Savannah

Pour les vacances de printemps, Christian et moi avons mis cap sur le Sud, direction la Caroline du Sud et la Georgie.

(Ici, parenthèse : Christian, c’est mon-amoureux-américain. Il est tout blond, avec des yeux bleus derrière ses grandes lunettes clownesques; il est beau et drôle et intelligent et incroyablement courageux ; il a une histoire dingue ; et je l’aime. Voilà qui est écrit.)

Je ne sais pas trop ce que je retiendrais de Charleston et de Savannah, les deux villes que nous avons visitées. Pas grand chose je crois. Des hordes de touristes retraités qui se promènent dans des calèches pour un tour de ville « authentique ».

Christian était émerveillé du fait qu’on puisse y marcher – fait rare dans le Sud. Moi, je sais pas… j’ai dû mal à m’extasier devant les églises en bois des années 60 et les rues pavées, mais je suis une insupportable Européenne snob gavée d’églises romanes et de villes millénaires.

Par contre j’ai adoré la route ; je n’étais jamais restée aussi longtemps dans une voiture. Et puis c’était un petit bout de mon rêve américain, aussi, nourri de Jack Kerouac et de Las Vegas Parano, ce long ronronnement du moteur sur des routes monotones.

Se lover dans le siège de la Buick que j’ai pris pour un vaisseau spatial, les yeux grands ouverts et la cigarette au bec, branchée sur les radios religieuses locales. Rouler au milieu de la nuit, voir défiler les panneaux verts avec des noms de villes inconnus et leur distance en miles, alternance monotone de parkings Walmart, de concessions automobiles, les fast-food drive-thru ouverts 24h sur 24h: Bojangles, KFC, Burger King, Waffle House.

Voir des panneaux géants plantés au bord de la route, avec un foetus géant dessiné et la phrase : « au bout de 18 jours mon coeur bat déjà! »

Les lumières violentes et la sirène d’une voiture de police.

Dormir quelques heures sur un parking avant d’être réveillés par les phares d’un gros camion citerne, vers les quatre heures du matin.

Puer l’essence, le vieux hamburger et le tabac froid.

….

Et puis d’autres cartes postales…

Perdus dans une rue de Savannah à la recherche de sandwich mexicains, la serrurerie Bradley, on « où aiguise tout sauf votre intelligence, on répare tout sauf les coeurs brisés».

A Savannah, dans une épicerie ouverte 24h sur 24h, j’ai payé 1 dollar 50 pour un Crime Blotter (« Le Registre du Crime »), journal agrafé où sont imprimés, sur neuf pages, les photographies de tous les habitants arrêtés de la semaine. Je l’ai acheté, pour voir. Toutes ces données sont disponibles gratuitement sur Internet et il est parfaitement légal de les imprimer.

Sous chaque portrait, assorti du nom complet du suspect, est inscrit le délit : conduite sans permis, ivresse publique, « open container » (c’est à dire avoir une bouteille d’alcool ouverte dans tout espace public), trouble à l’ordre public, vol à main armée, non-paiement de pension alimentaire. En page 8 et 9 s’étalent les photos, noms et adresses des délinquants sexuels de la région de Savannah.

Dans le même magasin, à côté du comptoir, sont présentés des films pornographiques enveloppés dans du papier orange ou bleu, selon la couleur des acteurs, noirs ou blancs… Adult Movie, Black or White.

Vous choisissez la couleur. Je me demande si ce classement n’est pas plus choquant que voir des paires de fesses en couverture.

Aveda drama

Hier j’étais chez Aveda, l’école de esthetology and cosmetology de Chapel Hill — l’endroit où tout le campus se fait arracher les poils, pour être directe.

Tout était parfaitement normal en ce vendredi après-midi, la salle résonnait des cris de douleurs des clientes en voie de dépoilisation quand tout à coup: scandale.

On entend une dame, apparemment très mécontente, exiger qu’on appelle le directeur de l’école, hurler que l’école est dirigée par une bande d’incompétents, que sa vie est ruinée, qu’elle va devoir rester cloîtrée chez elle pendant des mois, etc, etc…

Il est apparu que la personne censée lui épiler les sourcils venait de lui arracher la moitié du sourcil droit.

Et là, ça devient marrant, un de ces moments où je me dis « youpi, je vis une expérience typiiiique »:

Le responsable arrive, et lui demande immédiatement de « baisser le ton de sa voix »

(note culturelle: on ne s’énerve jamais, c’est vraiment mal élevé et les américains ont horreur de ça ( self-control: celui qui ne sait pas maîtriser ses émotions négatives est un loser))

– et surtout : la dame menace de leur faire un procès.

Silence horrifié du responsable. Pour cause: avec un bon avocat, ce genre de procès peut effectivement aboutir et coûter au condamné des millions de dollars de dommages et intérêts.

Finalement, la dame a baissé le ton de sa voix et le responsable a proposé de « trouver une solution et un accord sur les dédommagements ». Je n’ai pas pu rester assez longtemps pour savoir ce qu’elle comptait finalement faire, mais je demanderai la prochaine fois.

Bon dimanche!

Les gens dans mon bus

Sur le campus, tout le monde a une super voiture. En général les jeunes en reçoivent une en cadeau quand ils ont leur bac ou quand ils rentrent à l’université. Sur les parkings, elles s’étendent à perte de vue, les BMW, les Audi, Ford et même quelques Porsche.

On dirait des suppositoires géants. Bien lisses, automatiques, pas une rayure, le tout payé à crédit.

Comme tout le monde a une super voiture, si t’en as une moche (genre mon copain Christian qui roule en Ford Festiva 1991 rouge tomate), ça veut dire que t’es vraiment un looser.

Mais bon, tu peux avoir pire: être obligé de prendre le bus. Là ça te classe direct dans l’underclass, catégorie méga-méga-looser. D’ailleurs tu as peu de chances d’être blanc, tu es soit mexicain soit noir américain. Tu ne gagnes pas grand chose en bossant à UNC, au self-service ou au service de ménage. Les étudiantes ont peur de toi quand elles marchent seules dans la rue vers 20h : « Alors oui alors là j’ai vu un Mexicain derrière moi et il me suivait tu vois il avait une béquille mais il allait m’attaquer donc je suis restée à côté de la voiture de la police… »

Et comme tu n’as jamais pu te payer une visite chez le médecin parce que ça coûte un oeil, avec un peu de bol tu as en plus choppé un handicap ou une maladie grave (typiquement, un truc bénin qui a dégénéré parce qu’il n’a pas été soigné)

Mais ce qui est bien, c’est que quand tu as un peu de thunes à UNC,  tu ne prends jamais jamais  le bus, alors tu ne verras jamais tout ça.

Les petits soldats de plomb

Samedi j’ai passé la matinée à la reconstitution historique de la guerre Révolutionnaire, en costumes et chapeaux à plumes, avec odeur de poudre, accent anglais et feux de camp. Article publié ce matin dans le Daily Tar Heel

http://www.dailytarheel.com/content/hillsborough-re-enactment-depicts-revolutionary-war

L’avenir du grand reportage est dans le charity business

Avant-hier, je vous demandais votre avis sur « Intended Consequences », un reportage multimédia sur les enfants nés de viols commis pendant la guerre du Rwanda. « Intended Consequences » a été largement salué et récompensé par des prix prestigieux (NPPA’s Best of Photojournalism, Pictures of the Year international…)

Brian Storm, le patron de la société qui produit ces reportages, a affirmé que nous avions devant nos yeux « l’avenir du journalisme ».

Plus j’y pense, et plus leur travail m’énerve : dans le fond, dans la forme, dans ce qu’il révèle de la société américaine.

