Archives mensuelles : février 2010

Aveda drama

Hier j’étais chez Aveda, l’école de esthetology and cosmetology de Chapel Hill — l’endroit où tout le campus se fait arracher les poils, pour être directe.

Tout était parfaitement normal en ce vendredi après-midi, la salle résonnait des cris de douleurs des clientes en voie de dépoilisation quand tout à coup: scandale.

On entend une dame, apparemment très mécontente, exiger qu’on appelle le directeur de l’école, hurler que l’école est dirigée par une bande d’incompétents, que sa vie est ruinée, qu’elle va devoir rester cloîtrée chez elle pendant des mois, etc, etc…

Il est apparu que la personne censée lui épiler les sourcils venait de lui arracher la moitié du sourcil droit.

Et là, ça devient marrant, un de ces moments où je me dis « youpi, je vis une expérience typiiiique »:

Le responsable arrive, et lui demande immédiatement de « baisser le ton de sa voix »

(note culturelle: on ne s’énerve jamais, c’est vraiment mal élevé et les américains ont horreur de ça ( self-control: celui qui ne sait pas maîtriser ses émotions négatives est un loser))

– et surtout : la dame menace de leur faire un procès.

Silence horrifié du responsable. Pour cause: avec un bon avocat, ce genre de procès peut effectivement aboutir et coûter au condamné des millions de dollars de dommages et intérêts.

Finalement, la dame a baissé le ton de sa voix et le responsable a proposé de « trouver une solution et un accord sur les dédommagements ». Je n’ai pas pu rester assez longtemps pour savoir ce qu’elle comptait finalement faire, mais je demanderai la prochaine fois.

Bon dimanche!

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Où on fait des photos

… aucun rapport avec les Etats-Unis, ni avec le campus, ni avec le journal. C’est juste qu’hier j’ai pris des photos genre studio de mon copain Denver pour le devoir à rendre en cours de photo-journalisme. C’était marrant, j’avais monté les lumières et tout le bazar dans le salon, il a fait son crâneur en écoutant du David Bowie, on a bu de la bière et je lui ai fait des bisous au rouge à lèvres sur les joues (pour qu’il crâne encore plus, mais finalement j’ai tout mis en noir et blanc parce qu’on aurait dit qu’il avait été battu par des groupies en furie)

Sinon envoyez moi d’urgence des carottes et des poireaux, des pommes ou n’importe quoi qui ne contienne ni sucre, ni graisse, ni beurre de cacahuète, ça fait trois semaines que j’en ai pas mangé et que je me nourris alternativement de pizza hawaïenne, de burrito ou de BigMac.

Je m’intègre, quoi.

c’était monnombril.com, une information supportée par WordPress

Les gens dans mon bus

Sur le campus, tout le monde a une super voiture. En général les jeunes en reçoivent une en cadeau quand ils ont leur bac ou quand ils rentrent à l’université. Sur les parkings, elles s’étendent à perte de vue, les BMW, les Audi, Ford et même quelques Porsche.

On dirait des suppositoires géants. Bien lisses, automatiques, pas une rayure, le tout payé à crédit.

Comme tout le monde a une super voiture, si t’en as une moche (genre mon copain Christian qui roule en Ford Festiva 1991 rouge tomate), ça veut dire que t’es vraiment un looser.

Mais bon, tu peux avoir pire: être obligé de prendre le bus. Là ça te classe direct dans l’underclass, catégorie méga-méga-looser. D’ailleurs tu as peu de chances d’être blanc, tu es soit mexicain soit noir américain. Tu ne gagnes pas grand chose en bossant à UNC, au self-service ou au service de ménage. Les étudiantes ont peur de toi quand elles marchent seules dans la rue vers 20h : « Alors oui alors là j’ai vu un Mexicain derrière moi et il me suivait tu vois il avait une béquille mais il allait m’attaquer donc je suis restée à côté de la voiture de la police… »

Et comme tu n’as jamais pu te payer une visite chez le médecin parce que ça coûte un oeil, avec un peu de bol tu as en plus choppé un handicap ou une maladie grave (typiquement, un truc bénin qui a dégénéré parce qu’il n’a pas été soigné)

Mais ce qui est bien, c’est que quand tu as un peu de thunes à UNC,  tu ne prends jamais jamais  le bus, alors tu ne verras jamais tout ça.

Les baleines et les nerds

Je suis à la bibliothèque. Il est une heure du matin.

Vers minuit, la population de la bibliothèque change. De jeunes garçons à la peau pâle et aux grosses lunettes, les yeux rougis et les mains déformées par toutes les heures qu’ils ont passées devant leur ordinateur, sortent de leur caverne et viennent mangent des yogurts à la fraise sur les tables géantes. En bon anglais, on appelle ce genre de garçons et de filles des nerds (prononcer neurds), ce que Wikipédia définit comme « une personne solitaire et intelligente, à la fois socialement handicapée et passionnée par des sujets liés à la science et aux techniques »

J’ai découvert avec hilarité qu’on peut indifféremment utiliser le mot « nerd » ou « dork ».

Dork.

