Goodbye stranger

En juin, on a voyagé en train pendant un mois avec Clément, mon meilleur ami.

De Washington à Chigaco, puis Albuquerque, le grand canyon, Los Angeles, San Francisco, Portland, Seattle.

Rencontré des Amish, bu du vin en cachette, dormi sur le plancher d’un énorme squatt à Portland, pas lavés pendant 5 jours, des burritos, des hamburgers, une randonnée dans le Canyon, des écureuils, des gens tous plus fous les uns que les autres.

Ce pays est dingue.

C’était fou, c’était un peu trop, c’est allé trop vite.

L’année a galopé à toute vitesse, j’ai bien pleuré en quittant ma maison verte et les écureuils, à Carrboro ; et puis j’ai pris l’avion.

Je suis à Paris depuis un mois.

J’espère repartir, bientôt, partout, et puis écrire.
Un écureuil et des pancakes c’est fini.

Love

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Chien blanc, The Graduate et les 30 degrés à l’ombre

Il s’est mis à faire très chaud, tout d’un coup. Les moustiques ressuscitent, les filles du campus ressortent leurs jambes musclées par des heures de tapis roulant, dehors la chaleur assomme et à l’intérieur des bâtiments on gèle – l’amour des américains pour la clim a tout de pathologique.

Il y avait examen d’histoire ce matin, et un paper à écrire, mais vraiment, j’ai beau essayer de me convaincre que si, je peux y arriver et le faire, que c’est pas la mer à boire, un petit paper de rien du tout, vraiment, je peux pas, c’est plus fort que moi ; ça me file des crises d’eczéma, des brûlures dans le dos, une envie irrépressible de foutre le camp et de me cacher dans les buissons, ou sur le toit, enfin quelque part où personne ne me demandera d’être intelligente, organisée et réfléchie.

Du coup en sortant pour oublier tout ça je me suis dépêchée de me mettre à faire ce que je préfère au monde (à égalité avec inventer des histoires et manger des meringues au chocolat et d’autres choses) – lire des romans. Mon amoureux se moque de moi, il me traite comme un animal exotique, le Cacoune, un mélange d’écureuil, de baby bush et de raton-laveur.

L’entretien du Cacoune, prétend-il, est assez simple du moment qu’on lui fournit un lit confortable et une douzaine de romans, des cigarettes, du chocolat et des câlins réguliers. Je grogne contre une telle objectisation mais ça me fait encore plus ressembler  à un animal domestique.

(ici, parenthèse explicative. Cacoune, comme le raconte la légende familiale, c’est le nom que je m’étais donné quand j’ai commencé à parler. Je faisais la sourde oreille à mon vrai prénom, Victoire. A la question « Comment tu t’appelles? », je répondais invariablement  » -CACOUNE! ». Apparemment ça m’est passée au moment d’entrer à l’école, mais le surnom est resté)

Donc juste après mon examen raté, je suis allée à la bibliothèque Davis et j’ai pillé le rayon littérature française. Allongée sur la pelouse du quad sous la bannière étoilée avec un grand café, un paquet de Camel, j’ai laissé l’après-midi passer en lisant Chien Blanc, de Romain Gary.

A chaque fois c’est pareil. Romain Gary me retourne. Chien Blanc, c’est l’histoire d’un chien arrivé par hasard chez Gary et sa femme, l’actrice Jean Seberg, à Los Angeles (oui, parce que Gary, en plus d’être pilote dans la Résistance, a aussi été réalisateur, écrivain, et consul de France aux Etats-Unis). Donc Chien Blanc est un adorable berger allemand, très gentil et très affectueux, sauf avec les Noirs, qu’il manque d’égorger à chaque fois qu’il en voit un. Romain Gary et Jean Seberg s’aperçoivent que Chien Blanc est en réalité un chien-policier dressé à attaquer et à tuer les Noirs (dans le Sud, certains chiens étaient apparemment utilisés pour la « chasse à l’esclave » dans les plantations, puis comme chiens de garde et d’attaque anti-Noirs après la guerre de Sécession)

Dans le roman il y a tout ça, le mouvement noir américain en 1968, l’assassinat de Martin Luther King, l’engagement de Jean Seberg, pourchassée par le FBI et accusée par les noirs comme les blancs d’être une « white bitch » et une « nigger lover ». Il y a Gary et son amour des chiens et des hommes, c’est pareil, sa rage et son amour, « l’amour des chiens et l’horreur de la chiennerie, » comme il écrit. Ca parle des Blancs, des Noirs, des hommes, des serpents python, de Gary et de sa manière d’être au-dessus de la politique, Gary avec ses tripes et son humour et son détachement et son indécrottable humanisme… bref c’est beau, et c’est souvent très drôle, ça m’a fait chialer, lisez-le.