Je hais ces vidéos. Je hais cette  conception du journalisme. Je hais les procédés utilisés.

Je ne parle pas ici de la télé-poubelle, des magazines people, de MTV, de Fox News et tout ça. Mais de cette tendance «du grand journalisme » à l’américaine, basé uniquement sur du storytelling. C’est ce qu’apprennent les élèves de la School of Journalism at UNC-Chapel Hill, censée être la « meilleur école de journalisme du monde ».

Bien sûr, la réalisation, le montage et les photographies sont d’une grande qualité. Jonathan Torgovnik a fait preuve d’une très belle technique et de qualités d’écoute indéniables.

Je ne suis pas un monstre; bien sûr que j’ai été bouleversée par les témoignages de ces femmes. En cela l’équipe de MediaStorm a atteint son but.

Mais les procédés utilisés dans le montage et la manière de présenter le sujet sont pour moi une trahison du métier de journaliste.

Ce qui m’a écorché les oreilles tout de suite, c’est la musique. Tout le reportage est accompagné d’une mélodie en mineur au piano avec violons synthétisés. La musique remplit ici un rôle évident de dramatisation et de mise en scène. La musique a-t-elle a lien avec les histoires qui nous sont racontées? Non. C’est une musique composée tout exprès pour le public américain, destinée à amplifier les émotions ressenties, comme pour dire: vous avez bien compris que c’était triste, hein? C’est le même mécanisme que celui des rires pré-enregistrés dans le sitcoms.

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De l’avenir du grand reportage et des organisations caritatives

Trêve de pâtisseries et de ratons-laveurs.

Ca fait quelques jours que ça ne veut pas sortir de ma tête, ce que j’ai vu et entendu ce soir-là. Je tente de mettre le doigt sur ce qui m’a mis tellement en colère.

C’était avant-hier, à l’école de journalisme de UNC :  rencontre avec Brian Storm, directeur de la société de production MediaStorm, spécialisée dans le journalisme multimédia et les documentaires.

Dans un secteur médiatique en crise, MediaStorm s’en sort très, très bien. « On gagne des tonnes d’argent, » a répété Brian Storm. MediaStorm est présent sur tous les réseaux sociaux et sur toutes les plate-formes médiatiques – journaux, sites internet, I-phone, iTunes, télévision numérique, DVDs, édition.

J’aimerais vraiment bien que vous regardiez cette vidéo — pas besoin de la regarder en entier, cinq minutes suffisent pour comprendre :

http://www.mediastorm.org/0024.htm

Il s’agit d’un reportage sur les enfants nés de viols commis lors de la guerre au Rwanda, en 1991, sur leurs mères, et sur leurs relations.

Avant-hier, les élèves et les professeurs de l’école de journalisme de UNC ont écouté Brian Storm avec une extrême attention. Le silence dans la salle était quasi-religieux.

Pour eux, pour mes profs, vous avez devant vos yeux « l’avenir du journalisme ».

Je voudrais vraiment avoir votre avis :

Qu’en pensez-vous? D’un point de vue journalistique, moral, esthétique?

Est ce que cela vous donne envie de donner de l’argent? Est-ce que vous auriez envie de voir plus de reportages comme celui-ci à la télévision?

(Pendant ce temps là, je prépare mes arguments. Ca me prend plus de temps de prévu, parce que plus j’écris, plus ça s’embrouille.)

Superbowl

Chips à gauche, bol de sauce à droite, les fesses bien calées dans le canapé, bière ouvertes sur la table: hier avec mes copains c’était soirée Superbowl (championnat de football américain), comme pour 100 millions de personnes dans le pays. Plus d’un tiers de la population américaine a suivi la finale de la coupe de football américain  hier!

Bon alors je comprends toujours rien à leur jeu (il y a une histoire de ballon et de lignes). Tout le plaisir vient de regarder les joueurs trottiner dans leur combinaison improbables, leurs fessiers avantageusement serrées dans des pantalons moulants dorés  assortis à leurs épaulettes. Donc pendant trois plombes  ils courent et ils se rentrent dedans, l’arbitre dit quelque chose, il y a des chiffres, les gens crient et pleurent et c’est fabuleux.

photo: Matt Soclum pour AP photo

Cette année, ce sont les Saints de la Nouvelle Orléans qui ont gagné. Gros plan sur le quaterback (le capitaine de l’équipe) qui pleurait de joie avec son petit garçon dans les bras. Ils ont tous bien remercié Dieu et dit que c’était leur destin, pis tout le monde a trouvé que c’était drôlement émouvant, cinq ans après l’ouragan Katrina tout ça.

Comme le jeu s’arrête toutes les trois minutes, c’est nickel pour diffuser des publicités pendant les innombrables pauses.

D’ailleurs le Superbowl est aussi connu pour ça: une compétition de publicités. Diffuser une publicité coûte tellement cher à l’annonceur (plusieurs millions de dollars pour 30 secondes de diffusion) qu’ils ne choisissent que les meilleures (ou les plus sûres, d’où beaucoup de spots avec des stars, des bébés et  des animaux (encore mieux, des bébés animaux!)

Microbe toi-même

Hier en cours d’espagnol le prof expliquait la cérémonie du maté en Argentine.

Le récipient passe de mains en mains et les participants boivent le maté avec une paille.

Gémissement dégoûté d’une fille de ma classe : « Pero es peligroso, porqué [prononcé poolquay] hay muchos, hem… what’s the word in Spanish? micrrrobes? »

Mais oui ma grande. C’est HYPER dangereux l’herbe à maté, avec toutes ces maladies et ces germes qui circulent.

D’ailleurs, les Argentins, ils boiraient bien leur maté dans des gobelets jetables en polyester désinfecté avec pailles en plastique stérile, s’ils le pouvaient. Ils n’attendent que ça.

Je les adore, les Américains, mais quand même parfois je rêve qu’ils meurent tous noyés dans une bassine de désinfectant pour les mains (kills 99,9% of the germs!!)

Qui a peur du grand méchant loup?

… Quand Sarah Frier, la chef de rubrique du Daily Tar Heel, m’avait demandé de trouver les endroits les plus sûrs où vivre hors du campus, j’ai refusé d’écrire l’article. Tout simplement parce que les statistiques sur lesquelles je devais me baser étaient trop imprécises: le classement n’aurait donc eu aucun sens.

Je les adore, mes petits camarades de UNC, mais leur côte parano me court un peu sur le haricot.

L’article a donc été remplacé par une colonne d’opinion (voir ci-dessus).

Remarquez le détail qui tue: l’alarmante carte google couverts de petits plots marquant les incidents répertoriés entre 2009 et 2010. L’image est publiée sans légende ni explication. Elle communique exactement le contraire de ce que j’essayais d’expliquer (en gros, qu’il n’y a pas de quoi s’inquiéter, UNC-Chapel Hill est extrêmement sûr.)

Miss America 2010

Intense expérience culturelle hier: avec mes colocs, on a regardé Miss America 2010 à la télé !

Même principe qu’en France, sauf qu’il est demandé aux candidates de faire un peitt numéro artistique.

La plupart choisissent de chanter ou de danser, d’où un fou rire mémorable avec mes colocs devant les chansons toutes plus mièvres et stéréotypées les unes que les autres: Miss Kentucky avec son tutu ridiculement court et son numéro de ballet, Miss Hawaii et son collier de fleurs local, Miss Virginia et ses trémolos imitation opéra, le tout sur les applaudissements hystériques du public.

