Archives de Tag: Etats-Unis

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L’autre jour, je suis tombée sur le bouquin de Jean Baudrillard, « L’Amérique ». Les photos sont chouettes et le texte renferme de vraies perles.

Rien de révolutionnaire dans ce texte sur cette étonnante culture américaine du sourire, mais j’aime beaucoup comment il la décrit :

« Le sourire que chacun t’adresse en passant; crispation sympathique des maxillaires sous l’effet de la chaleur humaine. C’est l’éternel sourire de la communication, celui par lequel l’enfant s’éveille à la présence des autres, ou par lequel il s’interroge désespéréément sur la présence des autres, l’équivalent du cri primal de l’homme seul au monde. Quoi qu’il en soit, on vous sourit ici, et ce n’est ni par courtoisie ni par séduction. Ce sourire ne signifie que la nécessité de sourire. C’est un peu comme celui du chat de Chester [NDLR: celui du chat dans Alice au Pays des Merveilles] : il flotte encore sur les visages après que tout affect a disparu.

Sourire à tout instant disponible, mais qui se garde bien d’exister et de se trahir. Il est sans arrière-pensée, mais il vous tient à distance. Il participe de la cryogénisation des affects, c’est d’ailleurs celui qu’affichera la mort dans son funeral home, ne perdant pas l’espoir de garder le contact, même dans l’autre monde.

Sourire immunitaire, sourire publicitaire : « Ce pays est bon, je suis bon, nous sommes les meilleurs. »

Sourire auto-prophétique, comme tous les signes publicitaires: souriez, on vous sourira. Souriez pour montrer votre transparence, votre candeur. Souriez si vous n’avez rien à dire, ne cachez surtout pas que vous n’avez rien à dire, ou que les autres vous sont indifférents. Laissez transparaître spontanément ce vide, cette indifférence, illuminez votre visage du degré zéro de la joie et du plaisir, souriez, souriez…

A défaut d’identité, les Américains ont une dentition merveilleuse. »

The United States of America ™

La décision a beaucoup choqué ici.

Jeudi, la Cour Suprême des Etats-Unis a cassé les limites imposées aux entreprises privées en matière de financement électoral.

Celles-ci peuvent désormais financer directement les campagnes de communication des candidats, sans aucune limite dans les sommes qu’elles y consacreront.

Même Obama désapprouve l’arrêt des juges.

Il a qualifié leur décision de « grande victoire pour l’industrie pétrolière, pour Wall Street, les compagnies privées d’assurance maladie et tous les puissants groupes d’intérêts qui s’organisent tous les jours à Washington pour noyer les voix du peuple américain. »

Qu’est-ce qui est passé par la tête des juges? Ils sont gâteux? Vendus au grand capital? Non, ils sont sûrement plus soucieux de théorie juridique abstraite que de politique, même si ça n’excuse rien.

Les juges se sont attachés à l’interprétation du premier amendement de la Constitution (liberté d’expression), plutôt qu’aux conséquences pratiques de leur décision sur la démocratie américaine.

Cinq des neufs juges sont favorables à la décision.

Ils ont considéré que les entreprises devraient aussi être protégés par le 1er amendement.

« Les candidats devraient se mettre porter des combinaisons avec les logos de leurs sponsors imprimés dessus, comme celles des champions automobiles!. Comme ça on pourrait voter pour le candidat sponsorisé par notre entreprise préférée!, » a ironisé un lecteur du New York Times.

J’ai pas l’impression qu’on en ait beaucoup parlé en France, si?

Je n’ai pu trouver qu’un article d’Eric Chalmet dans la Tribune et une dépêche AFP publiée dans le Figaro. Rien dans le Monde…

I wanna buy you flowers…

Quand j’ai fait remarqué à mes copains qu’on pouvait pas trouver de fleuristes dans ce pays, ils ont dit : un fleuriste, mais pour quoi faire?

Je leur ai expliqué qu’en France il était assez courant d’offrir des fleurs ou d’en recevoir pour les fêtes, anniversaires, ou juste comme ça, pour faire plaisir.

Ils ont explosé de rire en disant que c’était « tellement français ».

Il est paraît-il ici du plus ridicule et ringard (« cheesy ») d’offrir des fleurs à son copain/copine.

Une nuit en prison pour une bataille de petits pois à la cantine

25 élèves, âgés de 11 à 15 ans,ont été arrêtés et mis en prison à Chicago.

Fusillade? Vol en bande organisée? Racket ?

Non.

Bataille de petits pois à la cantine.

Jeudi dernier, à la cantine de la Calumet Middle School, un gamin jette une pomme sur la tête de son voisin. Les autres enchaînent avec des cookies, des oranges. En quelques minutes, c’est bataille générale de nourriture, une scène banale dans tous les cantines du monde.

Se sentant débordé, un policier du campus demande du renfort.

Deux douzaines d’élèves sont menottés, embarqués, leurs empreintes digitales et leurs photos prises.

Les 25 élèves ont été libérés dans la nuit, visiblement choqués.

Ils devront se présenter au tribunal avant la fin du mois, où ils écoperont probablement d’heures de service général.

Is that America?

http://www.nytimes.com/2009/11/11/us/11foodfight.html