Un peu plus tôt dans l’après-midi j’ai lu Du journalisme après Bourdieu, de Daniel Schneidermann. Dans un autre genre, c’était très bien aussi ; ça m’a remis un certain nombre d’idées en place. Schneidermann réplique au best-seller de Bourdieu, Sur la télévision. Salutaire pour moi, aspirante journaliste, qui ait la tête déjà courbée sous le poids de la culpabilité d’être une paresseuse du ciboulot à l’ignorance crasse, simplificatrice, future esclave de l’audimat, de la brièveté et du scoop – bref, un membre de la méprisable espèce des pisse-copies.

C’est fou comme ca arrive par grappes, les émerveillements; pendant des semaines, rien, calme plat. J’avais essayé pourtant; j’avais emprunté du Francois Begaudeau, du Faulkner, des films de Costa-Gavras, mais ça ne m’avait rien fait du tout. Je laissais tomber les grandes oeuvres de Faulkner pour lire Cosmo avec du café trop fort sur la terrasse en coupant les ongles de pied (glamour), entre deux épisodes de 24h chrono (si si, c’est bon pour mon anglais, je prétendais, dans une tentative maladroite de masquer ma procrastination pathologique)

La série émerveillements a commencé hier soir, au cinéma. J’ai été voir The Graduate.

Film fabuleux, avec une géniale bande originale de Simon and Garfunkel (c’est pour ce film qu’ils ont écrit « Mrs Robinson » ou « The Sound of Silence », entre autres). Californie, début des années 60 ; Dustin Hoffmann dans le rôle principal, un jeune fraîchement diplômé, plutôt franchement paumé et très puceau. Le film est tout plein de plans mi-poétiques, mi-cauchemardesques, comme quand sa famille lui hurle qu’ils sont tellement, tellement fiers de lui, qu’il a le vertige et qu’il se laisse tomber dans la piscine pour ne plus les entendre. Il se fait violer par la femme de l’associé de son père, tombe amoureux de la fille, grandit, se prend deux trois bonnes portes dans la gueule comme ça arrive dans la vie ; la fin je ne vous la raconte pas mais c’est vraiment chouette, une histoire de kidnapping de mariée et de bus municipal.

Quelle belle journée.

Demain (ou après-demain, je perds un peu beaucoup le rythme du billet quotidien depuis quelque temps, je suis désolée), je vous raconterai comment je me suis presque faite expulser du pays au mois de janvier.

love et moustiques (et fuck les 15 000 bombasses du campus)

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La fille avec du vernis à ongle orange

Dernier cours de Creative Writing…

Ca a vraiment été mon cours préféré de tous les cours que j’ai jamais eu. Chaque semaine, on devait écrire un texte de fiction et l’envoyer à toute la classe.  Les cours consistaient à une discussion sur les textes soumis: critiques, commentaires, suggestions d’amélioration, etc.

Pour le dernier cours j’ai envoyé un petit texte qui s’appelle « Every moment counts. »

Le titre, c’est à cause de la phrase qui a été imprimée tous les jours dans le Daily Tar Heel en signe de commémoration pour Eve Carson, l’ancienne présidente du Student Body. Elle a été sauvagement kidnappée et asssassinée l’année dernière. C’est une histoire horrible.

Comme Eve Carson aurait dit un jour « Every moment counts, »  tous les jours dans le journal on avait le droit à une suggestion du genre « soyez gentil avec votre voisin », « appelez un ami pour lui dire que vous l’aimez » (en commémoration d’Eve Carson, donc…)

Si si, y’a un rapport avec le truc.

Bref, alors j’ai donné mon texte, les gens l’ont critiqué, et il y a cette fille dans ma classe, Madison P. elle s’appelle, qui m’a tendu un petit mot qu’elle avait écrit sur du papier à ligne avec une jolie écriture très droite: (attention, hein, je préviens, les compliments ici c’est excessif, tout est great et awesome et extraordinaire, c’est culturel)

« Victoire,

Je suis surprise de la puissance que tu peux donner à un texte si court – j’ai honte, parce que je crois que je suis cette fille dont tu parles, qui porte du vernis à ongle orange. […]

Madison P. »

Bref et je raconte ça pas pour me vanter mais parce que ça m’a surprise, c’est vrai que j’ai pensé à Madison P. et à Claire Z. et Audrey R. qui sont dans des sororities, qui sont riches et qui vivent dans des banlieues ultra-sécurisées et qui trouvent que c’est triste quand même les enfants en Afrique, qui envoient leurs dons par texto quand elles regardent le séisme en Haïti en se peignant les ongles. Et après j’ai un peu regretté, je suis une sale moralisatrice pleine de jugement. Bref.