Dork, ça veut en fait dire « pénis de baleine. »

D’abord la langue américaine est décidemment fabuleuse. Rien que le fait qu’un tel mot existe exprès m’émerveille. En googlant tout ça, j’ai découvert qu’il existait même une « Whale’s Penis Church »

Je vois pas trop le rapport entre les gens autour de moi et le pénis de la baleine, mais je ne résiste pas au plaisir de poster la photo, histoire de donner une nouvelle preuve de mon élégance naturelle

EDIT (au café, il est 8h du matin): En fait je suis déçue, a « dork », ça veut dire pénis tout court en argot. Mais bon ça casse tout mon post alors comme c’est quand même un peu drôle je le laisse. Love et confiture

Les petits soldats de plomb

Samedi j’ai passé la matinée à la reconstitution historique de la guerre Révolutionnaire, en costumes et chapeaux à plumes, avec odeur de poudre, accent anglais et feux de camp. Article publié ce matin dans le Daily Tar Heel

http://www.dailytarheel.com/content/hillsborough-re-enactment-depicts-revolutionary-war

Write or die! Happy Mondaze

Poum poum poum. Une nouvelle semaine qui commence.
On n’a toujours pas réussi à attraper les ratons-laveurs qui crapahutent dans le grenier.
Ce qui devait être le week-end le plus productif de l’année a finalement disparu dans une nuit de 18h, la constitution de listes de choses « à faire » qui traînent depuis des mois, des petits dessins dans la marge et une partie de beer pong… Et une reconstitution historique de la guerre Révolutionnaire à Hillsborough pour le Daily Tar Heel, l’article est publié demain avec une photo.
Nous sommes le dimanche 21 février, ça fait six mois d’Amérique, déjà. Ca passe beaucoup trop vite. Le compte à rebours commence, plus que 2 mois ici, il y a tant de choses que j’aurais voulu faire — monter à cheval dans les montagnes, apprendre à tirer au pistolet, écrire plus d’articles, perdre complètement mon accent, devenir une folle de fitness, aller dans l’Ouest… Est-ce que je peux appuyer sur « reset » et recommencer mon année? Je veux pas revenir.
Sans transition. J’ai découvert LA solution ultime pour les procrastinateurs chroniques : un outil Internet qui vous force à écrire un nombre de mots en temps limité. Si vous restez plus de 5 secondes sans taper un mot, l’écran devient rouge et vous entendez une musique insupportable qui vous donne immédiatement envie de retourner tripoter votre clavier. Ca s’appelle « Write or die » (Ecris ou Meurs!), c’est ici. En fait il  faudrait l’améliorer en proposant un service de blocage des comptes gmail/facebook/vdm/flickr pendant toute la durée d’écriture, voire, dans les cas les plus extrêmes, une équipe de choc qui viendrait vous attacher à votre chaise et vous enfermer dans une salle tout seul jusqu’à ce que vous ayez terminé vos devoirs.
Sur ces bribes décousues, je vous souhaite un joyeux lundi matin quand même, ou plutôt un joyeux Mondaze —  mélange entre « Monday » (lundi) et « daze » (hébétement, ahurissement).

L’avenir du grand reportage est dans le charity business

Avant-hier, je vous demandais votre avis sur « Intended Consequences », un reportage multimédia sur les enfants nés de viols commis pendant la guerre du Rwanda. « Intended Consequences » a été largement salué et récompensé par des prix prestigieux (NPPA’s Best of Photojournalism, Pictures of the Year international…)

Brian Storm, le patron de la société qui produit ces reportages, a affirmé que nous avions devant nos yeux « l’avenir du journalisme ».

Plus j’y pense, et plus leur travail m’énerve : dans le fond, dans la forme, dans ce qu’il révèle de la société américaine.

Je hais ces vidéos. Je hais cette  conception du journalisme. Je hais les procédés utilisés.

Je ne parle pas ici de la télé-poubelle, des magazines people, de MTV, de Fox News et tout ça. Mais de cette tendance «du grand journalisme » à l’américaine, basé uniquement sur du storytelling. C’est ce qu’apprennent les élèves de la School of Journalism at UNC-Chapel Hill, censée être la « meilleur école de journalisme du monde ».

Bien sûr, la réalisation, le montage et les photographies sont d’une grande qualité. Jonathan Torgovnik a fait preuve d’une très belle technique et de qualités d’écoute indéniables.

Je ne suis pas un monstre; bien sûr que j’ai été bouleversée par les témoignages de ces femmes. En cela l’équipe de MediaStorm a atteint son but.

Mais les procédés utilisés dans le montage et la manière de présenter le sujet sont pour moi une trahison du métier de journaliste.

Ce qui m’a écorché les oreilles tout de suite, c’est la musique. Tout le reportage est accompagné d’une mélodie en mineur au piano avec violons synthétisés. La musique remplit ici un rôle évident de dramatisation et de mise en scène. La musique a-t-elle a lien avec les histoires qui nous sont racontées? Non. C’est une musique composée tout exprès pour le public américain, destinée à amplifier les émotions ressenties, comme pour dire: vous avez bien compris que c’était triste, hein? C’est le même mécanisme que celui des rires pré-enregistrés dans le sitcoms.

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