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Quarante-cinq millions de dindes tuées cette semaine

… dont deux finissent d’être broyées dans les 22 estomacs des personnes présentes au dîner tout à l’heure.

Je devais normalement passer les vacances de Thanksgiving chez Corban, mais ça a vite tourné au cauchemar — détails à venir.

J’ai donc appelé mon copain Christian pour qu’il vienne me sauver. Sa Ford festiva toute pourrie a soudainement pris des allures de vaisseau spatial, bravant vaillamment les lourdes grilles en fer forgé de la propriété des Davis.

Du coup, à la place, j’ai fêté mon premier Thanksgiving dans la famille de Christian- huits frères et soeurs, parents, grands-parents, oncles, tantes, rejetons divers, neveux nièces bébés et inconnus de passage, 22 personnes en tout.

Il est 2h30 du matin, je peux pas dormir tellement j’ai mangé. Gavage en continu de 16h de l’après-midi à 22h tout à l’heure, comme Noël en France, sauf que, ne l’oublions pas, everything is bigger in America, alors on mange plus et plus longtemps.

Sauce aux airelles, purée de pommes de terre, marrons et raisincs secs, patates douces, sans oublier les deux dindes et les multiples gâteaux et tourtes et tartes à la citrouille, à la pomme, aux noix de pécan, au miel, à tout ce qui est gras et sucré et bon, le tout arrosé d’une triple couche de crème Chantilly. Et des chocolats au cas où vous auriez encore un petit creux. Et trois grosses douzaines de bouteilles de vin/whisky/bière pour faire passer le tout.

Avant de manger tout ça, la famille de Christian a dit les grâces. Bon, après tout pourquoi pas. Tout le monde en cercle s’est tenu les mains (oui oui, y compris moi et mon irrepressible envie d’exploser de rire/de me barrer en courant) et fermé les yeux pendant que l’oncle remerciait Dieu pour Ses Bienfaits divers et variés (l’amour, les cuisiniers, la vie, les gens, et les dindes, donc.)

A propos de grâces et de dinde, la dernière campagne de la PETA (association de protection des animaux) a été interdite de télévision – sans blague.

‘Grace’: PETA’s Thanksgiving ad

Introduction à la civilisation française – Les élevages de grenouilles

(tout à l’heure, pause clope sous le drapeau américain)

Victory, il n’y a rien qui te manque, de France?

moi : – ben… (regard gêné)… mes grenouilles.

WHAT? Is that true? Vous mangez vraiment des grenouilles?

– Evidemment! Vous pensiez que c’était une légende, ou quoi? Vous savez, les clichés sont souvent vrais : le camembert, les bérets, les t-shirts rayés et les cigarettes, la Tour Eiffel, this is for real. Elever des grenouilles, c’est quelque chose de très populaire, dans mon pays.

[regards perplexes voire dubitatifs –  « She’s kidding/This is an hoax » (canular)]

– Vous ne me croyez pas? La viande est extrêmement chère en France, à cause des syndicats agricoles qui maintiennent les revenus des paysans à des niveaux ahurissants. Il reste beaucoup de communistes, dans mon pays.

– C’est vrai, votre économie est très contrôlée par l’Etat…

– Exactement. Par exemple, imaginez vous qu’à Paris, un hamburger coûte le quadruple de son prix américain, sans même prendre en compte le taux de change. C’est à cause du bifteck. La viande de boeuf y est très chère, à peu près comme le caviar, ici.

– Wouah.

– Tenez, un autre exemple : en France, MacDonald, c’est quasiment un restaurant haut-de-gamme. Je suis de la classe moyenne, et avec ma famille, nous y allons une fois par an, à Noël. Et si j’ai de la chance, pour mon anniversaire. Pour les grandes occasions, nous achetons parfois un peu de blanc de poulet. Alors vous imaginez comme je suis heureuse de vivre ici!

Le reste du temps, nous mangeons les grenouilles que nous élevons.

– Ok… c’est marrant qu’on en ait jamais entendu parler. Mais tu ne vivais pas en appartement, à Paris?

– Si, mais justement, c’est ça qui est génial, avec les grenouilles. On peut les élever partout. Elles sont très résistantes, ne tombent jamais malade, ont besoin de très peu pour vivre. Et puis c’est tellement bon!

( répriment leurs expressions dégoûtées)

– Dans n’importe quel supermarché français, on trouve des kits d’élevage de grenouilles. Pour environ 5 dollars, vous pouvez avoir une sorte de mini-piscine réfrigérée avec des plantes et des nénuphars nains, et un petit sac de tétards vivants.

Really?

– C’est une tradition qui remonte à la première guerre mondiale. Les gens mouraient de faim, particulièrement dans les villes. Ils ont fouillé les égoûts, mangé les rats, les chiens, les chats, les pigeons ; puis quelques uns ont eu l’idée d’essayer les grenouilles. Pour s’épargner de longs et coûteux trajets à la campagne, certains ont commencé à les élever dans les cours des immeubles, ou dans leurs cuisines. La famille de mes grands-parents le faisait depuis longtemps déjà, à la campagne.

– …

– Franchement, vous devriez essayer. Les grenouilles sont une source de protéines abondante, économique et très peu calorique. C’est pour ça que les françaises sont si minces.

Vous avez quand même entendu parler des escargots ? Mais ça, c’est plus dans le sud de la France…

[to be continued]

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Salad bowl

Il suffit de quelques stations de métro.

Montez dans le train pour Brooklyn, descendez à Greenpoint.
Boum, vous êtes en plein quartier polonais.

Il y a des boulangeries, des églises, des supermarchés polonais, des vendeurs de mots-croisés en polonais. Des vieux et des vieilles polonais-e-s descendent la rue et conversent tranquillement dans cette langue inconnue…

Quelques blocks plus loin, tout change.
Le temps de traverser le parc et on débarque à Williamsburg, au paradis des hippies, des bobos cools et des babas branchouille*.

* d’ailleurs c’est la grosse blague, l’été dernier a été filmé à Williamsburg les « Hipsters olympics« , pour médailler le champion en coolitude. C’est là :