Archives mensuelles : novembre 2009

Du rêve encore

Cette nuit, les dindons rescapés de la grande fête du Merci nous poursuivent avec les os de leurs congénères dévorées en guise de massues.

Des couteaux à la place des becs, ils nous tirent dessus à coup de pommes de terre rôties.

Ce n’est pas du sang qui coule de leurs blessures, mais de la sauce aux airelles. Ils sont des millions, et ils ne s’arrêtent pas de caqueter. Les dindons courent plus vite que nous.

Bon, quatre jours plus tard, le repas n’est toujours pas digéré.
Demandons pardon aux dindons. Voilà la photo :

Et si vous ne connaissez pas l’histoire, elle est là. Je me tais et je laisse Fabienne Sintès raconter (c’est la correspondante d’Inter aux Etats-Unis, blog):

« Tous les ans la veille de Thanksgiving, le président des Etats-Unis, pardonne une Dinde. […] Tous les présidents Américains ont toujours reçu une dinde offerte par un fermier. Il semblerait que George Bush Père soir le premier à avoir décidé d’en épargner une. La gracier, très exactement, du verbe « to pardon », mais je persiste à trouver la traduction en « pardon de la dinde » nettement plus drôle; même si j’imagine que c’est plutôt le président qui devrait demander pardon à cette pauvre Dinde. Quand on sait comment le volatile termine sa vie, on se dit qu’il aurait peut-être préféré passer 6 heures au four accommodé à la purée de patate. La dinde épargnée doit en effet se cogner le défilé de New York avant de finir à Disney Land.

Quoi qu’il en soit, le chef du monde ne peut pas échapper à cette tradition. Vous noterez au passage que la Dinde doit être baptisée. Celle-ci s’appelle « Courage » (il en faut !) ; vous remarquerez aussi qu’une seconde dinde est épargnée au cas où la première désignée aurait un empêchement de dernière minute.

Mardi, le président des Etats-Unis va donner le discours le plus important de sa première année de mandat. Il annoncera sa stratégie pour l’Afghanistan et probablement demandera l’envoi de 30 000 soldats supplémentaires. En attendant aujourd’hui il a donné son premier discours à une dinde.

Dur métier.

Happy Thanksgiving.

Have a nice day. »

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Les détails sont là

Les suburbs sont un cauchemar de routes et de maisons trop propres.
On devine l’accumulation de choses à l’intérieur, les meubles de designer, la cuisinière Agra nickel, la télé écran plat, l’épaisseur des tapis crème, des triples rideaux, des doubles vitrages. Les signes des hobbies des propriétaires – football, cuisine, macramé, art, c’est pareil. Le tout est protégé par des systèmes de sécurité hi-tech, des alarmes voire des caméras de surveillance. Et puis les verrous, les serrures, les grilles en fer forgé, les portes blindées et les barrières en piquet blancs… et les montagnes d’anti-dépresseurs qui doivent y être gobés tous les jours.

Tout cela sur des kilomètres et des kilomètres, à l’identique de la côte Est à la côte Ouest. Objectif : American Dream. Une maison individuelle, un papa une maman des enfants un chien ET les voitures. Blanc, tout ce petit monde ; merci.

On y étouffe. Ces suburbs puent l’ennui et l’abondance.

Et les kids en crèvent d’ennui. Ils ne peuvent sortir des suburbs sans leurs parents – c’est à dire sans voiture. On ne peut pas sortir des surburbs, impossible de marcher ou de prendre son vélo. Où iraient-ils de toute façon? Il y a le choix entre l’église ou le mall (centre commercial.) Il paraît que les kids prennent beaucoup de drogues, dans les suburbs ; c’est pas l’argent qui manque, apparemment.

Et puis ils font comme Marrin, 18 ans, la petite soeur de ma coloc Corban: ils restent à la maison, devant leur ordinateur, sur facebook ou ils matent MTV, et ils s’emmerdent. Enervée de la voir taper frénétiquement des sms sur son portable toute la journée, j’ai demandé à Marrin : « Mais pourquoi tu vas pas les voir en vrai, tes copines, au lieu de leur envoyer des messages?! ». Et puis j’ai compris.