Le texte est là:

Every moment counts

In their new and expensive house, you hear the air conditionning purring through the walls. The fridge makes icecubes and the lights can be dimmed. Every time the door is opened or closed, it makes a clear, shrill sound. It is safer that way.
There are humans living in the new expensive house. On a second floor, there are four rooms, and in one of them, a twenty-year-old girl, with two brown eyes under perfectly twizzled eyebrows. Her hair has never smelled like firewood, she has never waited for a train and never cleaned dirty toilets. She has a nice smile, white teeth, and there is a flag on the porch.
In their world, entertainment stands for politics. When they are sad they take a trip to the mall; shopping against sadness, work against nightmares, charity instead of revolt.

Mais quelle heure il est?

Hourrah!

Hier, j’ai appris que j’étais admise à l’école de journalisme de Sciences Po

-merci Inès- (qui m’a prévenue de la nouvelle sur Facebook)

Je suis contente et soulagée, et impatiente que septembre arrive.

Je vais faire un petit speech aussi stupide et désemparé que celui ma fête d’après-oral à Paris. Fête durant laquelle j’ai fait un peu honte à ma maman en bredouillant des remerciements bien niaiseux – je crois qu’elle aurait préféré que je fasse un triple salto arrière en récitant des alexandrins en grec ancien (j’t’aime, maman). J’espère être plus douée pour écrire des articles que pour faire des discours.

Alors merci à ma Maman, à ses ami-e-s (Hélène…), à mes grands-mères et à ma soeur et à mes frères, à mon parrain, merci à mes ami-e-s, à ma famille, à tous les gens qui m’ont donné de l’argent, des bisous, des mots et des encouragements pour que je revienne à Paris pour passer l’oral de l’école de journalisme. Et merci à tous ceux qui m’ont patiemment écoutée radoter sur le thème « pourquoi je ne serai jamais jamais de la vie admise » en deux parties deux sous-parties, et pourquoi je ferai mieux d’aller planter des carottes en Patagonie/des myrtilles dans l’Oregon/équivalent.

………………………..

Bon. Des nouvelles de la Caroline.

En plus des ratons-laveurs dans le grenier et des cafards dans les casseroles, nous avons maintenant des bébés écureuils qui se coinçent entre les murs du premier étage. Ils tombent dans le trou dans le toit. On les entend pousserdes petits cris pitoyables toute la nuit et le chasseur d’écureuil (Stan) vient régulièrement nous rendre visite avec ses gants en latex et sa cage en fer (miam)

Cette fin d’année a un début de goût de fin de fête.

La ville de Carrboro a arraché 8 (HUIT! HUIT!) arbres devant la maison pour faire un trottoir (très utile, dans une rue au traffic moyen de 20 piétons par jour). Mais du coup je fume des cigarettes avec les Mexicains qui nous réveillent tous les matins avec leurs tracteurs (qui font « BIIIIP, BIIIIIP » toutes les 4 secondes – c’est une mesure de sécurité obligatoire, paraît-il)

Mon amoureux à grandes lunettes vient d’apprendre les noms des animaux de la ferme en français (oui, parce qu’en janvier il a décidé d’apprendre le français).

Du coup, ce matin il m’a dit « viens ici, mon petit poulet » et « tu es jolie comme oune petite lapin » avec le plus effroyable accent américain que j’ai jamais entendu (entendre « vien ee-ci, ma peuti pouleey »). Le reste du temps, il me dit les histoires du Petit Nicolas, et je fais semblant de comprendre.

(-« Cooomm Agnan étay lay chouw-chouw dey la maytreysse, on-ne-pouveeey-paa-lui-donney-dey-cou-de-poing sur le neze

– Sur le « né ».

– You guys just love to add random letters for the hell of it, don’t you? »)

Samedi dernier il y a eu le banquet d’adieu du Daily Tar Heel. Comme les discours s’éternisaient et que tout le monde avait beaucoup trop bu, j’ai demandé à faire un discours aussi. On m’a laissé le micro.

Pendant trois minutes j’ai copieusement insulté tout le monde en français avec plein de gros mots années 50 ( J’ai dit « Foutre Dieu », « scrogneugneu »et « bande d’anchois à plumes », et j’ai ajouté avec un grand sourire qu’ils n’étaient qu’une « bande de snobs blancs insupportables et abrutis adorateurs de la Sainte Neutralité » (ou équivalent en plus pâteux, j’avais un peu bu aussi, hein)).

