Archives de Catégorie: Is that America?

Les gens dans mon bus

Sur le campus, tout le monde a une super voiture. En général les jeunes en reçoivent une en cadeau quand ils ont leur bac ou quand ils rentrent à l’université. Sur les parkings, elles s’étendent à perte de vue, les BMW, les Audi, Ford et même quelques Porsche.

On dirait des suppositoires géants. Bien lisses, automatiques, pas une rayure, le tout payé à crédit.

Comme tout le monde a une super voiture, si t’en as une moche (genre mon copain Christian qui roule en Ford Festiva 1991 rouge tomate), ça veut dire que t’es vraiment un looser.

Mais bon, tu peux avoir pire: être obligé de prendre le bus. Là ça te classe direct dans l’underclass, catégorie méga-méga-looser. D’ailleurs tu as peu de chances d’être blanc, tu es soit mexicain soit noir américain. Tu ne gagnes pas grand chose en bossant à UNC, au self-service ou au service de ménage. Les étudiantes ont peur de toi quand elles marchent seules dans la rue vers 20h : « Alors oui alors là j’ai vu un Mexicain derrière moi et il me suivait tu vois il avait une béquille mais il allait m’attaquer donc je suis restée à côté de la voiture de la police… »

Et comme tu n’as jamais pu te payer une visite chez le médecin parce que ça coûte un oeil, avec un peu de bol tu as en plus choppé un handicap ou une maladie grave (typiquement, un truc bénin qui a dégénéré parce qu’il n’a pas été soigné)

Mais ce qui est bien, c’est que quand tu as un peu de thunes à UNC,  tu ne prends jamais jamais  le bus, alors tu ne verras jamais tout ça.

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Les petits soldats de plomb

Samedi j’ai passé la matinée à la reconstitution historique de la guerre Révolutionnaire, en costumes et chapeaux à plumes, avec odeur de poudre, accent anglais et feux de camp. Article publié ce matin dans le Daily Tar Heel

http://www.dailytarheel.com/content/hillsborough-re-enactment-depicts-revolutionary-war

L’avenir du grand reportage est dans le charity business

Avant-hier, je vous demandais votre avis sur « Intended Consequences », un reportage multimédia sur les enfants nés de viols commis pendant la guerre du Rwanda. « Intended Consequences » a été largement salué et récompensé par des prix prestigieux (NPPA’s Best of Photojournalism, Pictures of the Year international…)

Brian Storm, le patron de la société qui produit ces reportages, a affirmé que nous avions devant nos yeux « l’avenir du journalisme ».

Plus j’y pense, et plus leur travail m’énerve : dans le fond, dans la forme, dans ce qu’il révèle de la société américaine.

Je hais ces vidéos. Je hais cette  conception du journalisme. Je hais les procédés utilisés.

Je ne parle pas ici de la télé-poubelle, des magazines people, de MTV, de Fox News et tout ça. Mais de cette tendance «du grand journalisme » à l’américaine, basé uniquement sur du storytelling. C’est ce qu’apprennent les élèves de la School of Journalism at UNC-Chapel Hill, censée être la « meilleur école de journalisme du monde ».

Bien sûr, la réalisation, le montage et les photographies sont d’une grande qualité. Jonathan Torgovnik a fait preuve d’une très belle technique et de qualités d’écoute indéniables.

Je ne suis pas un monstre; bien sûr que j’ai été bouleversée par les témoignages de ces femmes. En cela l’équipe de MediaStorm a atteint son but.

Mais les procédés utilisés dans le montage et la manière de présenter le sujet sont pour moi une trahison du métier de journaliste.

Ce qui m’a écorché les oreilles tout de suite, c’est la musique. Tout le reportage est accompagné d’une mélodie en mineur au piano avec violons synthétisés. La musique remplit ici un rôle évident de dramatisation et de mise en scène. La musique a-t-elle a lien avec les histoires qui nous sont racontées? Non. C’est une musique composée tout exprès pour le public américain, destinée à amplifier les émotions ressenties, comme pour dire: vous avez bien compris que c’était triste, hein? C’est le même mécanisme que celui des rires pré-enregistrés dans le sitcoms.

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De l’avenir du grand reportage et des organisations caritatives

Trêve de pâtisseries et de ratons-laveurs.

Ca fait quelques jours que ça ne veut pas sortir de ma tête, ce que j’ai vu et entendu ce soir-là. Je tente de mettre le doigt sur ce qui m’a mis tellement en colère.

C’était avant-hier, à l’école de journalisme de UNC :  rencontre avec Brian Storm, directeur de la société de production MediaStorm, spécialisée dans le journalisme multimédia et les documentaires.