Je passe sur le gaspillage énergétique qu’un tel développement urbain implique, les heures de conduite tous les jours – absurde, absurde…

Au bout d’une demi-journée j’en pouvais plus. Je me sens souvent chez moi très vite. Ce Biiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiip retentissant dans toute la maison à chaque fois que j’avais le malheur d’aller faire un tour dehors (pour m’en griller une, mais pas seulement) me rendait dingue.

Et moi, un endroit dont on ne peut partir à pied, ça me fait trop flipper.
Voilà pour la tranche de cauchemar américain.

Thanks for the Indian Massacre

Thanksgiving raconté aux enfants, ça ressemble à ça:

Les Pèlerins de Plymouth, deux ans après leur arrivée en Amérique, sont à moitié morts de faim. Mais à force d’efforts, de persévérance et d’abnégation, ils réussissent finalement à faire pousser quelque chose sur leur nouvelle Terre Promise. La moisson est tellement bonne qu’ils invitent leurs voisins – quatre-vingts onze Indiens de la tribu des Wampanoag – à un grand festin. Ils remercient le Seigneur, se gavent de courgettes, de citrouille et de gâteau au maïs, prient, dansent et font la paix tous ensemble.

Aujourd’hui, Thanksgiving aux Etats-Unis, c’est d’abord un jour férié, un dîner de famille, et veille de la plus absurde orgie consumériste (Black Friday).

Thanksgiving Day peut se traduire par le Jour de la Gratitude, alors les enfants sont invités à faire des dessins de remerciement, pendant que les adultes achètent des « Thanks Cards » à envoyer à leur patron/grand-mère/amant.

Depuis 1947, le Président des Etats-Unis gracie une dinde, aussi – mais ça c’est pour le pancake de demain.

Bon, et maintenant la même histoire maintenant, en version gore.

Hiver 1609. « Les Pèlerins vivaient dans des trous creusés dans le sol. Leur faim était telle qu’ils en étaient réduits à manger de la chair d’homme et des excréments. Un Indien fut déterré trois jours après sa mort et entièrement dévoré. […] L’un des pèlerins tua sa femme pendant qu’elle dormait, la coupa en morceaux et la mangea toute entière, en laissant la tête. » (traduit des Journals of the House of Burgesses of Virginia, document de 1619 chroniquant les 12 premières années d’existence de Jamestown, ok c’est pas Plymouth mais ils devaient mourir de faim tout pareil)

Effectivement les Plymouthiens vivent plus ou moins en bonne entente avec leurs voisins les Wampanoag pendant une petite soixantaine d’années. Mais de plus en plus de pèlerins arrivent, et volent peu à peu la terre des Indiens.

En 1675, c’est la guerre, la « King Philip’s War ».

1 an, e 600 morts côté colons et 3000 côté Indiens. Villages d’Indiens massacrés, tribus entières décimées, récoltes brûlées. Les rescapés fuirent vers le nord et vers l’ouest, laissant la terre libre pour les colons.

(sources : The Britannica Encyclopedia + Howard Zinn – A People History of the United States)

Quarante-cinq millions de dindes tuées cette semaine

… dont deux finissent d’être broyées dans les 22 estomacs des personnes présentes au dîner tout à l’heure.

Je devais normalement passer les vacances de Thanksgiving chez Corban, mais ça a vite tourné au cauchemar — détails à venir.

J’ai donc appelé mon copain Christian pour qu’il vienne me sauver. Sa Ford festiva toute pourrie a soudainement pris des allures de vaisseau spatial, bravant vaillamment les lourdes grilles en fer forgé de la propriété des Davis.

Du coup, à la place, j’ai fêté mon premier Thanksgiving dans la famille de Christian- huits frères et soeurs, parents, grands-parents, oncles, tantes, rejetons divers, neveux nièces bébés et inconnus de passage, 22 personnes en tout.

