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GO TAR HEELS! Go to hell, Dook!

Dammit!

Hier, les Tar Heels, notre équipe de basket adorée, a perdu face aux Blue Devils de Duke University. Enfer et dévastation.

Les fans pleurent, les profs font la gueule, le campus est en état de choc.

Pour bien saisir le traumatisme, il faut savoir que Duke et UNC, bien qu’étant situées à moins de 30 km l’une de l’autre, se vouent une haine intense depuis plusieurs générations.

Ainsi, à UNC, on ne dit pas Duke, on dit « Dook » (argot pour « gros étron puant »). Les étudiants de Duke, on les appelle les « Dookies » (“grosses merdasses”, donc).

Tous les Tar Heels vous le diront:  les Dookies, on les déteste. Ils sont arrogants, super riches, snobs, méprisants, bref, insupportables (et en plus ils ont une bonne équipe de basket)

La rivalité est en faite plus intéressante qu’une banale rivalité sportive. Il y a des tas de choses qui se jouent: la différence de classe sociale (Duke est une université privée, ses étudiants sont tous riches, alors que UNC est publique, 30% des étudiants viennent de familles qui vivent en dessous du seuil de pauvreté) et le conflit nordiste-sudiste (les étudiants de Duke viennent généralement de lycées privés de la Nouvelle Angleterre, alors que 80% des étudiants de UNC sont natifs de la Caroline du Nord). En fait c’est un peu comme entre l’Olympique Lyonnais et l’AS de Saint-Etienne (Clément si tu me lis…) Promis j’en reparlerai dans un prochain billet.

Bon, mais voici ce que je voulais surtout vous raconter :

Pour rajouter de l’enjeu au match, les rédactions des journaux des deux universités se lancent depuis 1990 le défi suivant: après un match Duke-UNC, le titre du journal de l’équipe perdante doit être imprimé aux couleurs de l’université rivale, avec le logo honni bien visible en dernière page  ET le titre suivant en une “Duke (ou UNC)  sont encore et toujours les meilleurs”.

Voilà qui explique pourquoi ce matin nous avons trouvé notre pauvre Daily Tar Heel complètement défiguré par le logo de Duke en dernière page et le titre colorié avec cet horrible bleu Dookie :

Et, encore plus blasphématoire:

Comme si tout cela n’était pas suffisamment humiliant, Andrew Dunn, notre rédacteur en chef, a  dû se rendre dans les bureaux du Chronicle (le quotidien rival) pour y déposer solennellement soixante exemplaires du Daily Tar Heel défiguré en endurant stoïquement les quolibets et les insultes de la rédaction du Chronicle. Aaargh.

Remarque, ça les change, parce que depuis six ans, ce sont les Blue Devils qui perdent, et le journal de Duke qui était obligé de se faire imprimer en Carolina blue, comme l’année dernière :

En arrivant je trouvais ça complètement con, leur histoire de rivalité.

Mais cinq mois au pays des Tar Heels, ça vous change une femme: moi aussi maintenant je les déteste, les Dookies! Go to hell, Dook!

Pour vous rendre compte de la démesure de ces matchs de basket, regardez cette vidéo :

Le meilleur des mondes en noir et blanc

Hier, c’était le MLK Day — l’anniversaire de Martin Luther King Jr, férié aux Etats-Unis.

J’ai donc assisté pour le Daily Tar Heel aux célébrations organisées à Chapel Hill par le NAACP (National Association for the Advancement of Colored People).

Le plus intéressant, après le petit meeting propret et la marche de circonstance, c’était la cérémonie, qui s’est déroulée à l’église.

Curieux mélange politique+religion, d’un point de vue européen. En même temps, ce n’est pas franchement nouveau: MLK était pasteur, et de toute façon il n’existe pas d’autre endroit dans une ville typique américaine pour faire un meeting que dans une église.

Pas de place de la mairie, pas d’avenues à bloquer, pas d’espace public à proprement parler.

Bon, heureusement, c’était bien moins chiant qu’une messe catholique. D’abord, les gens rient beaucoup. Ils applaudissent, se lèvent spontanément, agitent les bras, disent « Yes sir », « oooh well », « amen » pendant les discours. Il y a de la musique et des vidéos et des blagues.

Du coup les deux heures et demi sont passées assez vite.

Les « Amen » alternent avec les « Fire it up! Ready to Go! », les sermons des révérends avec les interventions politiques.

Je n’ai pas regretté d’avoir enduré trois heures de discours assez convenus, type MLK était un grand homme, tous ensemble, noirs blancs et jaunes, aimons-nous les uns les autres, paix justice et égalité. Le plus intéressant est venu à la fin, lorsque deux activistes du NAACP ont commencé à parler de comment le pays était en voie de re-segregation.

Ainsi, les quartiers noirs traditionnels de Chapel Hill disparaissent peu à peu sous la pression immobilières des riches blancs qui viennent s’installer ici. Cela joue sur la composition des écoles publiques, qui mélangent de moins en moins les noirs et les blancs.

Le mécanisme est simple: il joue sur la classe sociale, mais revient de fait à une reségrégation raciale (puisque la majorité de la population pauvre ici est noire).