Le plus drôle étant quand même la séance de questions « par des vrais Américains de Las Vegas »  où le but est de donner la réponse la plus consensuelle possible: « – Qu’est-ce que vous pensez de l’aide envoyée à Haïti? » « – Je trouve que c’est bien! Je suis fière d’être Américaine et je pense qu’il faut défendre la liberté! Si je suis élue, je respecterai ces valeurs! »

Ce sont souvent des filles du Sud qui gagnent, parce que les concours de beauté sont plus populaires dans le Sud. Certaines y participent depuis qu’elles sont bébés… comme dans le film Little Miss Sunshine.

Les critères de beauté sont les même de part et d’autre de l’Atlantique: cheveux longs, pas un poil de graisse, grandes, jeunes.

Je ne sais pas bien pourquoi on regarde ça. C’est triste à pleurer, toutes ces filles crispées. Elles font vaguement penser à des dindes élevées en batterie, rasées au bec à gaz, serrées dans leurs robes satinées, débarrassées du moindre défaut, bien dressées. Alors, pourquoi?

L’heureuse élue gagne un an de bourse pour étudier dans l’université de son choix et l’obligation de faire le tour de toutes les organisations de charity business possibles et imaginables, pour des enfants malades, la plupart du temps (c’est bien, ça ne choque personne).

The United States of America ™

La décision a beaucoup choqué ici.

Jeudi, la Cour Suprême des Etats-Unis a cassé les limites imposées aux entreprises privées en matière de financement électoral.

Celles-ci peuvent désormais financer directement les campagnes de communication des candidats, sans aucune limite dans les sommes qu’elles y consacreront.

Même Obama désapprouve l’arrêt des juges.

Il a qualifié leur décision de « grande victoire pour l’industrie pétrolière, pour Wall Street, les compagnies privées d’assurance maladie et tous les puissants groupes d’intérêts qui s’organisent tous les jours à Washington pour noyer les voix du peuple américain. »

Qu’est-ce qui est passé par la tête des juges? Ils sont gâteux? Vendus au grand capital? Non, ils sont sûrement plus soucieux de théorie juridique abstraite que de politique, même si ça n’excuse rien.

Les juges se sont attachés à l’interprétation du premier amendement de la Constitution (liberté d’expression), plutôt qu’aux conséquences pratiques de leur décision sur la démocratie américaine.

Cinq des neufs juges sont favorables à la décision.

Ils ont considéré que les entreprises devraient aussi être protégés par le 1er amendement.

« Les candidats devraient se mettre porter des combinaisons avec les logos de leurs sponsors imprimés dessus, comme celles des champions automobiles!. Comme ça on pourrait voter pour le candidat sponsorisé par notre entreprise préférée!, » a ironisé un lecteur du New York Times.

J’ai pas l’impression qu’on en ait beaucoup parlé en France, si?

Je n’ai pu trouver qu’un article d’Eric Chalmet dans la Tribune et une dépêche AFP publiée dans le Figaro. Rien dans le Monde…

Parano à Candy-Land 2 : La carte des délinquants sexuels

Frank Thomas vit à quelques rues de chez moi. Il a une cicatrice sur la joue droite. Il est blanc. Il mesure 1m86 et pèse 82 kilos.

En 1973, il a été condamné à 29 ans de prison pour viol.*

Je ne l’ai jamais rencontré Frank Thomas. Ni lui, ni aucun des 17 délinquants sexuels qui habitent près de chez moi, d’ailleurs.

Il m’a suffit qu’une simple visite sur le site internet du registre régional des délinquants sexuels pour obtenir toutes ces informations.

A partir de n’importe quelle adresse, on peut obtenir une carte localisant le domicile des délinquants sexuels du voisinage.

Chaque point sur la carte relie à un profil détaillé des anciens délinquants sexuels avec photographie, âge, taille, poids, race, pointure, cicatrices, tatouages, crime, date du crime, adresses depuis la mise en liberté…

Il existe aussi un registre national des délinquants sexuels.

Ces fichiers existent depuis 1996.

Choquant? Terrifiant? Violation des libertés? Je suis bien d’accord.

Mes amis américains, eux, n’y voient aucun problème. Ils m’ont dit que cela les rassurait.

Je ne comprends pas bien l’utilité d’un tel fichier, encore moins celui de la carte: entraîner les enfants à reconnaître les anciens délinquants sexuels du voisinage?

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* j’ai changé les noms et les informations

Parano à Candy-Land

UNC vient d’annoncer la mise en place d’un nouveau dispositif de sécurité.

Au début ça m’a fait rire: quand même, ces américains, ils sont pas croyables, avec leur fantasme du risque zéro.

Et puis ça m’a mise en colère.

UNC-Chapel Hill est l’une des meilleures universités du monde. Dans quelques années, ses étudiants vont être au pouvoir du pays  le plus puissant de la planète.

Et ils sont là, à flipper comme des malades de se faire attaquer ou agresser par les quelques malheureux clodos qui habitent ici.

Ils ont des caméras de surveillance partout sur le campus. Une police spéciale qui patrouille jour et nuit.

Sans oublier ces fabuleux poteaux d’appels d’urgence plantés le long des chemins : en cas de problème ou d’accident, il suffit de courir jusqu’au poteau le plus proche et d’appuyer sur le bouton pour que des secours soient envoyés immédiatement.

Le système « RaveGuardian » permet à la police de suivre l’itinéraire des étudiants qui le demandent grâce à leur téléphone portable, pour rappliquer en cas d’anomalie.

Mais ça ne leur suffit pas: les étudiants de UNC ne se sentent pas en sécurité.

C’est pourquoi UNC vient de créer SafeWalk : a partir d’aujourd’hui, tout étudiant peut demander à être raccompagné le soir jusqu’à sa résidence par deux « SafeWalkers », spécialement entraînés par la police et payés par l’université.

C’est vraiment jeter de l’argent par les fenêtres, et une nouvelle preuve de la déconnection totale des étudiants avec le monde extérieur.

UNC et Chapel Hill sont bien plus sûrs que n’importe quelle ville moyenne aux Etats-Unis.

Les statistiques le prouvent : en trois ans, zéro meurtre et zéro viol. Seulement huit vols et 25 « sexual offenses » (on ne sait pas bien ce que ça veut dire d’ailleurs: injures? propositions sexuelles?), dont 16 à l’intérieur des résidences même, pour une population de 30 000 étudiants. Soit un risque de 0, 02% de subir une « sexual offense » sur le campus.

Bien sûr, peu de gens ont osé critiquer le programme. La sécurité, c’est sacré.

J’avais déjà vu le paradoxe dans la banlieue de ma colocataire Corban. Sa famille vivait dans l’un des quartiers les plus sûrs de Charlotte. Ils étaient obsédés par leurs alarmes, leurs grilles et leurs portes blindées verrouillées à double tour.

Un autre symptôme de la paranoïa ambiante: pendant les élections municipales, l’un des candidats proposait très sérieusement d’interdire la mendicité à Chapel Hill et de déplacer le refuge pour sans-abri hors de la ville, afin d’améliorer les conditions de sécurité.

Le meilleur des mondes en noir et blanc

Hier, c’était le MLK Day — l’anniversaire de Martin Luther King Jr, férié aux Etats-Unis.

J’ai donc assisté pour le Daily Tar Heel aux célébrations organisées à Chapel Hill par le NAACP (National Association for the Advancement of Colored People).

Le plus intéressant, après le petit meeting propret et la marche de circonstance, c’était la cérémonie, qui s’est déroulée à l’église.

Curieux mélange politique+religion, d’un point de vue européen. En même temps, ce n’est pas franchement nouveau: MLK était pasteur, et de toute façon il n’existe pas d’autre endroit dans une ville typique américaine pour faire un meeting que dans une église.

Pas de place de la mairie, pas d’avenues à bloquer, pas d’espace public à proprement parler.

