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Du rêve encore

Cette nuit, les dindons rescapés de la grande fête du Merci nous poursuivent avec les os de leurs congénères dévorées en guise de massues.

Des couteaux à la place des becs, ils nous tirent dessus à coup de pommes de terre rôties.

Ce n’est pas du sang qui coule de leurs blessures, mais de la sauce aux airelles. Ils sont des millions, et ils ne s’arrêtent pas de caqueter. Les dindons courent plus vite que nous.

Bon, quatre jours plus tard, le repas n’est toujours pas digéré.
Demandons pardon aux dindons. Voilà la photo :

Et si vous ne connaissez pas l’histoire, elle est là. Je me tais et je laisse Fabienne Sintès raconter (c’est la correspondante d’Inter aux Etats-Unis, blog):

« Tous les ans la veille de Thanksgiving, le président des Etats-Unis, pardonne une Dinde. […] Tous les présidents Américains ont toujours reçu une dinde offerte par un fermier. Il semblerait que George Bush Père soir le premier à avoir décidé d’en épargner une. La gracier, très exactement, du verbe « to pardon », mais je persiste à trouver la traduction en « pardon de la dinde » nettement plus drôle; même si j’imagine que c’est plutôt le président qui devrait demander pardon à cette pauvre Dinde. Quand on sait comment le volatile termine sa vie, on se dit qu’il aurait peut-être préféré passer 6 heures au four accommodé à la purée de patate. La dinde épargnée doit en effet se cogner le défilé de New York avant de finir à Disney Land.

Quoi qu’il en soit, le chef du monde ne peut pas échapper à cette tradition. Vous noterez au passage que la Dinde doit être baptisée. Celle-ci s’appelle « Courage » (il en faut !) ; vous remarquerez aussi qu’une seconde dinde est épargnée au cas où la première désignée aurait un empêchement de dernière minute.

Mardi, le président des Etats-Unis va donner le discours le plus important de sa première année de mandat. Il annoncera sa stratégie pour l’Afghanistan et probablement demandera l’envoi de 30 000 soldats supplémentaires. En attendant aujourd’hui il a donné son premier discours à une dinde.

Dur métier.

Happy Thanksgiving.

Have a nice day. »

The Golden Gate

Vikram Seth - The Golden GateVikram Seth – The Golden Gate – roman en vers.

Découvert grâce au cours de littérature sur le changement social . Un roman en vers?

Au début, j’ai dit beurk beurk, ça va être chiant comme la mort. En vrai : c’est génial.

D’abord parce que l’histoire est chouette, typiquement californienne, avec des bébés, des mariages, des yuppies, des cafés à point d’heure. C’est pas pompeux, lyrique ou chiant du tout.

Et puis surtout parce que l’auteur, Vikram Seth, est fou.

Il a repris le même principe que Pushkin en 1833 avec son roman Eugène Onegin: The Golden Gate est composé de 690 strophes en vers iambiques tétramétriques – ababccddeffegg –

Hein?

Comme ça, regardez :

« 1. The word’s discussed while friends are eating.  p.3

2. A cache of billets-doux arrive. p.24

3. A concert generates a meeting. p. 53

4. A house is warmed. Sheep come alive. p. 72

5. Olives are plucked in prime condition. p.100

6. A cat reacts to competition. p.123

7. Arrests occur. A speech is made. p.148

8. Coffee is drunk, and Scrabble played. p.173

9. A quarrel is initiated. p.192

10. Vines rest in early winter light. p.123

11. The Winking Owl fills up by night. p.234

12. An old affair is renovated. p.262

13. Friends meditate on friends who’ve gone.

The months go by; the world goes on. p.281  »

 

– c’est la table des matières.

Oui, il a même écrit la table des matières en vers iambiques tétramétriques!

Et les remerciements, et les dédicaces, aussi.

Et la table des matières non seulement respecte la structure des verbes iambiques tétramétriques, mais raconte toute l’histoire du roman. C’est fou, non?

Publié en 1986 aux Etats-Unis, publié cette année en France.

Je serai curieuse de voir comment ça a été traduit en français.

« Les cloques de peinture sur les murs ont parfois la couleur des sons que tu bois… » — Téléphone, New York avec toi

Je suis arrivée hier soir à New York.

Qu’est ce que je peux dire qui ne soit pas bêtement cliché? Je reste sans mots.

C’est magique, magique, magique…

Dans l’avion, juste avant d’atterrir, j’ai vu les gratte-ciels de Manhattan se faire dorer dans la lumière du crépuscule, la ville entière plonger dans les eaux oranges de l’Hudson river. Putain, qu’est ce que c’était beau. Je suis folle amoureuse.

Un jour, c’est promis, je vais habiter ici, au milieu du bruit, des gens pressés et des escaliers en fer qui dégringolent le long des façades en brique.