Archives de Catégorie: UNC

« Tar heel born, Tar heel bred, Tar heel dead »

Ca y est, je suis ENFIN allée voir un match de basketball. Il était temps, c’était le dernier de la saison.

J’ai vraiment essayé de me mettre dans l’ambiance, mais y’a rien à faire, je ne peux pas m’empêcher de penser qu’après tout, il ne s’agit que de grands gars qui courent après un ballon orange (mais je l’ai dit à personne parce que le basket, ici, c’est sacré)

Par contre j’aime bien les pom-pom girls et leurs saltos arrières, la fanfare de cent personnes, et tout cet improbable folklore autour des matchs.

Tout le monde est habillé en bleu, voire carrément peint en bleu, et tout le monde chante l’hymne de l’école en sautant partout.

Vous pouvez les écouter ici : http://tarheelblue.cstv.com/trads/unc-trads-songs.html

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Les petits soldats de plomb

Samedi j’ai passé la matinée à la reconstitution historique de la guerre Révolutionnaire, en costumes et chapeaux à plumes, avec odeur de poudre, accent anglais et feux de camp. Article publié ce matin dans le Daily Tar Heel

http://www.dailytarheel.com/content/hillsborough-re-enactment-depicts-revolutionary-war

L’avenir du grand reportage est dans le charity business

Avant-hier, je vous demandais votre avis sur « Intended Consequences », un reportage multimédia sur les enfants nés de viols commis pendant la guerre du Rwanda. « Intended Consequences » a été largement salué et récompensé par des prix prestigieux (NPPA’s Best of Photojournalism, Pictures of the Year international…)

Brian Storm, le patron de la société qui produit ces reportages, a affirmé que nous avions devant nos yeux « l’avenir du journalisme ».

Plus j’y pense, et plus leur travail m’énerve : dans le fond, dans la forme, dans ce qu’il révèle de la société américaine.

Je hais ces vidéos. Je hais cette  conception du journalisme. Je hais les procédés utilisés.

Je ne parle pas ici de la télé-poubelle, des magazines people, de MTV, de Fox News et tout ça. Mais de cette tendance «du grand journalisme » à l’américaine, basé uniquement sur du storytelling. C’est ce qu’apprennent les élèves de la School of Journalism at UNC-Chapel Hill, censée être la « meilleur école de journalisme du monde ».

Bien sûr, la réalisation, le montage et les photographies sont d’une grande qualité. Jonathan Torgovnik a fait preuve d’une très belle technique et de qualités d’écoute indéniables.

Je ne suis pas un monstre; bien sûr que j’ai été bouleversée par les témoignages de ces femmes. En cela l’équipe de MediaStorm a atteint son but.

Mais les procédés utilisés dans le montage et la manière de présenter le sujet sont pour moi une trahison du métier de journaliste.

Ce qui m’a écorché les oreilles tout de suite, c’est la musique. Tout le reportage est accompagné d’une mélodie en mineur au piano avec violons synthétisés. La musique remplit ici un rôle évident de dramatisation et de mise en scène. La musique a-t-elle a lien avec les histoires qui nous sont racontées? Non. C’est une musique composée tout exprès pour le public américain, destinée à amplifier les émotions ressenties, comme pour dire: vous avez bien compris que c’était triste, hein? C’est le même mécanisme que celui des rires pré-enregistrés dans le sitcoms.

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Bières, hidjab et épées

Salut. Il est 02h14 du matin.

J’ai passé la soirée à regarder Thomas Le Guillou disputer ses matchs d’escrime contre les Dookies (les étudiants de Duke University, nos ennemis jurés.)

J’ai pas tout compris, ce qui ne m’a pas empêchée de crier avec enthousiasme des phrases stupides du genre « Barbapapa! » et « Vas-y Thomas défonce-les!!! ». Thomas est super fort, il a été champion d’escrime de France l’année dernière et du coup tout le monde l’adore ici. Et je dois avouer que malgré leurs casques et leurs chaussettes ridicules et leurs prises électriques qui sortent de leur t-shirt, c’était quand même bien drôle de le voir jouer.

Parce qu’en plus il a gagné (il est vraiment super fort, je vous dis). Du coup, pour fêter ça dignement, on est allés faire la fête chez ses copains d’escrime. Et on a joué au Beer Pong.

Joie, ivresse et accomplissement ce soir: j’ai ENFIN appris à jouer au Beer Pong, qui, comme son nom l’indique, se joue avec de la bière et des balles de ping-pong.

En gros ça ressemble à ça :

Il faut lancer sa balle dans les gobelets de ses adversaires pour que ceux-ci puissent boire.

Mis à part le fait que la bière était franchement ignoble, on a bien rigolé, avec Thomas (on faisait des bruits de grenouille et on chantait Edith Piaf et « On est les champions » pour distraire l’équipe adverse, et on a gagné (c’est à dire qu’on a beaucoup bu).)

Entre le match d’escrime et celui de Beer Pong (qui a rendu le retour à la maison en vélo dans la nuit assez périlleux), j’ai passé deux heures au milieu du Congrès de l’Association des Etudiants Musulmans des Etats-Unis, et c’était plutôt drôle.