Bon, heureusement, c’était bien moins chiant qu’une messe catholique. D’abord, les gens rient beaucoup. Ils applaudissent, se lèvent spontanément, agitent les bras, disent « Yes sir », « oooh well », « amen » pendant les discours. Il y a de la musique et des vidéos et des blagues.

Du coup les deux heures et demi sont passées assez vite.

Les « Amen » alternent avec les « Fire it up! Ready to Go! », les sermons des révérends avec les interventions politiques.

Je n’ai pas regretté d’avoir enduré trois heures de discours assez convenus, type MLK était un grand homme, tous ensemble, noirs blancs et jaunes, aimons-nous les uns les autres, paix justice et égalité. Le plus intéressant est venu à la fin, lorsque deux activistes du NAACP ont commencé à parler de comment le pays était en voie de re-segregation.

Ainsi, les quartiers noirs traditionnels de Chapel Hill disparaissent peu à peu sous la pression immobilières des riches blancs qui viennent s’installer ici. Cela joue sur la composition des écoles publiques, qui mélangent de moins en moins les noirs et les blancs.

Le mécanisme est simple: il joue sur la classe sociale, mais revient de fait à une reségrégation raciale (puisque la majorité de la population pauvre ici est noire).

Ils étaient pas très contents, au Daily Tar Heel, quand je leur ai apporté mon article, qui traite essentiellement de cette resegregation. Ils ont trouvé que c’était trop « biaised » (partisan). Ce qui me met toujours en colère… Comme si la rédaction du DTH n’était pas complètement biaisée, de nature. Il n’y a qu’à voir la salle de rédaction, en grande majorité des enfants des classes moyennes et supérieures blanches. Ca ne les empêche pas de croire qu’ils savent ce qui est objectif et ce qui ne l’est pas, ce qui est digne d’être rapporté et ce qui doit être passé sous silence. L’objectivité est souvent un prétexte bien pratique pour taire ce qui dérange.

Mais bref, l’article est là, et il était en première page du DTH ce matin, yeah! :

http://www.dailytarheel.com/content/mlk-rally-discusses-racial-equality-goals

CrackFrenchie

Alright.

Ca suffit maintenant.

(dit-elle en mordant dans un double-stuffed-chocolate-oreo, la main sur le verre de lait.)

Il est vital, pour mon nouveau jean slim et ma santé mentale, QUE LES OREOS DISPARAISSENT DE LA SURFACE DE LA PLANETE!

Méfiez-vous, ils ont l’air tous petits petits et innocents, posés comme ça sur le coin de la table…

Ils sont partout, dans tous les magasins, dans les petits étalages du métro, à la bibliothèque.

Et d’un coup, sans trop savoir comment, BAM! Vous êtes cuits.

Toi aussi tu peux être un soldat!

Tout à l’heure au cinéma on s’est pris ça dans la face :

Ca vaut le coup d’être vu, juste pour dire encore « Ah ben ils sont quand même pas possible ces ‘Ricains! »

Il s’agit d’un clip de recrutement pour la Garde National Américaine.

Du sang, des larmes, de l’action, des flingues et des héros, le tout sur une symphonie grandiloquente. On dirait une bande-annonce pour un blockbuster hollywoodien.

PS : On a été voir Sherlock Holmes, à cause de Guy Ritchie, parce qu’on avait adoré Arnaques, Crime et Botaniques. N’y allez pas, c’est MAUVAIS MAUVAIS MAUVAIS, bouh bouh, shame on you Guy Ritchie.

C’est pour ça que t’es grosse

Yummy !

« This why you’re fat » est un blog qui répertorie les nourritures américaines les ignobles. Elles impliquent généralement du bacon, de la farine, du ketchup, du beurre de cacahuètes, des sirops de maïs ultra-sucrés, du beurre, de l’huile, ou tout ça à la fois.

C’est là :

http://thisiswhyyourefat.com/

Enjoy, guys :)

Doggy style

Au fast-food new yorkais Shake Shack, un double cheeseburger, c’est 6 dollars 75.
Vous pouvez aussi acheter une gâterie pour votre chien : crème anglaise, beurre de cacahuète et biscuit.

A Central Park les chiens se promènent en doudoune colorée. Parfois l’humain au bout de la laisse a un manteau assorti.

Dans le métro new-yorkais habitent des femmes et des hommes abîmés. Ils demandent un dollar ou deux, traînent leurs pieds gonflés dans leurs chaussures trouées. Ils disent « God bless you and your family » et passent d’un wagon à l’autre répéter leur histoire. Nous faisons semblant de ne pas les voir.

God supermarket

Athées et agnostiques de tout poil, au pays où tout se mesure et tout se chiffre, il existe un outil pour que VOUS trouviez votre religion.

En 20 questions du site belief.net, l’ordinateur va vous dire quelle est la religion la plus proche de vos convictions :

blriblriililili

Hier, dans le bus pour Brooklyn, une grosse dame noire m’a demandé d’où venait mon manteau à poil longs. Du coup on a discuté un moment. Elle m’a dit qu’elle était pentecôtiste.

Dans la série folklore, les pentecôtistes « parlent en langue » (« speak in tongue ») : ça veut dire que le saint esprit parle à travers leur bouche quand ils entrent en transe. Ca ressemble à ça. Rigolo, hein?

Eleanor Ridgby (All the lonely people)

Café clope  très tôt dans la rue, sous la neige qui tombe lentement, comme si le grand barbu effilochait des nuages du bout des doigts.

Il est huit heures du matin, Timothée et Rachel viennent de partir pour l’aéroport. Je voudrais écrire quelque part.

Dehors un homme me parle.

Il est huit heures du matin, l’homme vient juste de rentrer de la pharmacie où il travaille, un peu plus haut sur Broadway. Il est fatigué mais ne veut pas dormir. Il vient d’Afrique du Sud. Un grand sourire gentil, mais ses yeux ne se posent nulle part. Il envie de ne plus être tout seul.

Il fait froid, tu veux aller à Mac Do pour écrire?

D’accord. C’est pas de la drague, c’est pas lourd, une tranche de solitude soupoudrée de désespoir, un bout d’histoire à écouter, et puis j’ai le temps, alors…

Eric est tout seul, comme des millions de gens dans ces villes immenses. A New York comme à Paris, des millions de visages se frottent et se croisent, mais ne se touchent jamais vraiment.

Tracer sa route à coups de coude dans la foule le long des avenues, dans les couloirs du métro, tous ces humains autour de toi, sans que tu n’en connaisses aucun, sans personne à attendre.

Le soir ou le matin une fois fini leur travail, les gens rentrent tous seuls dans leurs appartements vides. Ils ont peut-être échangé quelques phrases pratiques en achetant leur café au Starbucks – un café sans caféine avec du sucre s’il-vous-plaît, il fait froid, bonne journée et merci, croisé le regard par hasard de milliers d’autres inconnus, tripoté leur téléphone portable sans avoir vraiment personne de l’autre côté. Tous seuls.

Eric vit depuis deux ans à New York. Il travaille. Soixante-dix heures par semaine. Quoi d’autre? Il rentre mort de fatigue chez lui, gagne de l’argent qu’il ne dépense pas et dont sa famille n’a pas besoin. Il regarde Ben et Jerry à la télé. Parfois il lit les petites annonces de CraigsList, mais n’écrit pas. Il aime bien les gens à son travail. Ce ne sont pas des amis.

Eric a dormi un petit moment sur la table du Mac Do, et puis il est rentré chez lui.

Damages

Un cabinet d’avocats à New York, des intrigues embrouillées, un suspens insoutenable.

C’est la dernière drogue d’HBO : la série Damages. Ils sont vraiment trop forts ces scénaristes d’Hollywood.