Dans un secteur médiatique en crise, MediaStorm s’en sort très, très bien. « On gagne des tonnes d’argent, » a répété Brian Storm. MediaStorm est présent sur tous les réseaux sociaux et sur toutes les plate-formes médiatiques – journaux, sites internet, I-phone, iTunes, télévision numérique, DVDs, édition.

J’aimerais vraiment bien que vous regardiez cette vidéo — pas besoin de la regarder en entier, cinq minutes suffisent pour comprendre :

http://www.mediastorm.org/0024.htm

Il s’agit d’un reportage sur les enfants nés de viols commis lors de la guerre au Rwanda, en 1991, sur leurs mères, et sur leurs relations.

Avant-hier, les élèves et les professeurs de l’école de journalisme de UNC ont écouté Brian Storm avec une extrême attention. Le silence dans la salle était quasi-religieux.

Pour eux, pour mes profs, vous avez devant vos yeux « l’avenir du journalisme ».

Je voudrais vraiment avoir votre avis :

Qu’en pensez-vous? D’un point de vue journalistique, moral, esthétique?

Est ce que cela vous donne envie de donner de l’argent? Est-ce que vous auriez envie de voir plus de reportages comme celui-ci à la télévision?

(Pendant ce temps là, je prépare mes arguments. Ca me prend plus de temps de prévu, parce que plus j’écris, plus ça s’embrouille.)

Superbowl

Chips à gauche, bol de sauce à droite, les fesses bien calées dans le canapé, bière ouvertes sur la table: hier avec mes copains c’était soirée Superbowl (championnat de football américain), comme pour 100 millions de personnes dans le pays. Plus d’un tiers de la population américaine a suivi la finale de la coupe de football américain  hier!

Bon alors je comprends toujours rien à leur jeu (il y a une histoire de ballon et de lignes). Tout le plaisir vient de regarder les joueurs trottiner dans leur combinaison improbables, leurs fessiers avantageusement serrées dans des pantalons moulants dorés  assortis à leurs épaulettes. Donc pendant trois plombes  ils courent et ils se rentrent dedans, l’arbitre dit quelque chose, il y a des chiffres, les gens crient et pleurent et c’est fabuleux.

photo: Matt Soclum pour AP photo

Cette année, ce sont les Saints de la Nouvelle Orléans qui ont gagné. Gros plan sur le quaterback (le capitaine de l’équipe) qui pleurait de joie avec son petit garçon dans les bras. Ils ont tous bien remercié Dieu et dit que c’était leur destin, pis tout le monde a trouvé que c’était drôlement émouvant, cinq ans après l’ouragan Katrina tout ça.

Comme le jeu s’arrête toutes les trois minutes, c’est nickel pour diffuser des publicités pendant les innombrables pauses.

D’ailleurs le Superbowl est aussi connu pour ça: une compétition de publicités. Diffuser une publicité coûte tellement cher à l’annonceur (plusieurs millions de dollars pour 30 secondes de diffusion) qu’ils ne choisissent que les meilleures (ou les plus sûres, d’où beaucoup de spots avec des stars, des bébés et  des animaux (encore mieux, des bébés animaux!)

Microbe toi-même

Hier en cours d’espagnol le prof expliquait la cérémonie du maté en Argentine.

Le récipient passe de mains en mains et les participants boivent le maté avec une paille.

Gémissement dégoûté d’une fille de ma classe : « Pero es peligroso, porqué [prononcé poolquay] hay muchos, hem… what’s the word in Spanish? micrrrobes? »

Mais oui ma grande. C’est HYPER dangereux l’herbe à maté, avec toutes ces maladies et ces germes qui circulent.

D’ailleurs, les Argentins, ils boiraient bien leur maté dans des gobelets jetables en polyester désinfecté avec pailles en plastique stérile, s’ils le pouvaient. Ils n’attendent que ça.

Je les adore, les Américains, mais quand même parfois je rêve qu’ils meurent tous noyés dans une bassine de désinfectant pour les mains (kills 99,9% of the germs!!)

Qui a peur du grand méchant loup?

… Quand Sarah Frier, la chef de rubrique du Daily Tar Heel, m’avait demandé de trouver les endroits les plus sûrs où vivre hors du campus, j’ai refusé d’écrire l’article. Tout simplement parce que les statistiques sur lesquelles je devais me baser étaient trop imprécises: le classement n’aurait donc eu aucun sens.

Je les adore, mes petits camarades de UNC, mais leur côte parano me court un peu sur le haricot.

L’article a donc été remplacé par une colonne d’opinion (voir ci-dessus).

Remarquez le détail qui tue: l’alarmante carte google couverts de petits plots marquant les incidents répertoriés entre 2009 et 2010. L’image est publiée sans légende ni explication. Elle communique exactement le contraire de ce que j’essayais d’expliquer (en gros, qu’il n’y a pas de quoi s’inquiéter, UNC-Chapel Hill est extrêmement sûr.)