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L’avenir du grand reportage est dans le charity business

Avant-hier, je vous demandais votre avis sur « Intended Consequences », un reportage multimédia sur les enfants nés de viols commis pendant la guerre du Rwanda. « Intended Consequences » a été largement salué et récompensé par des prix prestigieux (NPPA’s Best of Photojournalism, Pictures of the Year international…)

Brian Storm, le patron de la société qui produit ces reportages, a affirmé que nous avions devant nos yeux « l’avenir du journalisme ».

Plus j’y pense, et plus leur travail m’énerve : dans le fond, dans la forme, dans ce qu’il révèle de la société américaine.

Je hais ces vidéos. Je hais cette  conception du journalisme. Je hais les procédés utilisés.

Je ne parle pas ici de la télé-poubelle, des magazines people, de MTV, de Fox News et tout ça. Mais de cette tendance «du grand journalisme » à l’américaine, basé uniquement sur du storytelling. C’est ce qu’apprennent les élèves de la School of Journalism at UNC-Chapel Hill, censée être la « meilleur école de journalisme du monde ».

Bien sûr, la réalisation, le montage et les photographies sont d’une grande qualité. Jonathan Torgovnik a fait preuve d’une très belle technique et de qualités d’écoute indéniables.

Je ne suis pas un monstre; bien sûr que j’ai été bouleversée par les témoignages de ces femmes. En cela l’équipe de MediaStorm a atteint son but.

Mais les procédés utilisés dans le montage et la manière de présenter le sujet sont pour moi une trahison du métier de journaliste.

Ce qui m’a écorché les oreilles tout de suite, c’est la musique. Tout le reportage est accompagné d’une mélodie en mineur au piano avec violons synthétisés. La musique remplit ici un rôle évident de dramatisation et de mise en scène. La musique a-t-elle a lien avec les histoires qui nous sont racontées? Non. C’est une musique composée tout exprès pour le public américain, destinée à amplifier les émotions ressenties, comme pour dire: vous avez bien compris que c’était triste, hein? C’est le même mécanisme que celui des rires pré-enregistrés dans le sitcoms.

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Hé bébé t’as pas un 06?

Hier, l’exercice dans mon cours de Creative Writing c’était créer un dialogue contenant le plus de clichés possibles, afin que nous décourager à jamais de les utiliser dans nos histoires plus sérieuses.

Voici ce que j’ai fait:

_______ Monday night ____________

« Oh baby. I’m in love with your clear eyes, your small dolly hands and your soft skin that smells like flowers, » he said.

He pushed her against the wall and carried her on the bed. Mary grumbled.

«Your hair is like a wheatfield in the summer breeze…, » he said.

Mary burped.

« And your mouth has the sugary taste of honey candies… »

He lifted her skirt.

« Your father is a thief, he stole the most beautiful stars in the sky
to put them in your eyes »

Mary could not hold it any longer ; she vomited in the vase next to the bed.

______

Explication détaillée (suite à la réaction de ma Maman qui n’a rien compris) :

La réplique « Ton père est un voleur, il a pris les plus belles étoiles du ciel pour les mettre dans tes yeux » est le pire cliché de drague en France. Toute fille l’a déjà entendu des dizaines de fois, en mode robotique — puisque le mec qui le dit a certainement passé la journée à la répéter à toutes les filles qu’il croise (parfois, ça marche, paraît-il)

Bon, sauf qu’ici on ne drague pas dans la rue (de toute façon il n’y a pas de rues), enfin les WASP ils le font pas, à la place ils préfèrent les stratagèmes compliqués, les relations en mode contrat d’assurances, (d’où le succès des how-to books sur les relations amoureuses). Du coup, les filles de ma classe ont trouvé ça GREAT et SO ROMANTIC cette histoire de « ton père est un voleur… ».

French love power, je vous dis.

Supermanix

Cet après-midi dans mon cours de creative writing, il s’est passé un truc bizarre.

Le cours se déroule de la manière suivante : nous devons écrire, pour chaque séance, un petit texte de fiction, histoire de se délier les doigts.

Règle du jeu pour celui d’aujourd’hui: un texte court qui suivait le schéma « Ce que tout le monde sait de X / Ce que moi je sais de X ».

Après que j’ai eu fini de lire le mien, il y a eu un silence vaguement gêné puis tout le monde a éclaté de rire.

Je sais pas trop quoi en penser. J’y avais pas tellement réfléchi en l’écrivant mais ça a dû faire un peu bizarre mon histoire de play-boy qui simule ses orgasmes et qui va cacher ses capotes vides aux toilettes. Peut-être qu’on parle pas de sexe en classe, même quand c’est supposé être un atelier créatif? Peut-être que c’était mon accent?  Le prof, me voyant rougir, a juste dit « don’t be shy, don’t be shy », et il avait son petit sourire en coin indéchiffrable (je vais le prendre en photo vous verrez).

L’histoire est là:

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