On a passé la nuit à regarder la saison 2 avec Clément, et on regrette pas nos yeux explosés.

Des hommes bleus plein les yeux

A 1h20 du matin tout à l’heure, Clément, Rachel, Timothée et moi on faisait la queue dans un cinéma de Broadway pour aller voir Avatar, le dernier film de James Cameron, en 3D ET en I-max.

On en a pris plein la vue

La 3D est d’une précision extraordinaire. James Cameron et son équipe ont créé un bestiaire fabuleux — dragons, insectes, lianes fluorescentes, arbres géants, paysages fantastiques à couper le souffle (grandement inspirés du jeu World of Warcraft selon Timothée)

La technique et la créativité déployée suffisent à faire oublier l’histoire et les dialogues simplistes. En résumé : En 2154, les humains tentent de coloniser la planète Pandora, peuplés de Na’vi, des humanoïdes géants bleus-amis-de-la-forêt. Les humains détruisent la planète Pandora pour s’approprier les fantastiques réserves de *****, qui vaut des milliards de dollars.Mais la planète est sauvé in extremis par un autre humain, qui prend le parti des gentils Na’vi.

Bref, le dernier James Cameron, qu’il a mis 12 ans à réaliser, vaut vraiment le déplacement.

Bon, c’est vrai, plus américain que ce film, c’est pas possible.

Premièrement, de part la taille du projet, les moyens mobilisés (c’est le film le plus cher de toute l’histoire du cinéma) et l’orgie d’effets spéciaux.

Mais aussi dans le schéma narratif: conflit-combat-happy end-les gentils triomphent.

Et enfin, dans les angoisses et les mythes typiquement américains que le film utilise, à la fois anciens: Pocahontas, la culpabilité d’avoir massacré les Indiens, et contemporains: l’angoisse du réchauffement climatique et la guerre en Irak…

Mais bon, allez le voir, c’est absolument fantastique.

A part ça, le poulet aux pruneaux de Noël embaume tout l’appartement. Premier Noël sans les parents.

We all wish you a Merry Christmas.

Aveugle aux couleurs

Dans mon bouquin de « Newswriting », où l’on apprend à « communiquer efficacement des informations aux masses », le douzième chapitre est consacré aux techniques et mots appropriés pour parler des « minorités ».

Un manuel de politiquement correct, en somme.

Ca ne me dérange pas de me conformer au politiquement correct – oui, je trouve ça mieux de dire « un Africain-Américain » plutôt que « un nègre ». Les mots sont importants.

L’un des conseils donnés dans le bouquin, c’est d’aller tester son niveau de racisme/anti-sémitisme/masochisme/autres types de préjugés sur Internet. Une équipe de l’université d’Harvard a développé des tests intéressants, c’est là :

https://implicit.harvard.edu/implicit/demo/selectatest.html

Les tests sont aussi disponibles en français, ici :

https://implicit.harvard.edu/implicit/france/

Le lundi, c’est crucifix

Depuis que je suis arrivée je me dis qu’avant de repartir il FAUT que je me fasse un church-trip.

Je crois que je vais commencer avec la Faith Tabernacle Oasis of Love International Church, ils ont l’air marrant.

Rien qu’à Chapel Hill – 54 904 habitants- il existe plus de cinquante lieux de culte chrétiens, qui font de la pub dans le journal et organisent des special events plusieurs fois par semaines : « Venez Dimanche à la White Rock Holy Church ! Petit déjeuner GRATUIT! »

Promis, dès que j’aurais le temps et le courage d’écouter les luthériens, les épiscopaliens, les méthodistes, les adventistes, les catholiques anglicans, les wesleyans et autres annonciateurs suprêmes de la bonne nouvelle universelle et de la croix sanctifiée, je vous raconte.

En attendant, pour vous autres mécréants qui vous rendez quotidiennement coupable de fornication, de blasphème voire pire, de SODOMIE*, battez votre coulpe et repentez vous, Amen.

Gagnez des points pour le paradis en jouant à la Wii, grâce au nouveau jeu « Mass We Pray » :

* selon le classement du Pit’s Preacher qui harangue les étudiants sur la place centrale du campus tous les jours entre 12h et 18h (pancake à venir)

American humor

The Onion TV fait des parodies de talk-shows télévisés à hurler de rire.

Celui-là est excellent, ça m’a tellement rappellé Sciences Po et ses experts à la noix qui n’y connaissent rien:

In The Know: Situation In Nigeria Seems Pretty Complex

Les détails sont là

Les suburbs sont un cauchemar de routes et de maisons trop propres.
On devine l’accumulation de choses à l’intérieur, les meubles de designer, la cuisinière Agra nickel, la télé écran plat, l’épaisseur des tapis crème, des triples rideaux, des doubles vitrages. Les signes des hobbies des propriétaires – football, cuisine, macramé, art, c’est pareil. Le tout est protégé par des systèmes de sécurité hi-tech, des alarmes voire des caméras de surveillance. Et puis les verrous, les serrures, les grilles en fer forgé, les portes blindées et les barrières en piquet blancs… et les montagnes d’anti-dépresseurs qui doivent y être gobés tous les jours.

Tout cela sur des kilomètres et des kilomètres, à l’identique de la côte Est à la côte Ouest. Objectif : American Dream. Une maison individuelle, un papa une maman des enfants un chien ET les voitures. Blanc, tout ce petit monde ; merci.

On y étouffe. Ces suburbs puent l’ennui et l’abondance.

Et les kids en crèvent d’ennui. Ils ne peuvent sortir des suburbs sans leurs parents – c’est à dire sans voiture. On ne peut pas sortir des surburbs, impossible de marcher ou de prendre son vélo. Où iraient-ils de toute façon? Il y a le choix entre l’église ou le mall (centre commercial.) Il paraît que les kids prennent beaucoup de drogues, dans les suburbs ; c’est pas l’argent qui manque, apparemment.

Et puis ils font comme Marrin, 18 ans, la petite soeur de ma coloc Corban: ils restent à la maison, devant leur ordinateur, sur facebook ou ils matent MTV, et ils s’emmerdent. Enervée de la voir taper frénétiquement des sms sur son portable toute la journée, j’ai demandé à Marrin : « Mais pourquoi tu vas pas les voir en vrai, tes copines, au lieu de leur envoyer des messages?! ». Et puis j’ai compris.

Je passe sur le gaspillage énergétique qu’un tel développement urbain implique, les heures de conduite tous les jours – absurde, absurde…

Au bout d’une demi-journée j’en pouvais plus. Je me sens souvent chez moi très vite. Ce Biiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiip retentissant dans toute la maison à chaque fois que j’avais le malheur d’aller faire un tour dehors (pour m’en griller une, mais pas seulement) me rendait dingue.

Et moi, un endroit dont on ne peut partir à pied, ça me fait trop flipper.
Voilà pour la tranche de cauchemar américain.

American suburbs

Corban, une des cinq colocs de la maison verte, m’a invitée à passer Thanksgiving chez elle, plus au sud, à Charlotte. Charlotte, nous apprend Wikipédia, est la ville la plus peuplée de Caroline du Nord et le deuxième centre bancaire du pays.

Welcome to American suburbs.

La suburb où vit Corban est posée au milieu de nulle part au bord de la route nationale. Au milieu des grosses maisons serpentent des « rues »  de goudron clair où personne ne marche. Les maisons sont entourées de pelouses parfaitement entretenues et de clôtures. Devant chaque maison, la traditionnelle boîte aux lettre américaine,  et au minimum, deux voitures, des SUV à la carosserie impeccable.