Croyez-le ou non, ils m’ont tous chaleureusement applaudie (« Victooooaaare!! »)

Mais en vrai, je les aime bien et c’était vraiment une expérience génial, d’écrire pour le Daily Tar Heel.

C’était juste pour voir si quelqu’un allait comprendre, je trouvais que c’était rigolo, comme blague.

Un peu comme mon copain Thomas L.G., par ailleurs très bien élevé et fort agréable, mais qui a pris la fâcheuse l’habitude de faire répéter à tous les étrangers qui veulent apprendre quelques mots de français : « J’aime… me… mettre… des brosses à dents… dans…le…cul. »

(en restant sérieux comme un pape, bien entendu. Très douteux mais j’en rigole encore.)

Plus que neuf jours.

L’écureuil mange de la baguette plutôt que des pancakes

… à Paris depuis hier.

Gavée de fromage puant, de baguette et de vin rouge.

J’ai des crampes aux joues tellement je souris.

A la semaine prochaine!

L’Amérique de Jean Baudrillard, 2

Au moins ça me donne une bonne raison pour détester les tapis roulants à la gym.

« On arrête un cheval emballé, on n’arrête pas un jogger qui jogge.

L’écume aux lèvres, fixé sur son compte à rebours intérieur, sur l’instant où il passe à l’état second, ne l’arrêtez surtout pas pour lui demander l’heure, il vous boufferait.

Il n’a pas de mors aux dents, mais il tient éventuellement des haltères dans les mains, ou même des poids à la ceinture […]

Ce que le stylite du IIIe siècle cherchait dans le dénuement et dans l’immobilité orgueuilleuse, lui le cherche dans l’exténuation musculaire du corps. Il est le frère en mortification de ceux qui se fatiguent conscieusemeent dans les salles de remusculation, sur des mécaniques compliquées avec des poulies chromées et des prothèses médicales terrifiantes. Il y a une ligne directe qui mène des instruments de torture du Moyen Âge aux gestes industriels du travail à la chaîne, puis aux techniques de reculturation du corps par des prothèses mécaniques.

[…]

courir obstinément par une sorte de flagellation lymphatique, jusqu’à l’épuisement sacrificiel, c’est un signe d’outre-tombe. Comme l’obèse qui ne s’arrête pas de grossir, comme le disque qui tourne indéfiniment sur le même sillon, comme les cellules d’une tumeur qui prolifèrent, comme tout ce qui a perdu sa formule pour s’arrêter.

Toute cette société ici, y compris sa part active et productive, tout le monde court devant soi parce qu’on a perdu la formule pour s’arrêter. »

Mangez un gris, sauvez un rouge

Une guerre fait rage en Europe.

Les écureuils gris d’Amérique exterminent les écureuils roux d’Europe.

Ils les chassent de leur habitat, dévorent leurs réserves de nourriture, et leur transmettent des maladies.

Faites un geste pour nos forêts.

Le prochain écureuil gris que vous voyez, courrez chercher votre carabine, et tirez-lui dessus.

Après, c’est facile: il se dépiaute comme un lapin ( ouvrez le ventre avec un couteau aïguisé, sortez les entrailles, et retournez la peau comme un gant). Ca a à peu près le même goût et ça vous changera du poulet.

Pour le cuisiner, je vous conseiller le gâteau d’écureuils.

Coupez les deux écureuils que vous avez chassés en petits morceaux. Trempez les dans de l’eau salée, ou de l’eau avec du vinaigre, en changeant l’eau plusieurs fois (3 ou 4). Egouttez, séchez les morceaux de viande, et roulez-les dans de la farine. Faites-les revenir à la poêle dans de la graisse de porc (ou du beurre) jusqu’à ce qu’ils soient légèrement dorés. Ensuite, placez les dans un moule à gâteau préalablement beurré, ajoutez 1L de sauce (vinaigre+eau), salez, poivrez. Ajoutez un oignon émincé et les herbes de votre choix.

Couvrez et faites cuire au four à chaleur maximum (thermostat 7 ou 8) pendant 1h et demi.

Une fois cuit, rajoutez un peu de farine pour épaissir la sauce et couvez le tout avec de la pâte à gâteau.

Remettez au four pendant 20 min.

Tasty?

d’autres recettes pour cuisiner l’écureuil sont disponibles ici : http://www.bowhunting.net/susieq/squirrel.html