Ils étaient pas très contents, au Daily Tar Heel, quand je leur ai apporté mon article, qui traite essentiellement de cette resegregation. Ils ont trouvé que c’était trop « biaised » (partisan). Ce qui me met toujours en colère… Comme si la rédaction du DTH n’était pas complètement biaisée, de nature. Il n’y a qu’à voir la salle de rédaction, en grande majorité des enfants des classes moyennes et supérieures blanches. Ca ne les empêche pas de croire qu’ils savent ce qui est objectif et ce qui ne l’est pas, ce qui est digne d’être rapporté et ce qui doit être passé sous silence. L’objectivité est souvent un prétexte bien pratique pour taire ce qui dérange.

Mais bref, l’article est là, et il était en première page du DTH ce matin, yeah! :

http://www.dailytarheel.com/content/mlk-rally-discusses-racial-equality-goals

Sors-moi ta sève qu’on voit ce que tu as dans le ventre

Hier, j’ai écrit mon premier texte  pour le cours de Creative Writing.

L’exercice : un texte de 500 mots maximum, utilisant une métaphore filée : “si je suis ceci, alors tu es cela”

Ecrire de la fiction en anglais est une expérience étrange.

C’est comme si je faisais de la calligraphie les yeux bandés, comme si je jouais du piano avec des boules quiès. Mes sens sont brouillés, je trace mes phrases en aveugle.

Dans ma langue, je commence à entendre ce qui sonne juste, je sens comment les mots peuvent s’acoquiner, se mélanger, se désaccorder.

Ce sont mes crayons de couleur, usés et mâchonnés. Ils ont une profondeur et une histoire. Ils traînent des souvenirs personnels, des images et des voix familières… Ce sont les mots de ma sœur, de mon père, de ma mère, ceux des chansons, de  l’école et des journaux.

Au contraire, l’anglais m’est encore insondable. J’y flotte.  Je ne sens pas comment les mots sonnent ensemble. Mes mots anglais n’ont pas de résonance ou de profondeur  – pas encore, je sais, c’est normal, après tout cela ne fait que cinq mois que je suis ici.

Bref, j’étais passablement mal à l’aise quand j’ai donné mon texte à lire à toute la classe — exactement comment si je devais chanter les oreilles bouchées les yeux fermés pour un public qui lui ne les a pas (les oreilles bouchées).

Nous sommes tous en cercle et nous écoutons le professeur Naumoff lire nos textes. Tout le monde meurt de trouille, les gens font semblant de regarder par la fenêtre ou d’examiner leurs ongles quand c’est à leur tour d’être lus. Il y en a eu de très drôles, des élaborés, des un peu attendus (genre, « mon grand-père est un chêne  immense qui ne tombera jamais, il abrite le petit saule que je suis »), des auxquels je n’ai rien compris (le coup des références télévisuelles des années 90, encore…)

Après chaque lecture, tout le monde doit critiquer. Du mien, les autres ont dit que c’était « nicely written » , une fille a dit qu’elle aimait bien l’image des racines qui dansent dans la terre, et Naumoff a dit “I love it. » — mais je le soupçonne de francophilie excessive – vous auriez vu sa tête et ses yeux brillants quand il a vu mon nom sur la liste le premier jour : “You’re French? I love French people!”

Voilà,ce sera probablement le cours le plus difficile et laborieux de toute ma vie, mais je suis très heureuse d’y être. J’ai hâte d’apprendre, hâte que mes oreilles s’ouvrent à cette langue étrange, et très faim d’écrire.

Le texte d’hier est là :

I am the young apple tree among the other trees, and you – a careless gardener.

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Photojournalisme – suite

Un autre photoreportage de fin de semestre que j’ai beaucoup aimé, celui de Ryan Greene.

Jess Kaplan, 22, greets Moka, one of 13 tigers at Carolina Tiger Rescue in Pittsboro, N.C. Kaplan and two other keepers handle most of the care for the tigers and other wild cats, most of which were abandoned or were rescued from private organizations that went out of business.

Kaplan prepares buckets of deer meat, beef ribs and whole chickens to feed the animals. Surviving on donations, the non-profit Carolina Tiger Rescue’s facilities, like this outdoor freezer and prep shed, are far from glamorous.

Kaplan and another keeper, Lenore Braford, butcher a deer that will eventually feed several tigers. During deer season, hunters donate extra kills, and each tiger will get legs or a torso. « It’s a nice change from chicken, » Kaplan says. « It’s a real treat for them. »

Rajah enjoys the fruits of Kaplan’s labor as he eats his deer torso. He has been at it for hours, biting off bits of meat or licking off whole strips of the pelt with his tongue. « You ever feel a house cat’s tongue, how coarse it is, » Kaplan asks. « Imagine that, but a hundred times coarser. »

Having made her rounds, Kaplan prepares to head back to the office. After she checked in on several of the facility’s different wild cats, which include cervals, ocelots and binturongs, Rajah was Kaplan’s last stop.

Bibliothèque

2h20 du matin ici, je reviens juste de la Davis Flash Rave.

A minuit, tous les étudiants se rassemblent dans la plus grande bibliothèque du campus pour dix minutes de danse sauvage, histoire de se détendre avant les examens.

Techno à fond, tous écrasés les uns contre les autres, tout le monde saute partout, c’est rigolo.

La vidéo a été faite par le Daily Tar Heel pour la Davis rave du semestre dernier, mais c’était exactement pareil tout à l’heure.

des bisous