Au paradis de la white picket fence, il n’y a personne dehors, aucun enfant ne joue sur les balançoires et les toboggans, qui ne semblent être là que pour décorer.

Ce matin j’ai provoqué un incident diplomatique en allant faire mon jogging. En revenant, impossible de rentrer : la grille était fermée, toutes les portes verrouillées. J’ai donc été sonner chez les voisins pour demander de l’aide, qui après m’avoir fait répéter mon histoire et décliner mon identité complète 3 fois, ont appelé les parents.

Colère de la mère de Corban. A cette occasion, j’ai appris que :

1 – On ne parle pas aux voisins

2 – On ne va pas courir sur la route

3 – TOUTES LES PORTES DOIVENT TOUJOURS ETRE FERMEES A CLEF, malgré les hautes barrières en fer forgées qui entourent le terrain, la grille, et les systèmes d’alerte – on entend « BIP » dans toute la maison à chaque fois que quelqu’un ouvre une porte. C’est un endroit DANGEREUX (j’ai pas encore osé demander de précisions sur la nature des dangers qui nous guettent)

Grippe cochonne.

Juste au cas où vous sauriez pas comment on fait pour se laver les mains.

A part ça :

– en prenant un rendez-vous électronique avec la responsable des échanges universaires, un message d’alerte s’affiche « Attention ! Aucun étudiant souffrant de la grippe H1-N1 ne sera autorisé à se rendre au Fedex Global Education Center »

– nombre de distributeurs de désinfectants par mètres de mur : 2

– deux fois par semaines, mail officiel de l’université faisant de la pub pour leurs campagnes de vaccination gratuite.

Sinon, c’est vraiment génial pour rester au lit lire des bouquins au lieu d’aller à l’école « Dear Professor X, I feel sick today, I have fever and I’m afraid that may be the swine flu… I don’t want to contaminate anyone, so I think it’ll be wiser to stay home today. What do you think? Sincerely,  » Réponse : « Sure ! Take care! Professor X »

I wanna do bad things with you

Texto de Clément cette nuit, en route pour Boston :

« Fun. Je viens de passer devant un immense panneau marqué

« We sell guns. No ID required. » « 


= « Nous vendons des armes. Pas besoin de carte d’identité »

Noter que phonétiquement, la phrase sonne aussi comme:

« We sell guns. No idea required. »

Pas d’idée requise ? = Vous pouvez avoir le QI d’une huître, on s’en tape? Ou alors « pas besoin de savoir exactement qui vous allez butez pour acheter votre arme » ?

Tout ça m’excite, à rajouter à la liste des « TO DO BEFORE LEAVING AMERICA » : acheter une arme sans carte d’identité, tirer dans le désert en conduisant une voiture rouge le long d’une route droite, les Doors très fort, et des faux ongles de 15cm peints de quatre couleurs différentes+paillettes incrustées. Penser à aller à l’église le lendemain.

Kid Cuisine

Dimanche matin, baby-sitting.

Midi. Walt, 3 ans, a faim.

Sarah, sa mère, homemaker (= »femme au foyer », mais sans la connotation négative): « Ne t’inquiète pas mon amour, Maman te prépare à manger. »

4 minutes au micro-ondes, et voilà un repas « sain, équilibré et que votre enfant aimera! » (dixit la pub).

Kid Cuisine

Des frites, du maïs, une saucisse enrobée de chapelure frite dans l’huile.

Et une crème au chocolat avec des smarties et des marshmallows,  pour seulement $3.29!

Mmmmh…

moi (/mode : politesse américaine) : « Oh, super ! Qu’est-ce que c’est pratique! »

Sarah : « Oui, c’est génial, j’en ai plein dans le congélateur! »

Sarah, à Walt : « Mange ton corn-dog, mon chéri ! Bon, d’accord, mets ta crème au chocolat dessus, si tu veux… Allez, Walt, encore un effort, encore trois frites, et tu auras un bonbon! »

moi : « Mais euh… il mange des légumes, parfois? »

Sarah : « Bien sûr! Walt adore le ketchup! »

Femme de soldat

Student's store

Le Student’s Store, grand magasin au centre du campus, propose toutes sortes de magazines.

Entre Paris Match et Elle, on trouve même le Monde Diplomatique (!!!) – mais là, je pense qu’ils ont confondu avec Le Monde tout court

Mon préféré, c’est celui-là :

Military Spouse

Military Spouse, mensuel dédié aux femmes de soldats.

En couverture ce mois-ci : « Pas de sexe, pas de pilule? » et des conseils pour se remettre en forme avant le retour du mari.

Ma première réaction a été d’exploser de rire.

Mais finalement, l’existence d’un tel magazine est assez logique :

L’armée des Etats-Unis d’Amérique compte 1 million et demi de  soldats en poste.

Profil du soldat américain moyen : homme blanc, 22 ans, marié avec deux enfants.

Une nuit en prison pour une bataille de petits pois à la cantine

25 élèves, âgés de 11 à 15 ans,ont été arrêtés et mis en prison à Chicago.

Fusillade? Vol en bande organisée? Racket ?

Non.

Bataille de petits pois à la cantine.

Jeudi dernier, à la cantine de la Calumet Middle School, un gamin jette une pomme sur la tête de son voisin. Les autres enchaînent avec des cookies, des oranges. En quelques minutes, c’est bataille générale de nourriture, une scène banale dans tous les cantines du monde.

Se sentant débordé, un policier du campus demande du renfort.

Deux douzaines d’élèves sont menottés, embarqués, leurs empreintes digitales et leurs photos prises.

Les 25 élèves ont été libérés dans la nuit, visiblement choqués.

Ils devront se présenter au tribunal avant la fin du mois, où ils écoperont probablement d’heures de service général.

Is that America?

http://www.nytimes.com/2009/11/11/us/11foodfight.html

Shake it up, SHAKE IT UP !

carolina fitness

Alleluia, je suis retournée à la gym tout à l’heure – Gutts, Butts & Thighs (Cuisses-Abdos-Fessiers)

Premier étage du Student Recreation Center, cinq heures du soir.

Quarante filles de toutes les couleurs, plus ou moins bombesques, en short.

Odeur de chien mouillé, parapluies éparpillés – trois jours qu’il pleut.

Musique : The Destiny’s Child – Single Ladies. Volume sonore : 100 décibels.

Apparaît Monica, la Fitness Instructor, en débardeur rose fluo :

« – HIIIIII everyone ! I am SO excited! This work-out is gonna be A BLAST ! COME ON, girls ! LET’S GO ! Shake-that-BUTT! »

[musique : «poum-poum-poum, oh oh oh, oh oh oh, oh oh oh, poum-poum-poum »]

Fitness Instructor : «We’re all girls, we’re all have, hem… chest parts ! Shake them, shake it up, SHAKE IT UP! »

Toutes les filles à quatre pattes lèvent la cuisse droite en rythme.

Fitness Instructor : « This is YOUR work-out, GIRLS, you wanna look GOOD on Saturday night! Challenge yourselves ! »

[…]

Fitness Instructor : «Yeaaaah, that’s good ! HOW ARE THESE BUTTS FEELING ? »

(Odeur : sueur. Musique : toujours Beyoncé)

Fitness Instructor : «And-four-three-two-and-one ! That-is-AWESOME ! How are you doin’, GIRLS

Fitness Instructor : « COME ON GIRLS, I can’t hear you : HOW ARE YOU DOING TODAY? »

Toutes les filles : «GREAAAAAT ! WOOO-HOOO !»

Fitness Instructor : « You are AMAZIIIIIING, girls ! »

Les filles : «YEAAAAAAAAH !»

Ah bah ça m’avait manqué, tu vois.