Je devrais aller me coucher, parce que demain, le photographe du Daily Tar Heel et moi nous nous rendons à Hillsborough pour assister à une reconstitution historique de la guerre d’Indépendance Américaine (avec fusils et chapeaux à plumes). J’ai hâte.

Have a nice day!

De l’avenir du grand reportage et des organisations caritatives

Trêve de pâtisseries et de ratons-laveurs.

Ca fait quelques jours que ça ne veut pas sortir de ma tête, ce que j’ai vu et entendu ce soir-là. Je tente de mettre le doigt sur ce qui m’a mis tellement en colère.

C’était avant-hier, à l’école de journalisme de UNC :  rencontre avec Brian Storm, directeur de la société de production MediaStorm, spécialisée dans le journalisme multimédia et les documentaires.

Dans un secteur médiatique en crise, MediaStorm s’en sort très, très bien. « On gagne des tonnes d’argent, » a répété Brian Storm. MediaStorm est présent sur tous les réseaux sociaux et sur toutes les plate-formes médiatiques – journaux, sites internet, I-phone, iTunes, télévision numérique, DVDs, édition.

J’aimerais vraiment bien que vous regardiez cette vidéo — pas besoin de la regarder en entier, cinq minutes suffisent pour comprendre :

http://www.mediastorm.org/0024.htm

Il s’agit d’un reportage sur les enfants nés de viols commis lors de la guerre au Rwanda, en 1991, sur leurs mères, et sur leurs relations.

Avant-hier, les élèves et les professeurs de l’école de journalisme de UNC ont écouté Brian Storm avec une extrême attention. Le silence dans la salle était quasi-religieux.

Pour eux, pour mes profs, vous avez devant vos yeux « l’avenir du journalisme ».

Je voudrais vraiment avoir votre avis :

Qu’en pensez-vous? D’un point de vue journalistique, moral, esthétique?

Est ce que cela vous donne envie de donner de l’argent? Est-ce que vous auriez envie de voir plus de reportages comme celui-ci à la télévision?

(Pendant ce temps là, je prépare mes arguments. Ca me prend plus de temps de prévu, parce que plus j’écris, plus ça s’embrouille.)

Quand les Tar Heels ont été champions des Etats-Unis l’année dernière…

Vidéo filmée depuis les toits de Chapel Hill :

GO TAR HEELS! Go to hell, Dook!

Dammit!

Hier, les Tar Heels, notre équipe de basket adorée, a perdu face aux Blue Devils de Duke University. Enfer et dévastation.

Les fans pleurent, les profs font la gueule, le campus est en état de choc.

Pour bien saisir le traumatisme, il faut savoir que Duke et UNC, bien qu’étant situées à moins de 30 km l’une de l’autre, se vouent une haine intense depuis plusieurs générations.

Ainsi, à UNC, on ne dit pas Duke, on dit « Dook » (argot pour « gros étron puant »). Les étudiants de Duke, on les appelle les « Dookies » (“grosses merdasses”, donc).

Tous les Tar Heels vous le diront:  les Dookies, on les déteste. Ils sont arrogants, super riches, snobs, méprisants, bref, insupportables (et en plus ils ont une bonne équipe de basket)

La rivalité est en faite plus intéressante qu’une banale rivalité sportive. Il y a des tas de choses qui se jouent: la différence de classe sociale (Duke est une université privée, ses étudiants sont tous riches, alors que UNC est publique, 30% des étudiants viennent de familles qui vivent en dessous du seuil de pauvreté) et le conflit nordiste-sudiste (les étudiants de Duke viennent généralement de lycées privés de la Nouvelle Angleterre, alors que 80% des étudiants de UNC sont natifs de la Caroline du Nord). En fait c’est un peu comme entre l’Olympique Lyonnais et l’AS de Saint-Etienne (Clément si tu me lis…) Promis j’en reparlerai dans un prochain billet.

Bon, mais voici ce que je voulais surtout vous raconter :

Pour rajouter de l’enjeu au match, les rédactions des journaux des deux universités se lancent depuis 1990 le défi suivant: après un match Duke-UNC, le titre du journal de l’équipe perdante doit être imprimé aux couleurs de l’université rivale, avec le logo honni bien visible en dernière page  ET le titre suivant en une “Duke (ou UNC)  sont encore et toujours les meilleurs”.

Voilà qui explique pourquoi ce matin nous avons trouvé notre pauvre Daily Tar Heel complètement défiguré par le logo de Duke en dernière page et le titre colorié avec cet horrible bleu Dookie :

Et, encore plus blasphématoire:

Comme si tout cela n’était pas suffisamment humiliant, Andrew Dunn, notre rédacteur en chef, a  dû se rendre dans les bureaux du Chronicle (le quotidien rival) pour y déposer solennellement soixante exemplaires du Daily Tar Heel défiguré en endurant stoïquement les quolibets et les insultes de la rédaction du Chronicle. Aaargh.

Remarque, ça les change, parce que depuis six ans, ce sont les Blue Devils qui perdent, et le journal de Duke qui était obligé de se faire imprimer en Carolina blue, comme l’année dernière :

En arrivant je trouvais ça complètement con, leur histoire de rivalité.

Mais cinq mois au pays des Tar Heels, ça vous change une femme: moi aussi maintenant je les déteste, les Dookies! Go to hell, Dook!

Pour vous rendre compte de la démesure de ces matchs de basket, regardez cette vidéo :