Il est 2h30 du matin, je peux pas dormir tellement j’ai mangé. Gavage en continu de 16h de l’après-midi à 22h tout à l’heure, comme Noël en France, sauf que, ne l’oublions pas, everything is bigger in America, alors on mange plus et plus longtemps.

Sauce aux airelles, purée de pommes de terre, marrons et raisincs secs, patates douces, sans oublier les deux dindes et les multiples gâteaux et tourtes et tartes à la citrouille, à la pomme, aux noix de pécan, au miel, à tout ce qui est gras et sucré et bon, le tout arrosé d’une triple couche de crème Chantilly. Et des chocolats au cas où vous auriez encore un petit creux. Et trois grosses douzaines de bouteilles de vin/whisky/bière pour faire passer le tout.

Avant de manger tout ça, la famille de Christian a dit les grâces. Bon, après tout pourquoi pas. Tout le monde en cercle s’est tenu les mains (oui oui, y compris moi et mon irrepressible envie d’exploser de rire/de me barrer en courant) et fermé les yeux pendant que l’oncle remerciait Dieu pour Ses Bienfaits divers et variés (l’amour, les cuisiniers, la vie, les gens, et les dindes, donc.)

A propos de grâces et de dinde, la dernière campagne de la PETA (association de protection des animaux) a été interdite de télévision – sans blague.

‘Grace’: PETA’s Thanksgiving ad

American suburbs

Corban, une des cinq colocs de la maison verte, m’a invitée à passer Thanksgiving chez elle, plus au sud, à Charlotte. Charlotte, nous apprend Wikipédia, est la ville la plus peuplée de Caroline du Nord et le deuxième centre bancaire du pays.

Welcome to American suburbs.

La suburb où vit Corban est posée au milieu de nulle part au bord de la route nationale. Au milieu des grosses maisons serpentent des « rues »  de goudron clair où personne ne marche. Les maisons sont entourées de pelouses parfaitement entretenues et de clôtures. Devant chaque maison, la traditionnelle boîte aux lettre américaine,  et au minimum, deux voitures, des SUV à la carosserie impeccable.

Au paradis de la white picket fence, il n’y a personne dehors, aucun enfant ne joue sur les balançoires et les toboggans, qui ne semblent être là que pour décorer.

Ce matin j’ai provoqué un incident diplomatique en allant faire mon jogging. En revenant, impossible de rentrer : la grille était fermée, toutes les portes verrouillées. J’ai donc été sonner chez les voisins pour demander de l’aide, qui après m’avoir fait répéter mon histoire et décliner mon identité complète 3 fois, ont appelé les parents.

Colère de la mère de Corban. A cette occasion, j’ai appris que :

1 – On ne parle pas aux voisins

2 – On ne va pas courir sur la route

3 – TOUTES LES PORTES DOIVENT TOUJOURS ETRE FERMEES A CLEF, malgré les hautes barrières en fer forgées qui entourent le terrain, la grille, et les systèmes d’alerte – on entend « BIP » dans toute la maison à chaque fois que quelqu’un ouvre une porte. C’est un endroit DANGEREUX (j’ai pas encore osé demander de précisions sur la nature des dangers qui nous guettent)

Picture freak

Le mardi et le jeudi matin, cours de photo dans les sous-sols de l’école de journalisme.

He says he’s got a big boat

Juste parce qu’elle est pas sortie de ma tête depuis 4 jours, alors je me suis dit que j’allais vous faire partager l’obsession.

M. Ward from Portland, Oregon, n’est pas du genre à produire des vers d’oreilles, pourtant.  Il fait de la bonne musique.

Sinon, le grand déballage de gâteaux à la citrouille et de dindes fourrées a commencé. Tout à l’heure on a tous mangé chez Bill, un copain de Dylan, Christian & co, qui porte un collier de crânes d’écureuils (en plastique), un caméléon sur le mur, avec des lunettes. Miam.