« No Shave November » – L’invasion des yétis

Ce matin dans le Daily Tar Heel, le portrait de l’un des participants du « No Shave November » (« on ne se rase pas en novembre »).

Pendant tout le mois de novembre, Mike Amato, étudiant en deuxième année, a promis de ne pas se raser la barbe .

Cela fait deux ans qu’il participe à l’évènement, ainsi qu’au « Febru-hairy » et « Mustache March » (Février chevelu et la Moustache de Mars (?))

« Participer à un tel évènement demande beaucoup de courage, une bonne technique, et certainement beaucoup de testostérone ! », a témoigné Mike Amato.

Le Daily Tar Heel publiera une chronique hebdomadaire sur les progrès de la barbe de Mike.

J’ai hâte.

L’article est là : No Shave November Begins

Médor aux platines

Aujourd’hui, le Daily Tar Heel m’a envoyé écrire un article sur la foire aux vinyles et aux CDs qui avait lieu à Carrboro.

Top 5 des trucs étranges :

1 – Les meilleurs battements de coeurs de chiens (!!!) en vinyle

2 – 100 ans de Porsche (90 minutes de bruits de moteurs)

3 – Boîte de chocolats de Noël « Elvis Presley » dédicacée

4 -« Les bombardements atomiques : un guide de survie » en vinyle

5 – Un vinyle de Kiss en forme de guitare à pics (?)

L’article est là : Marché aux vinyles

Why the fuck do you have a kid?!

« Mais bordel, pourquoi vous avez des gosses?! »

why the fuck

Idée de jeu stupide à faire en cours n°2 : pareil qu’avec « People from Walmart », en plus drôle.

Ou en plus horrible, à voir.

http://whythefuckdoyouhaveakid.com/

Halloween

Hier soir, c’était Halloween. Je croyais que j’allais faire comme on nous l’apprend dans les manuels d’anglais au lycée : me promener en sorcière avec un panier de maison en maison en demandant des bonbons – « Trick or treeeeeeeeeat ! » Encore une preuve qu’à l’école on nous raconte vraiment n’importe quoi.

En vrai, hier, c’était juste une orgie géante.

A 22h, sur Franklin Street, la Princesse Peach ivre morte tombe dans les bras de Yoshi, qui court après Peter Pan. Elle pleure parce qu’elle a perdu ses ballons. Pendant ce temps là, quatre zombies, un acteur porno 70’s (avec vraie moustache), deux citrouilles, un M&M’s bleu exécutent sans un faux pas la chorégraphie de Thriller de Michael Jackson.

Ca sent la citrouille explosée et la bière, et un peu la pisse, aussi.

50 000 personnes déguisées sur Franklin Street, plus ou moins alcolisées, plus ou moins à poil. Fort heureusement, comme l’a dit ironiquement ma coloc Alex: « THANK GOD, it’s warm tonight so the sluts won’t be cold! » (y’a un gros mot dedans je traduis pas)

Oui, parce que beaucoup de filles se déguisent en bunny girl Playboy ou équivalent, minijupes/cuissardes/dentelle/oreilles de lapin. Elles sont très appétissantes jusqu’à 22h environ, c’est à dire jusqu’au moment où elles commençent à vomir partout et à se rouler par terre.

Quand à moi, j’avais juste envie d’être peinte en verte. C’était ignoble, la peinture s’effaçait, j’avais une robe et des chaussures vertes – je ressemblais à un monstre des marais. Je prétendais que j’étais déguisée en « French Frog » ou en « Color Green », mais on m’a demandé si j’étais Shrek ou le Géant Vert ou Hulk ou Gollum. Bref, je ressemblais à rien mais on a bien rigolé avec Christian et Dylan, de soirée en soirée, beaucoup trop bu.

Et j’ai quand même mangé plein de bonbons.

Désinfectant

Cet après-midi, j’étais sensée agoniser au lit avec 39 de fièvre, mais les filles allaient « to the Mall », je pouvais quand même pas manquer cette expérience culturelle.

Un rêve de consommation, au bord de l’autoroute, au milieu de nulle part, tout propret.

Ils ont reproduit des rues pavées avec des magasins, sans tous ces trucs sales et non-rentables qui peuvent empêcher les consommateurs de consommer et les vendeurs de vendre : dehors les pigeons, les passants, et surtout pas de clodos.

Une ville désinfectée, paradis de la consommation safe, et t’as intérêt à avoir les mains propres et du cash.

Les gens sans émotions

Hier je suis au cinéma voir le dernier Star Trek.

Bruits de chewing gums et de pop-corn. Il y a un cinéma dans le campus, qui passe deux films différents chaque week-end, gratuits pour tous les étudiants.

Je n’avais jamais vu un Star Trek de ma vie – pas compris la moitié des blagues et des références.

Mais j’ai beaucoup aimé les Vulcanos, cette race humanoïde supérieure parce qu’incapable d’émotions.

Les Vulcanos, fantasme civilisationnel américain?

Je sais pas, je les vois tellement flipper, mes potes américains, et se prendre la tête avec leurs amours et leurs crushs et leurs leurs manuels de self-help et toutes ces règles implicites à respecter dans leurs relations amoureuse et ce concept de dating intraduisible – j’en reparlerai plus tard.

Vivez sans émotions, c’est de la perte de temps, ça va bouffer votre productivité, désorganiser votre vie. Pire, vous risquez perdre de l’argent. La vie c’est le travail. Si vraiment vous tenez à vos émotions, planifiez les dans votre google calendar.

People of Walmart

Idée de  jeu stupide en cours:

Connectez- vous sur le blog « People of Walmart* »

http://www.peopleofwalmart.com/

Le premier qui rigole a perdu. On a tenu 10 min avant d’exploser de rire.

people from walmart

*Walmart = équivalent de Carrefour.

En même temps, symbole de la beaufitude américaine (rednecks)

La guerre des pièces montées

Cake alchemy

Mais qu’est-ce que c’est que cette chose?!

Une reproduction de la Casa Batlló de  Gaudi en gâteau de mariage.

Riez, riez – ça a l’air très sérieux, les gâteaux de mariage, ici.

Les familles peuvent dépenser plusieurs milliers de dollars pour un « beau » gâteau.

Je suis tombée sur Wedding TV («Mariage  TV ») en allumant la télévision tout à l’heure.

Oui, parce qu’il existe une chaîne de télévision entièrement consacrée au mariage.

Oui, c’est dingue.

Wedding TV, comme son nom l’indique, ne passe que des émissions sur le mariage, la famille, le bonheur d’être mère, les robes de mariées, etc.

J’ai donc passé ma soirée à regarder, horrifiée et fascinée, des émissions entièrement consacrées aux gâteaux de mariage.

Dans « Amazing Wedding Cake », Wedding TV suit quatre grandes boulangeries américaines dans leur fabrication de commandes de gâteaux de mariage insolites. Ce soir là, c’était donc : gâteau à cinq étages dégoulinant de roses en pâte d’amande, table de mixage grandeur nature avec gâteaux au chocolat qui tournent pour faire les vinyles, le pompon étant quand même cette improbable reproduction de la Casa Batlló.

Mise en appétit, j’ai enchaîné sur « Wedding Cake Wars ». Encore plus jouissif.

Là, les candidats ont trois jours pour préparer le plus beau gâteau de mariage possible, en suivant un thème – «Location », en l’occurence. Ensuite, ils sont tous réunis dans un gymnase où ils doivent fabriquer leur gâteau en quelques heures.

Le gagnant de la soirée était l’équipe « Africa » pour son gâteau orange surimprimé de silhouettes de girafes et de guerriers Masaï, qui a dépassé de peu l’équipe « Grèce » – église bleue et blanche entièrement comestible.

Plus kitsch, tu meurs.

http://www.wetv.com/wedding-cake-wars/video

Again : is that America?

Est-ce que c’est typiquement américain, cette tendance au kitsch, au démesuré, à l’extrême sérieux dans les activités les plus triviales?

Pouvez-vous imaginer une chose pareille en France?

Storytelling

Les gens adorent écouter des histoires vraies. Il existe des recueils de storytelling, des émissions de télé et de radio de storytelling, certaines très écoutées, comme « American life », ou « The Story ».

Des histoires de quoi? De tout. Des histoires de famille, des histoires de bureau, des histoires d’amour, des histoires de déménagement, de chômage ou de voyages… Des inconnus racontent leurs vies, et ça passionne tout le monde.

Je peux pas imaginer une chose pareille en France. J’ai l’impression qu’on trouverait ça insupportablement égocentrique, superficiel ou anecdotique.

Vous imaginez allumer France Inter à 13h, et écouter quelqu’un raconter comment il a rencontré la femme de sa vie, ou à quel point les pancakes aux myrtilles que faisait sa maman le matin étaient délicieux? Ben voilà, c’est le genre de trucs qu’on peut entendre ici en écoutant NPR news (National Public Radio). J’adore.

De même, je peux pas imaginer qu’une radio comme France Culture existe ici. Pas parce qu’il n’y a pas de culture américaine, loin de là, mais parce que j’ai l’impression qu’étaler son savoir livresque à grand renfort de jargon universitaire et de mots précieux sur une radio publique serait ici jugé incroyablement méprisant, vain et prétentieux.

Bunny Tar Heel

Stephanie Christine pose pour Playboy

En premiere page du DTH aujourd’hui, Stephanie Christine,etudiante en droit, est la 17e etudiante de UNC a poser pour Playboy (numero de mars prochain)

Au paradis des hamsters extatiques

Je vais courir tous les jours sur les tapis roulants à la gym, comme un hamster en cage, en regardant CNN, une bouteille d’eau vitaminée rose fluo à portée de main, le casque de mon i-pod vissé sur la tête. Et j’aime.

Je vais faire mes courses à 3h du matin, puisqu’ils ont remplacé les vendeurs par des machines. Leurs supermarchés sont des paradis sucrés, ouverts jour et nuit, toute l’année, air climatisé, musique douceâtre, lumières tamisées, kilomètres de barres chocolatées.

Je souris à longueur de journée, à m’en décrocher la mâchoire. Parfois j’ai des courbatures dans les joues. Et comme tout le monde, je dis : « oh my god, that was sooo much fun ».

Je suis vaguement l’actualité française grâce aux chroniques de Didier Porte sur France Inter.

Je rigole, jaune.

Hortefeux, le fils Sarko, Besson, le casting de l’usine, les discours du nain.

C’est l’horreur. Je comprends pourquoi les potes que j’attrape sur les chats gmail/Facebook sont complètement déprimés.

Bon courage, les amis…

 

Reagan Revolution

Les membres de la Freedom Alliance ont planté des centaines de petits drapeaux sur les pelouses au milieu du campus.

Ils les vendent 1 dollar au profit de la Freedom Alliance, qui donne des bourses aux enfants des soldats américains tués ou blessés en mission.

En deux minutes tu comprends qu’ils sont républicains, vite confirmé par leurs tracts : « Remember that it’s the soldiers who gave you the right to demonstrate » (« Rappelez vous que ce sont les soldats qui vous ont donné le droit de manifester »)

Pour toute réponse à ma question « C’est quoi exactement le lien avec le 11 septembre?», ce charmant jeune homme m’a répondu « Well, our soldiers fight evil around the world » (« Nos soldats combattent le mal partout dans le monde . »)

Reagan RevolutionOk. Je l’ai félicité pour son t-shirt – un portrait de Reagan en Che Guevera.

Sorority girls

Du fric, un réseau, du pouvoir.

En bref, les sororities sont des groupes d’étudiantES (pour les garçons ça s’appelle des fraternities), élément essentiel et mythique de la sociabilité américaine sur les campus.

En échange de quelques milliers de dollars par semestre (ça dépend des sororities), les heureuses élues peuvent, si elles ont de la chance, habiter dans une grande maison sur East Franklin Street avec cuisinier/jardinier/parking, bénéficier du réseau social de la sorority ( pour trouver un job/une maison/un mari…) et se faire des amies (qu’elles appellent « sisters ».) Elles y appartiennent à vie.

Bon, mieux vaut être blanche et riche, et si votre mère/grand-mère/tante fait partie de la sorority, c’est mieux. Si vous êtes noire, allez dans une sorority de noirs, et si t’es pauvre, ben c’est con, t’avais qu’à être riche.


Le grand événement du début de l’année, c’est la
rush week, c’est à dire le processus de sélection des nouvelles sorority girls. It’s a very big deal.

 

Pendant une dizaine de jours, les étudiantes en première ou deuxième année qui veulent intégrer une sorority participent à toutes sortes d’évènements organisés dans les maisons – goûters, dîners, jeux de société, bals et soirées diverses (sans alcool et sans garçons). Elles font leur liste de voeux, et si elles ont de la chance (et des sous, et les bons contacts), elles pourront intégrer la sorority de leurs rêves.

Toute la semaine le Daily Tar Heel, journal du campus, a donc publié des conseils vestimentaires (le mardi c’est mieux si vous êtes casual (tennis ou sandales + short ou jupe pas trop courte + t-shirt), le vendredi ils conseillaient robes+talons.)

Photos prises lors du dernier soir de la rush week.

Ici, un groupe d’aspirantes sorority girls attendent d’être appelées pour commencer le tour des maisons :

Et là, elles attendent de rentrer dans l’une des maisons. C’est très sérieux, il y a une cérémonie, un compte à rebours.

Juste avant qu’elles rentrent, j’ai cru que certaines des wannabee allaient s’évanouir, j’en ai entendu dire « This is the most important day of my life », et la rue résonnait de « Oh my god oh my god » aïgus. Marrant.

 

 

 

Super Target

Aujourd’hui, les filles m’ont emmenée à Super Target.

 

Le Super Target est un hyper-hyper-hyper-marché.

Un hangar et des kilomètres de rayonnages, à perte de vue, une accumulation de marchandises inconcevable. Tout ce dont vous pourriez avoir besoin un jour est quelque part dans ce Target, même le plus absurde, comme cette fabuleuse lunette de toilettes qui fait de la lumière et chante joyeux anniversaire quand vous vous asseyez dessus.

 

C’est juste trop.

 

Combien de temps ça mettrait de traverser à la nage le lac de yaourts que l’on pourrait faire en renversant tous les pots de yaourts exposés dans les rayons? Combien de fois on pourrait envelopper la tour Eiffel avec tous les t-shirts stockés dans ce seul magasin ? Bleurk.

 

J’ai quand même nourri mon caddie oversized de choses parfaitement inutiles mais qui m’ont remplie de contentement pour les trois prochains jours – des feutres multicolores, une guirlande lumineuse, des stickers roses, deux bougies géantes, et des bonbons d’Halloween.

Space Lego

Avoir de la place… de l’espace… tout le temps. Ne plus jamais faire la queue. Ne plus toucher personne, sauf intentionnellement – pas de métro, pas de rues bondées, pas de rues du tout en fait.

A Washington, le meilleur ami de « Tonton » Yebbie, Frédéric, celui qui joue de l’harmonica, avait dit : « En France les gens n’ont pas de place. Ils vivent les uns sur les autres. Ils doivent se battre à coups d’ego pour exister. Ici il n’y en a pas besoin, on a de l’espace… » Peut-être que c’est vrai.